
L’OMS a déclenché l’alerte maximale le 17 mai 2026 face à une flambée de virus Ebola Bundibugyo en RDC et en Ouganda. Mais sur le terrain, la riposte est asphyxiée par les coupes budgétaires massives des bailleurs de fonds occidentaux. Un désengagement financier qui se paie cash, en vies humaines.
Une épidémie qui s’emballe à l’est de la RDC
Le 15 mai 2026, le ministère de la Santé de la République démocratique du Congo (RDC) officialisait l’apparition de cas de fièvre Ebola dans la province de l’Ituri, au nord-est du pays. La souche identifiée, Bundibugyo, est redoutable : contrairement à la souche Zaïre, il n’existe pour elle aucun vaccin homologué ni traitement miracle. Pour stopper le virus, il n’y a qu’une solution : aller vite, isoler les malades et retracer les cas contacts.
Mesurant immédiatement le danger, le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a pris une décision exceptionnelle deux jours plus tard en déclarant l’Urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) sans même attendre l’avis du comité d’experts. Il s’agit d’une première dans l’histoire de l’institution. C’est dire si le feu couve.
Au 20 mai, la situation est déjà critique : 51 cas confirmés, près de 600 cas suspects et 139 décès probables en RDC. Le virus ne reste pas confiné dans les forêts et il a déjà mordu dans les grands centres urbains de l’Est comme Bunia, Butembo et Goma, et a franchi la frontière pour frapper Kampala, la capitale ougandaise.
Le terrain asphyxié par les coupes budgétaires
Au moment précis où les équipes sanitaires devraient être surarmées, elles avancent les poches vides. L’aide humanitaire américaine en RDC a fondu comme neige au soleil sous l’administration Trump, dégringolant de 881 millions de dollars à seulement 115 millions. Une baisse brutale de 87 % qui paralyse les ONG.
Pour Oxfam, l’impact est un coup de massue avec 13 millions de dollars de financements perdus en 2025. Sur le terrain, ses équipes de réponse rapide ont été amputées, passant de 76 à 15 membres.
« Si nous avions les financements nécessaires, nous aurions pu atteindre les provinces touchées en 72 heures », s’indigne Manenji Mangundu, directeur d’Oxfam en RDC auprès de FranceInfo. À cause de ces coupes, ses équipes ont mis une semaine complète à intervenir. « Ce temps d’attente coûte des vies », lâche-t-il, amer.
Couper dans ces budgets, ce n’est pas juste faire de la comptabilité. C’est briser la logistique de l’eau, de l’hygiène et de la sensibilisation dans les villages. Et chaque jour de retard est une chance offerte au virus de se propager.
Washington coupe les vivres et cherche des coupables
La RDC a une expérience immense de la maladie. En effet, elle a déjà géré dix-sept épidémies d’Ebola dans son histoire et ses scientifiques sont parmi les meilleurs du monde. Mais sans la logistique lourde que finançaient historiquement les États-Unis, le pays se retrouve au pied du mur.
Face au tollé général, Washington a fini par lâcher en urgence une enveloppe de 23 millions de dollars pour la RDC et l’Ouganda, promettant des millions supplémentaires pour construire des cliniques mobiles. Une réaction de pompier pyromane, qui arrive alors que le virus est déjà installé.
Pour esquiver les critiques, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a préféré attaquer l’OMS, l’accusant d’avoir « mis du temps » à sonner le tocsin. Sauf que l’alerte avait été donnée dès le 5 mai par les autorités locales. Le problème n’était pas le manque d’informations, mais bien le manque d’argent pour envoyer les équipes au front.
Le chaudron sécuritaire de l’Ituri
Pour ne rien arranger, le virus a choisi le pire endroit pour frapper. L’Ituri est une province minière, riche en or, où les populations bougent constamment entre les mines, l’Ouganda et le Soudan du Sud. Ces flux incessants de travailleurs compliquent terriblement le traçage des malades.
Surtout, la région est à feu et à sang. Depuis fin 2025, les violences armées se sont intensifiées, jetant plus de 100 000 civils sur les routes. Les humanitaires doivent travailler la peur au ventre sous la menace des milices. En outre, les routes médicales sont régulièrement coupées. Plus au sud, au Nord-Kivu, les combats contre la rébellion du M23 finissent de paralyser l’Est congolais.
L’Africa CDC a fait les comptes. Il faut aujourd’hui en urgence 319 millions de dollars pour mener la riposte. Les 22 et 23 mai, les ministres de la Santé de la région se sont réunis à Kampala pour appeler à une « solidarité régionale ». Mais les déclarations d’intention ne suffiront pas à stopper l’épidémie.
Une menace globale
En 2025, une étude de la prestigieuse revue The Lancet tirait déjà la sonnette d’alarme. Elle montrait ainsi que le démantèlement des programmes de santé de l’USAID pourrait provoquer 14 millions de morts supplémentaires dans le monde d’ici 2030, dont plus de 4,5 millions d’enfants de moins de cinq ans. Nous y voilà.
L’histoire de la grande épidémie de 2014 a pourtant prouvé qu’une crise sanitaire à l’est du Congo n’est pas un problème uniquement africain. Le virus voyage vite en Afrique. Un médecin américain exposé en Ituri a même déjà dû être évacué en urgence vers l’Allemagne pour y être soigné. Ce transfert a inquiété les gouvernement européen sur une possible contamination sur le vieux continent.
Financer la prévention, surveiller les frontières et maintenir des équipes prêtes à bondir coûte infiniment moins cher que d’éteindre une pandémie mondiale. La RDC et l’OMS connaissent la formule.



