
L’officialisation de l’alliance entre Joseph Kabila et la rébellion de l’AFC-M23, ce lundi 12 octobre 2026, à Goma pulvérise les derniers repères institutionnels de la République Démocratique du Congo. En s’installant ouvertement à la tête d’un mouvement armé au cœur d’une cité occupée, l’homme qui incarna l’État congolais pendant dix-huit ans opère un reniement historique. Ce pacte de Goma scelle la naissance du Front pour la refondation de la nation, plongeant le pays dans une confusion politique totale.
Le premier paradoxe de cette mise en scène réside dans le profil du porte-parole de circonstance. La charte fondatrice du FRN a été lue publiquement par Claude Ibalanky, une personnalité qui occupait récemment les fonctions de diplomate itinérant pour le Président Félix Tshisekedi. Voir un ancien ambassadeur itinérant de Tshisekedi s’associer au général Sultani Makenga démontre la porosité dramatique des élites politiques et les allégeances mouvantes qui déstabilisent l’appareil d’État à Kinshasa.
Le détournement cynique de la légitimité constitutionnelle
Pour légitimer cette insurrection par les armes, la coalition utilise un argumentaire de nature purement juridique. Claude Ibalanky a formellement invoqué l’article 64 de la Constitution nationale, qui précise que » Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution « .
La désignation de Joseph Kabila à la présidence du FRN parachève ce renversement des rôles politiques traditionnels. L’ancien raïs se retrouve désormais entouré de deux hommes qui ont combattu son régime en 2012-2013, Bertrand Bisimwa et le général Sultani Makenga, et de Corneille Nangaa, qui présidait la CENI lors de la proclamation de la victoire de Félix Tshisekedi. Cette reconfiguration radicale unit d’anciens ennemis jurés dans un agenda commun d’asphyxie et de déstabilisation du gouvernement central à Kinshasa.
La caporalisation de la rébellion par l’ancien pouvoir
En acceptant ce commandement suprême, Joseph Kabila n’absorbe pas l’appareil militaire du M23 au profit de sa propre survie politique. Makenga conserve le poste de chef d’état-major, avec rang de vice-président. Le commandement militaire reste donc au M23. Mais le mouvement rebelle, longtemps perçu comme un instrument sous influence régionale, se dote ainsi d’une façade nationale. L’ancien Président utilise la puissance de feu des troupes de Sultani Makenga pour obtenir un bras armé opérationnel, tandis que les rebelles s’achètent une respectabilité politique en plaçant l’ex-chef d’État au sommet de leur nouvel organigramme.
La mise en place d’un secrétariat permanent montre la volonté d’institutionnaliser cette rébellion transfrontalière. L’alliance s’organise désormais comme un gouvernement parallèle alternatif. L’installation de cette bureaucratie guerrière à Goma, occupée militairement depuis vingt mois, officialise la partition de fait du territoire national. Elle prive de fait le pouvoir central de Kinshasa de tout contrôle de l’appareil administratif sur la province du Nord-Kivu.
La normalisation de la trahison d’État
Sur le plan purement légal, cette proclamation à visage découvert constitue une officialisation de la rupture définitive avec l’ordre républicain. Joseph Kabila fait fi de sa condamnation à mort par contumace trahison, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, prononcée en septembre 2025. La sentence de la justice militaire n’a plus aucune valeur contraignante dans les zones sous contrôle du FRN.
Cette alliance consacre également l’effondrement de la stratégie de communication du pouvoir central de Kinshasa. En qualifiant officiellement Joseph Kabila de parrain de la rébellion l’année dernière, la Haute Cour militaire espérait détruire la réputation nationale de l’ancien dirigeant. Loin de l’isoler, cette condamnation, prononcée alors qu’il résidait à Goma depuis quatre mois, a achevé de lier son sort à celui de la rébellion. Ce rapprochement lourd de conséquences transforme une querelle politique interne en un conflit direct, menaçant directement la stabilité globale de l’Afrique centrale.
Une partition territoriale devenue réalité tangible
La signature de cette charte scelle l’ouverture d’un nouveau chapitre dont l’issue demeure imprévisible. Le Front pour la refondation de la nation s’impose désormais comme le pôle majeur de la contestation armée face au régime de Félix Tshisekedi. En unissant l’expérience institutionnelle d’un ancien chef d’État aux armes d’une rébellion installée, le mouvement redéfinit les règles du jeu politique.




