Droits de l’homme au Cameroun : l’Union africaine enquête

Une délégation de la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), conduite par sa présidente Reine Alapine-Gansou, effectue depuis le 1er février 2011 une mission au Cameroun. Visite des prisons, rencontres avec la presse, des responsables de la société civile, de plusieurs membres du gouvernement… la CADHP a fait, pendant une semaine, un état des lieux mi-figue mi-raisin de la situation des droits de l’homme dans le pays.

De notre correspondante

Conduite par Reine Alapine-Gansou, la délégation de la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), a pour mission de dresser un bilan des conditions de mise en œuvre des droits de l’homme au Cameroun et sur les exactions dont seraient victimes les personnes vivant dans le pays. Cette mission répond aux objectifs de base de la CADHP

De façon pratique, le programme de travail de ce groupe a effectué des descentes dans les prisons centrales de Yaoundé et de Douala dans le Littoral. Il est évident qu’elles ne répondent plus aux normes à cause de la surpopulation carcérale. Il en est de même des centres de détention préventive de la gendarmerie et de la police. A Douala, les membres de la CADHP ont rencontré Paul Eric KIngue. L’ancien maire RDPC incarcéré à la prison de New Belle menace depuis quelques semaines de s’immoler car il conteste les causes de sont incarcération. On lui reproche sa participation aux émeutes de la faim en février 2008, un détournement de 1,4 millions de Fcfa à la mairie de Penja et un détournement de 4,5 millions – une somme destinée à alimenter la ville de Penja en eau potable. Reine Alapine-Gansou et son équipe ont prié Paul Eric Kingue de ne pas mettre sa menace à exécution. La CADHP a promis de saisir de gouvernement afin « qu’il lui soit appliqué un procès équitable, mais aussi que ce procès soit rendu dans un délai raisonnable. »

Rencontres au sommet

Au cours de ses premières audiences accordées par le Premier ministre Philémon Yang et le ministre des Relations extérieures Henri Eyebe Ayissi, la présidente de la CADHP a clairement déclaré que « des avancées notables sont constatées au niveau du respect des droits de l’homme au Cameroun ». Mais elle a ajouté qu’il faut rester vigilants et ne pas perdre de vue certaines réalités car, dit-elle, « beaucoup d’effort reste à faire ».

Sur le plan interne, la Commission nationale des Droits de l’Homme et des Libertés (CNDHL) a dressé son bilan annuel sur l’état des droits de l’homme au Cameroun en 2010. C’était au mois de janvier dernier à Yaoundé. Il en ressort que des améliorations sont effectives dans le domaine des droits de l’homme et des libertés. Toutefois, Divine Banda, le président de la CNDHL, pense qu’il n’est pas question de dormir sur ses lauriers, le travail de veille doit continuer. D’autant plus que certains droits des Camerounais ne sont pas respectés, tels ceux à un emploi décent, à une propriété ou à un logement… D’ailleurs, dans certaines familles on trouve encore des enfants qui ne vont pas à l’école faute de moyens. Pour la Commission nationale des Droits de l’Homme et des Libertés, ce sont des droits qui sont souvent, à tort, relégués au second au plan.

Lors des échanges avec le ministre de la Communication (« Mincom »), Issa Tchiroma Bakary, la présidente de la CADHP a déclaré que « Le Cameroun n’est pas un mauvais élève en matière de la liberté de la presse ». Elle n’a pas caché sa surprise devant la diversité des organes de presse qui existent dans le pays. De plus, elle aurait confié au « Mincom » que c’est la première fois qu’elle rencontre un pays africain où il y a tant de journalistes et que ceux–ci n’aient pas de griefs envers le pouvoir en place.

« Tout n’est pas rose, tout n’est pas morose »

Le Cameroun compte 12 chaînes de télévision, 100 stations de radio, et un nombre indéterminé de journaux écrits car ceux-ci sont créés tous les jours et souvent en fonction des événements.

Face à la presse, avec le « Mincom » comme modérateur, les membres de la CADHP ont abordé les questions d’emprisonnement des journalistes, du problème de l’accès à l’information par toutes les couches de la population du Cameroun, et de la liberté de la presse. Pour Issa Tchiroma Bakary, des améliorations sont envisagées dans les prochains jours.

A la fin des échanges, Reine Alapine-Gansou a prôné le dialogue, la réduction du fossé pour l’accès à l’information entre les Camerounais des grandes villes et ceux des villages et autres villes enclavées tant à cause des zones d’ombre pour ce qui est de l’audiovisuel, que du fait d’un manque de route pour l’acheminement des journaux écrits. Elle estime que les professionnels des médias devraient jouer un rôle important pour une presse totalement libre car, dit-elle, en matière de droits de l’Homme et de liberté des peuples au Cameroun, « tout n’est pas rose, tout n’est pas morose ».