Drame sanitaire au Zimbabwe : quand Esther Gwena s’improvise sage-femme

Esther Gwena

Depuis plusieurs années, les Zimbabwéens vivent l’enfer sur terre. Plongé dans une crise économique qui va s’aggravant, le système sanitaire déjà agonisant est paralysé par une grève sans fin depuis des semaines. Conséquence : les parturientes ne savent même plus où accoucher. Esther Gwena, 69 ans, décida de faire quelque chose pour ces femmes.

Esther Gwena est une femme zimbabwéenne âgée de 69 ans. Alors qu’elle n’a aucune formation médicale, cette femme au foyer s’est vue investie d’une mission d’utilité publique : aider les femmes zimbabwéennes, qui ne savent plus où donner de la tête, à accoucher. Tout a commencé, raconte-t-elle à l’AFP, lorsqu’ « un homme est venu à moi pour me dire que deux femmes étaient en train d’accoucher à proximité d’une maternité fermée pour cause de grève ». Elle a donc accouru pour les assister. Arrivée sur place et ayant vu que l’un des bébés était déjà mort, elle prit alors la résolution d’emmener la seconde femme qui n’avait pas encore accouché chez elle. « J’ai amené l’autre femme chez moi où je l’ai aidée. Le bébé a survécu », confie-t-elle.

Depuis cet instant, son appartement de deux pièces s’est transformé pendant deux semaines en maternité où des dizaines de femmes défilaient pour donner la vie. « Tout s’est très bien passé. Elle ne nous a pas demandé d’argent », raconte Winnie Denhere, une mère de 35 ans qui vient de bénéficier de l’aide de Esther Gwena. La nouvelle s’est tellement répandue dans le pays qu’une entreprise a mis à la disposition des patientes de l’eau ainsi qu’une tente qui leur servait de salle d’attente. La première dame du Zimbabwe, Auxillia Mnangagwa, a manifesté sa solidarité en visitant la maternité de fortune de dame Esther et en lui faisant don de nourriture, de détergents et de couvertures.

« Au total, j’ai aidé 250 bébés à venir au monde (…). Aujourd’hui, ils babillent chez eux », se réjouit Esther Gwena à qui les autorités ont demandé de fermer son “centre de fortune’’ lorsqu’une maternité située à proximité a rouvert ses portes. Mais l’arrêt des activités d’Esther Gwena n’a pas plu aux nombreuses mères qui ont bénéficié de ses services et qui ont plus confiance en elle que dans les centres de santé du pays, car les hôpitaux zimbabwéens se sont transformés au fil des années en de véritables mouroirs qui manquent de tout, même le matériel le plus ordinaire. Il n’est donc point surprenant d’entendre les médecins du service public qualifier ces hôpitaux de « piège mortel ».

Le Zimbabwe vit un drame sanitaire qui devrait préoccuper les autorités du pays qui, au moindre ennui de santé, s’envolent pour l’étranger et aux frais du contribuable incapable, lui, de se soigner. On se souvient que l’ex-Président Robert Mugabe est décédé dans un hôpital de luxe à Singapour où il se faisait soigner depuis des années. L’actuel premier vice-président du pays, Constantino Chiwenga, a, de son côté, récemment suivi des soins en Chine.