Donald Kaberuka : nouveau président de la Banque africaine de développement

Donald Kaberuka sera, à compter du 1er septembre prochain, le nouveau président de la Banque africaine de développement (Bad). L’ancien ministre rwandais des Finances et de la Planification économique a fini par l’emporter lors de la réunion extraordinaire du Conseil des gouverneurs de la banque face à son adversaire nigérian, Olabisi Ogunjobi, à la suite du vote de jeudi dernier que l’on pourrait considérer comme un plébiscite.

C’est à Donald Kaberuka que les 77 gouverneurs de la Banque africaine de développement ont fini, lors de la réunion extraordinaire du Conseil des Gouverneurs de la Bad qui s’est achevée ce vendredi, par confier la présidence de la plus importante institution financière du continent. Cela à la suite du vote de jeudi dernier, où le candidat rwandais a remporté 78,8 % du total des votes dont 68,2 % étaient africains. Ce dernier score démentirait largement, selon une source interne à la banque interrogée à ce propos, qu’une quelconque pression américaine – les Etats-Unis sont le premier actionnaire non régional de la Bad – aurait été à l’origine de sa nomination. Car lors des Assemblées annuelles de la Bad, les 18 et 19 mai derniers, Washington n’avait pas caché ses préférences quant au successeur du Marocain Omar Kabbaj, dont le mandat de dix ans prend fin en août.

Le candidat des Américains à un poste très convoité

De fait, les Etats-Unis avaient appellé les 24 pays non régionaux, qui constituent l’actionnariat de la Banque aux côtes des 53 pays africains, à soutenir la candidature rwandaise face au Nigeria. Kaberuka étant également le candidat des pays de la Communauté pour le développement économique en Afrique Australe (SADC). Très vite sont éliminés aux quatre premiers tours respectivement le Camerounais Théodore Nkodo, puis le Ghanéen Kingsley Y.Amoako suivi du Zimbabwéen, Simba Makoni et enfin du Gabonais Casimir Oyé-Mba. Cependant le cinquième scrutin ne parviendra pas à départager le Rwandais de son rival nigérian Olabisi Ogunjobi. Une règle, celle de la double majorité du scrutin, veut en effet que « le vainqueur de ces élections obtienne 50,01%, au minimum du total des voix et 50,0l % des voix des pays membres régionaux ». Ce ne sera pas le cas cette fois-là. Rendez-vous avait donc été pris pour le vote définitif le 21 juillet à Tunis, le siège temporaire de l’organisation financière.

Un vote que vient de remporter Donald Kaberuka. Agé de 54, maîtrisant parfaitement le français, l’anglais et le swahili (la précision est de taille, ce n’était pas le cas de tous les candidats notamment pour l’anglais), le nouveau président de la Bad a fait ses études en Tanzanie et en Grande-Bretagne. Il est titulaire d’un doctorat en sciences économiques et est spécialisé dans la finance internationale et en économie du développement. Nommé ministre du gouvernement rwandais en 1997, l’économiste s’évertue à redonner une santé financière et économique à son pays qui se relève peu à peu du génocide de 1994. Et toutes proportions gardées, le résultat escompté est partiellement obtenu. Le Rwanda a atteint, en avril dernier, le point d’achèvement de l’initiative PPTE (Allégements de dette au titre de l’initiative en faveur des Pays pauvres très endettés) qui permet, entre autres, d’obtenir l’éffacelment d’une partie de sa dette extérieure. Le Rwanda est d’ailleurs considéré comme l’un des meilleurs élèves francophones.

Parce qu’il le vaut bien…Reste encore à faire ses preuves

Président de 2002 à 2004 du réseau ministériel des pays PPTE, président de 2001 à 2002 de la PTA Banque (Banque de développement de l’Afrique orientale, centrale et australe) et président de la commission nationale pour le Nouveau partenariat pour le développement en Afrique (Nepad)[[Chargée de superviser le processus du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) ]] et enfin vice-président de la commission nationale de lutte contre le sida pour l’exercice 2002/2003, les récentes responsabilités de Donald Kaberuka semblent l’avoir conduit tout droit au poste qui sera officiellement le sien en septembre prochain. Une maîtrise globale de la structure et de la conjoncture économique et financière des pays africains, une expérience à un poste similaire, un intérêt évident pour le Nepad, qui intéresse de très près la Bad, et une sensibilité à un fléau qui préoccupe le continent africain et le monde auront certainement été les arguments avancés par le Rwandais dans sa lettre de candidature. Des arguments qui ont le mérite, une fois n’est pas coutume, d’être d’une véracité incontestable. En somme, sur le papier sa nomination semble des plus évidentes (l’argument pourrait certainement valoir pour les autres candidats), mais le plus difficile reste encore à faire. Prouver qu’il était le meilleur choix. Cinq ans lui suffiront peut être si l’on s’en tient à ses antécédents.