Dominique Strauss-Kahn : le FMI doit revoir ses méthodes d’aide

En décalage avec ses politiques antérieures, le Fonds monétaire international (FMI) pourrait être disposé à intervenir pour aider les pays pauvres à faire face à la hausse des prix des vivres et du carburant, en prenant des mesures d’urgence à court terme.

C’est ce qu’a indiqué Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, le 25 février, à l’occasion d’un sommet économique d’une journée, qui rassemblait les chefs d’Etat des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

« Tous les pays risquent d’être confrontés à une situation où, tout d’un coup, le prix du pétrole et des vivres va augmenter. Les familles qui ont à peine ce dont elles ont besoin pour survivre sont les plus touchées », a-t-il déclaré à la presse. « Le FMI peut apporter des solutions qui permettront de déterminer les mesures fiscales à adopter pour faire face à ces crises […] et surmonter plus facilement les périodes difficiles », a-t-il poursuivi.

Entre-temps, les prix des vivres continuent à grimper dans le monde, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), et la hausse du coût de la vie a provoqué des émeutes dans trois grandes villes du Burkina Faso et à Douala, capitale du Cameroun, au cours des huit derniers jours.

En janvier 2008, les prix du blé dans le monde étaient 83 pour cent plus élevés qu’un an auparavant. Les présidents du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Mali et du Burkina Faso, ainsi que les Premiers ministres de la Guinée-Bissau et du Niger, étaient présents lors de ce sommet d’un jour.

Des mesures à court terme

M. Strauss-Kahn a suggéré que le FMI pourrait adopter des mesures à court terme, et notamment proposer des prêts, et donner des conseils pour l’élaboration de politiques économiques et fiscales nationales, destinées à amortir la hausse du coût de la vie et à « soulager la pression » exercée sur les gouvernements, sans perturber la stabilité économique des pays.

Le directeur du FMI a également réfuté les critiques formulées à l’encontre du FMI, comparé à un pompier qui « éteint le feu et ensuite noie tout ce qui se trouve sur son passage », et a défendu le rôle du Fonds, qui a contribué, selon lui, à impulser le développement économique de l’Afrique de l’Ouest.

« L’aide technique apportée par le FMI à l’Afrique de l’Ouest est un des éléments qui ont déclenché l’essor économique de ces populations », a-t-il déclaré.

Selon M. Strauss-Kahn, il n’y a aucune réponse toute faite à la hausse du prix des vivres, mais « à long terme, il n’y a qu’une seule solution véritable : le développement économique ». Dans ce domaine, l’Afrique de l’Ouest est en bonne voie, a-t-il estimé, les économies des pays de l’UEMOA progressant « remarquablement » ces dernières années, puisque ces pays affichent des taux de croissance économique de quatre à six pour cent.

Le rôle du FMI en Afrique de l’Ouest consiste généralement à tenter d’impulser la croissance économique dans les pays en voie de développement en libéralisant l’économie, en privatisant les industries, et en accordant des prêts – à condition que les réformes économiques soient appliquées.

L’heure est au changement

Les dirigeants ouest-africains ont néanmoins demandé au FMI de revoir ses méthodes.

« Nous attendons du FMI qu’il adapte ses textes, ses méthodes et ses procédures, de façon à prendre en compte les préoccupations actuelles de nos pays, encore pauvres et extrêmement endettés », a déclaré à la presse Yayi Boni, président du Bénin.

À en croire Sarah Williams, responsable des politiques de Jubilee Debt 2000, une organisation internationale de plaidoyer, adopter davantage de politiques de libéralisation fiscale dans la veine de celles qui sont généralement pratiquées par le FMI nuirait aux populations les plus pauvres d’Afrique de l’Ouest, confrontées à la forte hausse du prix des vivres.

« Il a été démontré à maintes reprises que ces politiques étaient contraires à la démocratie et nuisibles aux pays et aux populations les plus pauvres. Le FMI devrait donner à ces gouvernements d’Afrique de l’Ouest une marge de manœuvre suffisante pour leur permettre de fixer leurs propres priorités en matière de politiques économiques, et non pas leur en dicter de nouvelles. Et l’allègement de la dette doit faire partie de cette solution ».

Conformément aux mesures d’annulation de la dette, les dettes contractées par le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, le Ghana, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Sénégal ont été considérablement réduites. Toutefois, chaque pays doit encore rembourser, en moyenne, cinq dollars par personne et par an à ses créanciers, et notamment au FMI, selon le rapport 2007 sur l’initiative du FMI en faveur des pays pauvres très endettés.