Doha 2016 : une déception pour l’Afrique aussi !

« L’essentiel est de participer », disait le Baron de Coubertin, le promoteur des Jeux Olympiques moderne. Encore faut-il avoir une chance équitable de pouvoir l’emporter, serait-on tenter de lui rétorquer. Et cela devrait, d’ailleurs, valoir tout autant pour les athlètes qui participent aux différentes compétitions qu’aux villes candidates qui concourent pour l’organisation de cette manifestation.

Par Ayman Soltani et François-Aïssa Touazi, Membres de CAPafrique.

Or, à en juger au sort réservé à la candidature de Doha pour l’accueil des JO de 2016, il est permis d’en douter. Le 4 juin dernier en effet, le CIO a écarté la candidature qatarie alors même que celle-ci avait obtenu sur le plan technique une note quasi égale, voire supérieure, à d’autres villes qui, elles, sont encore en course (il s’agit de Chicago et de Rio qui font partie, avec Madrid et Tokyo, des quatre finalistes).

Le principal argument avancé au rejet de la candidature de Doha ? Les dates et la chaleur qui sévit l’été dans la région. Conscient de ce problème, les Qataris avaient pourtant demandé, à titre exceptionnel, d’organiser les Jeux du 15 au 30 octobre. Au regard de l’Histoire, cela n’aurait constitué ni une faveur, ni même un précédent. Depuis 1945 en effet, cinq éditions sur seize ont eu lieu en octobre, voire en novembre et même en décembre : Melbourne en 1956 (22 novembre – 8 décembre), Tokyo en 1964 (10 – 24 octobre), Mexico en 1968 (17 septembre -2 octobre), Seoul en 1988 (17 – 2 octobre) et Sydney en 2000 (13 septembre – 1er octobre).

Mais le CIO a préféré s’en tenir cette fois-ci à une application stricte de la règle (les Jeux doivent se dérouler entre le 15 juillet et le 31 août). Pourquoi ? Par souci légitime d’offrir aux athlètes des conditions optimales ? Il semblerait plutôt que des considérations liées aux droits de diffusion TV auraient contribué au rejet de la candidature du Qatar.

Le monde arabe, l’Afrique et l’Amérique latine sans cesse exclus

Or un tel choix est d’autant plus critiquable que si de nombreuses villes européennes, américaines et asiatiques ont eu, depuis 112 ans, le privilège d’avoir été choisies pour organiser les Jeux Olympiques, d’autres régions du monde, en revanche, n’en n’ont encore jamais eu l’opportunité. C’est le cas notamment du monde arabe, qui demeure l’une des seules aires géographiques et culturelles, avec l’Afrique et l’Amérique latine, dans cette situation. Pourtant, les candidatures arabes n’ont pas manqué tout au long de l’Histoire mais elles n’ont jamais été retenues et 2016, malheureusement, ne fera pas exception.

Sans doute, la candidature de Doha, qui dépassait largement le simple cadre sportif, aurait cette fois-ci mérité un meilleur sort. Elle portait en effet en elle un encouragement à l’apaisement au Moyen et au Proche-Orient. Car à l’endroit des Israéliens, il n’y a jamais eu d’équivoque de la part du Qatar dans sa volonté d’ouverture. Comme l’a affirmé le président du comité de candidature de Doha : « Israël fait partie de la région et du mouvement olympique ; nous avons signé la même charte et les Israéliens ont participé aux Jeux précédents : ils y auront donc toute leur place ».

Mais en écartant la candidature de Doha de façon prématurée le 4 juin dernier, le CIO n’a pas seulement perdue une bonne occasion de favoriser la paix, comme l’y invite pourtant sa propre charte olympique, il a aussi beaucoup déçu. Au Moyen-Orient et dans le monde arabe certes, mais aussi en Afrique, et pas qu’en Afrique du Nord. Une large partie de l’Afrique subsaharienne avait également apporté son soutien à la candidature qatarie. Elle espère d’ailleurs, elle aussi, avoir la chance d’organiser un jour à son tour les premiers Jeux Olympiques de son histoire. Malheureusement, les arguments avancés pour rejeter la candidature de Doha, et qui auraient tout aussi bien pu s’appliquer a fortiori à une candidature africaine, n’autorisent guère pour le moment à l’optimisme.