« Dites leur qu’on arrive », prévient Romaric Atchourou

Dites leur qu’on arrive est le premier livre de Romaric Atchourou. L’opportunité pour le journaliste franco-ivoirien de partager, à travers son personnage principal, Mike Doumé, ses réflexions sur l’engagement d’un homme écartelé entre son pays d’adoption, qui souvent le rejette, et son pays d’origine qui a besoin de ses compétences.

Un samedi du mois de mars, à Paris, Mike Doumé décide de sortir d’un deuil douloureux de quatre mois à la suite du décès de son père, un haut dignitaire du gouvernement de Côte d’Ivoire, le pays de ses parents. Cette réclusion forcée lui a définitivement fait passer l’envie des frivolités qui remplissaient autrefois la vie de ce membre actif de la jet-set ivoirienne composée de fils à papa comme lui. Pour l’amoureux des Weston (la célèbre marque de chaussures), c’est maintenant l’heure des bilans et des vrais engagements.

Une chronique vivante…

Se pose alors pour le jeune franco-ivoirien la question de « retourner là-bas, bosser pour (son) pays ou rester ici et réussir (son) intégration et aider à une meilleure insertion des fils d’immigrés ». Un grand dilemme pour le digne fils d’un père qui « havait des dreams », celui de développer son pays et qui a fini par se faire tuer dans un coup d’Etat. C’est son ami Francis, Français mais aussi Ivoirien de coeur, membre d’un mouvement dénommé la Tribune qui le convainc de s’engager pour son pays. Même si parfois, pense Mike, c’est « le petit blanc (…). Peut-être qu’il fait bien, mais cette image du coopérant, celle de celui qui sait plus que vous, ça m’agace ».

Dites leur qu’on arrive est un mélange bien dosé de fiction, d’autobiographie et d’actualité. Romaric Atchourou a un style bien à lui qui se veut au plus près du langage des gens. Ce parti pris donne une grande vivacité à sa première œuvre littéraire qui n’est autre que la chronique des dernières semaines d’un homme à la veille d’une décision majeure. Le sieur Doumé est le portait craché de l’Africain branché à Paris, frimeur et convaincu de son charme. Celui-là même auquel Magali Botticelli, la rédactrice en chef du journal pour lequel il travaille, succombera dès les premières heures de leur rencontre.

…pour décrire ce qui pourrait être l’engagement d’une vie

Mais c’est aussi le digne représentant de ces millions d’Africains qui sont à cheval entre deux continents et deux cultures. Et ils se retrouveront dans les réflexions de ce trentenaire qui passe en revue les principales difficultés des immigrés en France. Du racisme ordinaire – il n’en n’oublie pas moins les préjugés à tort ou à raison que les Africains ont sur les Européens en général – aux vrais drames. Celui d’un compatriote qui s’enfonce dans les petits boulots en France, souvent sans permis de travail, pour subvenir aux besoins de la famille restée au « bled ». Ou encore celui de Maï, jeune femme brillante bardée de diplômes, qui, faute de pouvoir exercer une activité professionnelle dans l’Hexagone, se prostitue pour assurer le quotidien.

Le livre de Romaric Atchourou est aussi le lieu où les leaders africains rongés par une cupidité, qui ne leur laisse pas l’ombre d’une seconde pour penser au bien-être de leurs concitoyens, sont cloués au pilori. L’auteur ne rate pas non plus ses compatriotes immigrés. Ces derniers sont souvent à l’origine, en Europe, de ces associations africaines, dont il s’interroge sur la véritable utilité, supposées contribuer de loin au développement de l’Afrique. En somme « se pourrait-il un jour que l’Afrique parvienne à se mettre debout toute seule comme une grande ? » C’est la grande question qui taraude Mike et si cette possibilité existe, le jeune homme a définitivement envie d’y contribuer. Tout comme certainement Romaric Atchourou.

 Dites leur qu’on arrive de Romaric Atchourou, publié aux éditions La Société des Ecrivains

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