Discrimination à l’embauche : CV anonyme et recensement ethnique relancés

Roger Fauroux a remis son rapport sur la lutte contre les discriminations ethniques à l’embauche, jeudi, au ministre français de l’Emploi et de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo. Offensif, il enjoint l’Etat et les entreprises à prendre leurs responsabilités face à ce mal constamment vérifié mais toujours sous-estimé. Il préconise notamment le « recensement des minorités ethniques » et la « pratique du CV anonyme » au sein des entreprises.

« La discrimination vis-à-vis des Maghrébins ou des Noirs, Français ou non, est dans le domaine de l’emploi largement et impunément pratiquée. » Roger Fauroux le sait, son rapport sur « la lutte contre les discriminations ethniques à l’emploi » ne constate rien de plus qui ne l’ait été par les gouvernements français successifs, ces dernières années, eux-mêmes commanditaires de « rapports excellents » sur la question. L’ancien président du Haut Conseil à l’intégration et président d’honneur de Saint-Gobain sait surtout que les résultats des actions entreprises par ces mêmes gouvernements sont « d’une affligeante médiocrité ».

Alors il s’est attelé, dans le document remis jeudi à Jean-Louis Borloo, ministre de l’Emploi et de la Cohésion sociale, à distinguer les acteurs politiques, économiques et sociaux susceptibles de faire évoluer les mentalités, puisque c’est de cela dont il s’agit, et à leur indiquer la manière à suivre. Recensement des minorités ethniques, CV anonymes, sanctions juridiques exemplaires, campagnes de communication… en plus de ces mesures fortes, c’est une prise de conscience de la société française que l’auteur du rapport souhaite voir.

« Un tabou prétendument républicain »

A l’Etat, Roger Fauroux demande de jouer son rôle d’entraînement en agissant sur deux leviers. La pédagogie d’abord, en menant des « actions publicitaires » pour marteler « les méfaits de la discrimination et les bienfaits de l’intégration ». L’ancien ministre cite les progrès réalisés en matière de lutte contre le tabagisme et contre les accidents de la route, des comportements pourtant jugés « indéracinables ». Si la persuasion ne suffit pas, place à la sanction. Les autorités publiques doivent faire de la discrimination au faciès un délit prioritaire auprès des inspecteurs du travail et des magistrats, qui sont loin de le considérer comme tel aujourd’hui. Pour le reste, indique le rapport, c’est à la société civile et économique de prendre l’initiative d’actions concrètes, éventuellement encouragées par l’Etat.

La réalité des discriminations est souvent ignorée voire niée par nombre d’employeurs, « généralement de bonne foi », car « confiants dans leurs méthode de recrutement », explique le rapport. Pour faire se rejoindre réalité et apparence, Roger Fauroux propose de mettre fin à la « cécité » que s’impose le modèle d’intégration français en levant « un tabou prétendument républicain » et en rendant possible le recensement des minorités ethniques dans les entreprises. La Constitution l’interdit et ne reconnaît que la nationalité, justement par souci d’intégration. Mais l’auteur estime que sans cet outil, il sera impossible de mesurer les progrès accomplis et de pointer les sociétés réfractaires.

La nouvelle patronne du Medef, Laurence Parisot, est pour. Mais le Premier ministre Dominique de Villepin n’a de cesse d’afficher sa fidélité au « modèle républicain ». Autre façon de mettre les recruteurs, de bonne ou mauvaise foi, d’accord : le CV anonyme. En décembre 2004, les députés français avaient renoncé au dernier moment à imposer cette mesure aux entreprises, la rendant volontaire. Or, les engagements pris par la cinquantaine de sociétés signataires de la Charte de la diversité ont du mal à se traduire en actions, regrette Roger Fauroux. Pour montrer l’exemple, il invite l’Etat à revoir son propre mode de recrutement au sein de ses institutions, peu métissées jusqu’ici.

Lire le rapport sur la « lutte contre les discriminations ethniques dans le domaine de l’emploi »