Discrimination à l’embauche aux Etats-Unis


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Plus d’un an apres l’élection de Barack Obama à la Maison-Blanche, les diplômés Afro-Américains ont toujours plus de difficultés à trouver un emploi que les Blancs. La discrimination positive s’essouffle.

Johnny R. Williams, 30 ans, n’est pas de ceux qui se plaignent de l’impact de leur couleur de peau dans leur recherche d’emploi, notamment avec un CV qui ferait pâlir d’envie beaucoup: il a travaillé pour la banque JP Morgan, l’un des fleurons de Wall Street, et est diplômé de la prestigieuse école de commerce de l’université de Chicago. En 2008, devant la difficulte à dégoter des entretiens, il a decidé de retoucher son CV en gommant chaque détail qui pourrait renvoyer à sa couleur de peau. Il a fait disparaître par exemple son adhésion à l’association des étudiants afro-americains d’écoles de commerce. « Si on me pose une question sur mon activisme lors d’un entretien, au moins je serais parvenu à la porte d’une entreprise », explique-t-il.

Barry Jabbar Sykes, 37 ans, n’utilise plus que Barry J. Sykes dans sa recherche d’un poste en technologie d’information. Pourtant il est diplômé en mathematiques de l’Universite de Morehouse, un etablissement privé, pour hommes noirs, situé à Atlanta en Georgie, qui fait partie du programme des dirigeants du monde de la prestigieuse banque d’affaires Goldman Sachs. « Barry sonne comme si j’étais originaire d’Irlande » sourit-il.

La couleur de peau est un obstacle sérieux

La couleur de peau reste un obstacle sérieux sur le marché du travail pour les Afro-Américains, même pour ceux qui sont sortis des meilleures universites, ce qui peut paraitre surprenant, après des années d’avancées pour les Noirs, couronnées par l’élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis. Aussi se demandent-ils si cette victoire n’a pas obscurci quelque peu leurs perspectives d’emploi. Certains estiment que cette élection a été un énorme changement pour le pays de telle sorte qu’il y a aujourd’hui un retour de bâton contre les Noirs, notamment contre les plus diplômés d’entre eux.

« Il y a un ressentiment contre sa présidence chez certains à cause de sa couleur de peau », explique David Verner, diplômé en architecture, qui a été licencié il y a un an et demi et a du mal à trouver un emploi depuis. « Son élection a eu des conséquences sur les diplômés afro-américains à la recherche d’un emploi’, ajoute-t-il.

Selon le New York Times, sur les dix derniers mois le taux de chomage des Afro-américains diplômés a plus progressé que celui des Blancs diplômés, un phénomène amplifié par la récession économique.

Les hommes Afro-Américains diplômés d’universités ont beaucoup plus de difficultés à trouver un emploi que les Blancs dans cette conjoncture, selon le Bureau du Travail. Le taux de chômage d’hommes Afro-Américains diplômés âgés de 25 ans et plus est en 2009 près de deux fois plus élevé que celui de leurs compatriotes Blancs: 8,4% contre 4,4%.

Chômage double pour les diplômés noirs aux Etats-Unis

Une étude publiée il y a plusieurs années dans The American Economic Review intitulée « Are Emily and Greg more employable than Lakisha and Jamal ? » (Emilie et Greg sont-ils plus employables que Lakisha et Jamal ?) avait montré que les candidats avec des noms à consonnance noire reçoivent moitié moins d’appels des recruteurs que ceux ayant des noms sonnant blancs.

Une autre enquête, plus récente, publiée cette année dans The Journal of Labor Economics, a montré que les managers blancs, asiatiques et hispaniques ont une forte tendance à recruter plus de Blancs et peu de Noirs, alors que les managers noirs embauchent plus de Noirs que de Blancs.

Cette discrimination est toutefois subtile et se matérialise par des regards et des commentaires inappropriés au cours des entretiens, des entretiens qui tournent court ou se terminent à peine ont-ils commencé et le silence des entreprises après une première rencontre.

« ça a forcément des conséquences sur ta recherche parce que tu te demandes, quel rôle joue ma couleur de peau: si je suis appelé par un recruteur, vais-je decrocher un entretien quand il aura entendu ma voix et comprendra que je suis Afro-Américain », raconte Terelle Hairston, 25 ans, diplômée de la prestigieuse université de Yale, à la recherche d’un emploi depuis l’été.

45 secondes de silence en découvrant ma couleur

Johnny Williams a quant à lui quitté New York pour retourner vivre chez ses parents à Dallas après avoir été licencié. Il a postulé pour un poste dans une entreprise de gestion de biens ayant mis en ligne une offre d’emploi sur les sites internet des meilleurs écoles de commerce. Le DRH a répondu immédiatement à sa candidature, lui expliquant qu’ils avaient du mal à attirer des diplômés des meilleures universités. Quelques jours plus tard, Johnny rencontre deux responsables de l’entreprise. « Quand je me suis présenté, il y a eu 45 secondes de silence », narre-t-il. L’interet de l’entreprise s’était évaporé, poursuit Johnny, imputant ce refus à sa couleur de peau.

Les diplômés afro-américains ne veulent toutefois pas tomber dans la victimisation en évoquant leur couleur de peau comme principal frein à leur recherche infructueuse d’un emploi, d’autant que comme ils le reconnaissent l’entrée de Barack Obama à la Maison-Blanche est la preuve q’un Afro-Américain peut accéder aux postes les plus importants. Ils disent aussi que parfois leur couleur de peau a été un avantage, notamment dans des entreprises qui ont des programmes sur la diversité.

Mais nombreux font le constat que la discrimination positive s’est essoufflée lors des dernières années et a même complètement disparu avec la récession économique.

Par Marcel Bekolo

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