Dire non à la démocratie, c’est dire non au peuple.


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La démocratie ce n'est pas pour nous Burkina Faso
La démocratie ce n'est pas pour nous Burkina Faso

« La démocratie, ce n’est pas pour nous. » Cette phrase du président putschiste Ibrahima Traoré n’est pas une simple provocation : elle exprime, à l’état brut, un projet politique : normaliser la confiscation du pouvoir au Burkina Faso.

Cette déclaration du président burkinabé cache une réalité difficile à masquer : celle d’un régime issu d’un coup d’État qui cherche à théoriser son propre maintien. Car affirmer que la démocratie n’est pas adaptée, c’est avant tout refuser de se soumettre au verdict des urnes. C’est substituer à la souveraineté populaire une légitimité autoproclamée, fondée sur la force et l’urgence.

La démocratie présentée comme obstacle

Le discours sécuritaire sert ici de paravent. Oui, le Burkina Faso est confronté à une crise grave. Mais faire croire que la démocratie serait un obstacle à la lutte contre le terrorisme relève soit de l’aveuglement, soit d’une stratégie délibérée. Car, en réalité, l’absence de démocratie affaiblit l’État : sans transparence, sans institutions indépendantes, sans liberté de critique, les erreurs se multiplient, les abus se banalisent et les échecs se dissimulent.

Plus inquiétant encore, cette rhétorique véhicule une idée profondément méprisante : celle selon laquelle les Burkinabè ne seraient pas prêts pour la démocratie. Une telle affirmation n’est pas seulement contestable politiquement, elle est moralement choquante. Elle revient à déposséder tout un peuple de sa maturité politique, à nier ses luttes passées et à justifier sa mise sous tutelle.

L’histoire nous a démontré que partout où les régimes militaires ont promis ordre et efficacité en échange des libertés, le résultat a toujours été le même : concentration du pouvoir, répression des voix dissidentes et, souvent, aggravation des crises qu’ils prétendaient résoudre. Le Burkina Faso suit aujourd’hui cette trajectoire.

Ce type de discours n’est pas anodin. Il prépare les esprits à accepter l’inacceptable : l’effacement progressif des libertés publiques, la marginalisation de toute opposition et, à terme, l’installation durable d’un pouvoir sans contrôle.

À court terme, cette posture peut séduire une population épuisée, en quête de solutions rapides. Mais c’est un marché dangereux : échanger la liberté contre une promesse d’efficacité sans garantie, c’est prendre le risque de perdre les deux.

En réalité, la démocratie n’est pas le problème du Burkina Faso. Ce qui a échoué, ce sont des pratiques politiques, des élites et des systèmes imparfaits. Confondre ces échecs avec la démocratie elle-même, c’est commettre une erreur lourde de conséquences.

L’illusion de l’État fort

En rejetant la démocratie, le pouvoir actuel ne propose pas une alternative crédible. Il ouvre la voie à une impasse : celle d’un État fort en apparence, mais fragile dans ses fondements, car privé de la seule légitimité durable : celle du peuple.

Et c’est précisément là le paradoxe : au nom de sauver la nation, on prend le risque de lui retirer sa voix.

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