Didy Mouche, styliste sereine et inspirée

scan1-2.jpg

Didi Mouche, créatrice de mode d’origine rwandaise, a ouvert sa boutique parisienne en juin 2003. Depuis, le succès est au rendez-vous pour cette styliste autodidacte, qui mélange les genres, les coupes et les tissus. Son objectif : des créations originales mais indémodables, à petits prix.

Lorsque l’on pousse la porte du 40, rue de Chanzy, dans le 11è arrondissement de Paris, on se retrouve en Afrique. Mais pas n’importe quelle Afrique. Celle de Didy Mouche, créatrice de mode d’origine rwandaise, qui a posé ses valises pleines de tissus et d’idées à Paname il y a 11 ans. Dans sa boutique baptisée Massaï-Mara, les robes, vestes et jupes sont sagement pendues aux portants, des bijoux débordent de corbeilles, des tissus sont en attente de patrons et des tableaux singuliers ornent les murs. Une musique africaine et douce s’échappe de l’atelier de confection, caché par un rideau. L’ambiance est chaleureuse et décontractée, comme la maîtresse des lieux, Didi, silhouette longiline, dread locks nonchalamment relevées en chignon et rire facile.

Didy Mouche a 42 ans mais en paraît dix de moins. Un visage sans cesse éclairé par un sourire et une sérénité à toute épreuve. Car malgré les commandes qui s’accumulent depuis l’ouverture de la boutique en juin 2003, et le succès qui pointe le bout de son nez, Didi reste zen. Et commente tranquillement ses créations, que des pièces uniques, qu’elle coud au gré de son stock de tissus et de son inspiration du moment.

Mode indémodable

La styliste travaille le wax ou l’indigo en les mélangeant à d’autres matières comme la polaire, la laine, la maille, le velours… « J’ai tout expérimenté ! Mes collections sont adaptées aux modèles qui plaisent en France. Je ne fais pas de modèles « africains ». Un boubou, c’est magnifique mais encore faut-il savoir le porter ! » s’amuse-t-elle. « Je créé des choses que j’ai envie de porter. Après la canicule de l’année dernière, j’ai basé ma collection été 2004 sur les dos nus, en tops ou en robes. Et même si j’essaie de suivre la tendance, ce sont des coupes qui ne se démodent pas. »

Même chose pour les accessoires made in Didi comme des sacs ou ces ceintures en tissus qui ont la forme de celles utilisées pour les kimonos japonais. Didi aime les coupes asiatiques et le mélange les genres… Elle avoue un faible pour le travail de créateurs comme Isabelle Marant, une des jeunes coqueluches de la mode parisienne, ou Xüly Bet, le Malien très tendance. Mais Didi souhaite faire du « prêt-à-porter accessible ». Du coup, ses prix ne sont pas du tout « créateur ». Vous débourserez 55 euros pour une robe ajustée sur mesure, pas plus de 10 euros pour un bracelet et les pièces les plus chères, les vestes, sont à 85 euros.

De la peinture à la couture

Didi est née au Rwanda, pays qu’elle quitte à 13 ans avec sa fratrie pour le Zaïre. C’est dans ce pays qu’elle grandit et étudie puis elle s’installe pendant dix ans au Sénégal, où elle devient peintre. « Lorsque j’ai quitté le Sénégal, je commençais tout juste à vivre de mon art. Je faisais partie d’une association de femmes, j’ai fait différentes expositions, mais en France, c’est dur d’en faire son métier, il faut de solides références, être connu. Je me suis donc tournée vers la couture. J’ai toujours ‘bricolé’. Au Sénégal, je faisais du batik sur tissus… à force de tourner autour du thème, j’ai eu envie de coudre. Dans ce domaine, comme dans celui de la peinture, je suis totalement autodidacte. »

Didi arrive en France en 1993 et c’est en 1994 qu’elle acquiert sa première machine. Elle commence par des coupes faciles, un peu larges, un peu carrées, sans trop d’effets, affinant peu à peu son style. Elle fréquente les free markets (expositions collectives), des endroits où elle peut se tester… et tester ses créations. Ça marche, le public aime. En 1997, elle ouvre donc sa première boutique avec une amie, déjà dans le même esprit que Massaï-Mara. L’aventure dure jusqu’en 2001. Aujourd’hui, Didi explique que sa clientèle, de 25 à 45 ans, est très « mélangée », des voisines de quartiers aux fashion victims à la recherche d’originalité. « Il y a une forte demande mais ma façon de travailler est encore artisanale. Ce n’est pas évident d’avoir toutes les tailles, toutes les longueurs et toutes les couleurs, surtout que je travaille entièrement seule ! Mais j’y crois ! »

Didi la voyageuse semble avoir trouvé son havre de paix dans la capitale française. « J’ai mis un peu de temps à m’adapter à Paris mais aujourd’hui c’est une ville que j’aime et que je connais bien. On y rencontre plein de gens, c’est une ville très riche culturellement, on y trouve toute l’Afrique, toute l’Asie, c’est passionnant…. Le Sénégal, c’est mon pays d’adoption. J’y vais au moins deux fois par an pour me reposer, manger, dormir, me ressourcer, chercher des tissus. Quant au Rwanda, ma famille habite là-bas et j’irais tant que ma mère sera en vie. Mais c’est une autre atmosphère. C’est un très beau pays mais je m’y sens moins à l’aise. En fait, ma boutique, c’est un peu comme à la maison ! J’y suis tellement bien… » Rassurez-vous, Didi, les clientes aussi s’y sentent comme chez elles…

Massaï-Mara

40, rue de Chanzy – 75011 Paris