Deux journalistes nigériens poursuivis pour diffamation

Les deux responsables du journal « Le Républicain », Mamane Abou et Oumarou Keita, respectivement directeur de publication et directeur de la rédaction arrêtés le 4 août dernier, ont comparu lundi devant le tribunal de Niamey pour « diffusion de fausses nouvelles et diffamation envers l’Etat du Niger ».

De nombreux journalistes et défenseurs de droits de l’Homme et de la démocratie étaient présents au tribunal de Niamey pour exprimer leur soutien aux deux journalistes. Quelques instants après l’ouverture du procès, les avocats des
deux journalistes se sont retirés de la salle, estimant qu’il n’y a plus de procès juste et équitable.

« Nous nous sommes retirés de ce procès puisque nous estimons qu’il n’y a plus de procès juste et équitable à partir du moment où la défense ne peut plus avoir droit à la parole. Nous nous sommes retirés pour ne pas légitimer une parodie de procès », a dit Me Coulibaly avocat de Mamane Abou.

« Nous avons récusé le juge car c’est lui qui, dans une affaire précédente, avait décerné un mandat d’arrêt contre Mamane Abou, alors même qu’il assurait l’intérim d’un cabinet d’instruction. Il est hors de question pour nous de plaider devant un juge aux ordres. Nous n’allons pas accepter de nous faire juger par le même juge qui n’a aucun égard pour la loi et la justice », a-t-il dit.

Après le retrait des avocats, le procès avait tout de même
continué et les deux journalistes ont refusé de répondre aux juges. Le verdict de l’affaire jugée, lundi matin, est prévu pour le 1er septembre prochain.

Les deux accusés ont regagné leur lieu de détention à Téra (184 km à l’ouest de Niamey) pour Mamane Abou et à Fillingué (180 km à l’est de Niamey) pour Oumarou Keita.

Accusation de corruption contre le pouvoir

Officiellement, c’est un article publié par « Le Républicain » le 28 juillet 2006, portant sur une analyse générale de la situation politique et économique du Niger et l’ouverture du pays à d’autres puissances qui a servi de prétexte au Premier ministre du Niger, Hama Amadou, pour porter plainte.

L’article du « Républicain », publié le 28 juillet et intitulé « Hama lâche l’Occident pour l’Iran », accusait le Premier ministre Hama Amadou de « courtiser à fond les Iraniens ».

« Son programme politique consiste à s’éloigner le plus possible des occidentaux.(…) Hama risque d’exiger la fermeture des chancelleries occidentales, celle de tous les projets et programmes financés par les blancs, la liquidation des entreprises appartenant aux blancs. Ainsi, d’ici peu, sous la férule de Hama Amadou, aucun blanc ne circulerait dans les rues du Niger », écrit « Le Républicain ».

« L’Iran est ciblé comme un partenaire du futur pour le Niger. Selon nos sources, le Premier ministre et l’ambassadeur iranien ont récemment échangé autour d’un dîner. Il courtise à fond les Iraniens », poursuit le journal.

Mais, selon toute vraisemblance, la vraie raison de l’arrestation des deux journalistes serait liée aux révélations du journal sur des cas de mauvaise gestion, de détournements des derniers publics, de malversations diverses. Le dernier cas en date est l’audit des fonds octroyés par les partenaires techniques et financiers (PTF) pour appuyer l’éducation de base au Niger.

En son temps, « Le Républicain » a publié les preuves de
détournement de ces fonds. Le président Mamadou Tandja avait été contraint, suite à ces révélations, de limoger deux ministres de son gouvernement soupçonnés d’avoir participé aux détournements, sans réussir pour autant à convaincre les bailleurs de fonds du Niger qui réclament le
remboursement total des fonds soustraits.

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