Détenu, Foday Sankoh reste au coeur du drame sierra-léonais

Le chef des rebelles du RUF a été mis au secret par le gouvernement. Ce qui ne l’a pas empêché de rencontrer des parlementaires kényans, ni de faire passer ses messages par son soutien Charles Taylor, le président du Liberia.

Une semaine après son arrestation dans les rues de Freetown, Foday Sankoh, le chef de la rébellion du Front uni révolutionnaire (RUF) qui ensanglante le Sierra Leone depuis neuf ans, demeure un interlocuteur de choix pour trouver une issue à la crise actuelle dans le pays.

La clé des interrogations multiples qui subsistent est probablement Foday Sankoh. Tandis que la communauté internationale – et d’abord le ministre anglais de la Défense Geoff Hoon – appelle à son jugement pour crimes de guerre, celui-ci entend continuer à peser de tout son poids politique dans la résolution de la crise. C’est le message qu’a transmis aujourd’hui Charles Taylor, le président du Liberia et allié de longue date de Sankoh :  » [Sankoh] n’est pas un morceau de papier dont on peut espérer que le vent l’emporte. Toutes les parties doivent obtenir satisfaction « , a déclaré Taylor, comparant la situation actuelle de Sankoh à celle de Yasser Arafat il y a quelques années.

A noter enfin, cette incroyable sortie de Sankoh relayée par la presse kényanne : le chef qu’on dit emprisonné a rencontré hier une délégation de parlementaires du Kenya en tournée d’inspection de leurs troupes – quelques centaines d’hommes – au Sierra Leone. Ces derniers ont reçu les  » excuses  » de Sankoh pour la mort de quatre soldats kenyans. Plus ahurissant encore : selon les députés qui l’ont vu, le chef du RUF aurait appelé les Kenyans à maintenir leurs soldats de la paix dans le pays.

Les  » excuses  » de Sankoh

Sur le terrain, les derniers événements semblent confirmer que l’armée gouvernementale a repris la maîtrise des opérations militaires engagées par le RUF. De plus, les paras britanniques, présents depuis dix jours dans le pays et qui ont aidé efficacement à repousser les assauts contre Freetown, s’apprêtent à confier des armes et des munitions aux forces gouvernementales. Le contingent anglais s’est étoffé ces derniers jours et comprend désormais 1 600 soldats d’intervention, selon des chiffres du ministère de la Défense du Royaume-Uni. Enfin, le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, vient d’appeler au renforcement de la Minusil – la force multinationale des Nations-Unies sur place – et propose de porter son effectif à 16 500 hommes de troupe, contre 8 000 Casques bleus actuellement présents.

Pour autant, la situation reste très confuse dans le pays. L’incertitude demeure sur le nombre de militaires encore otages du RUF, après que près de 300 d’entre eux ont été libérés. D’autre part, l’ultimatum transmis hier par le RUF, via des Casques bleus libérés, et qui réclamait la libération de Foday Sankoh n’a pas été authentifié. Enfin, l’identité réelle des six à huit cadavres portant l’uniforme des Casques bleus zambiens n’a pu être établie. Il est possible, pense-t-on sur place, que les morts soient des rebelles ayant volé ces uniformes.