Des Tchadiens de la diaspora expriment leur scepticisme

Interrogés sur l’utilité du projet pour leur pays, ils expriment leur défiance envers le régime.

Tout en connaissant les limites du genre journalistique qu’on appelle  » micro-trottoir « , ce dossier nous serait paru incomplet s’il n’avait pas donné directement la parole à des membres des populations concernées par le projet de Doba. Nous avons donc demandé à des Tchadiens de la diaspora si, de leur point de vue, les bénéfices tirés de l’exploitation pétrolière de Doba serviront ou non au développement de leur pays. Spontanément, ceux qui nous ont répondu ont concentré leurs propos sur le risque d’accaparement de la manne par le régime du président Idriss Déby. Il doit être souligné, enfin, que malgré nos efforts nous n’avons pas réussi à obtenir de réponses de la part des Tchadiens interrogés dont nous pensons qu’ils sont favorables au projet.

A.M., cadre à Paris :

Lorsque le peu de ressources publiques n’est pas bien géré, ce n’est pas en ayant l’argent du pétrole qu’on fera mieux. (…) En l’état actuel des choses, je crois que c’est un véritable gâchis (…) l’autre problème, c’est que lesTchadiens n’ont pas été associés à ce projet. A preuve, le consortium refuse de recruter les cadres locaux dont les prétentions salaires dépassent 5 000 FF (50 000 FCFA).

A. A., militante des droits de l’homme à Paris :

Tous les Tchadiens savent qu’avec le régime en place à N’Djaména, l’argent du pétrole n’ira jamais au bas peuple. Au contraire , ces revenus serviront à enrichir davantage le président et son clan. Quand on prend par exemple les pays africains producteurs (Cameroun, Nigeria, Congo, Gabon, Angola…) de pétrole dans les conditions antidémocratiques, cela n’a résolu aucun problème de développement. (…) On parle du collège de surveillance des revenus mais je n’y crois pas parce que, au Tchad, je ne connais pas de gens qui acceptent de cracher dans la soupe avant de la manger.

F. D., Texas (Usa) :

Le pétrole peut être une source de développement si les gens pouvaient bien gérer les ressources financières. Il ne suffit pas de dire qu’on a du pétrole, (…) il faut faire en sorte que les populations puissent bénéficier effectivement des revenus de l’or noir. En terme de d’infrastructures sanitaires, d’écoles et surtout d’augmentation des revenus des gens. Malheureusement, les gouvernants actuels ne nous offrent aucune garantie de confiance.

M.M.N., étudiante à Lille (France) :

Les populations du sud sont victimes d’une répression constante de la garde présidentielle de Déby. (…) Je crains fort que la rebellion se réveille parce qu’il y a de l’argent, et Déby va réprimer durement puisqu’il voudra défendre ses intérêts personnels. Par ailleurs, il est évident que ces revenus vont grossir les comptes des gouvernants mais il faudrait songer à investir aussi dans la construction d’écoles, des routes, des hôpitaux…afin qu’on dise voilà la vie des Tchadiens s’est améliorée grâce au pétrole. Je vous surprendrai enfin, je suis contre l’exploitation du pétrole étant donné qu’on sortira une richesse de terre pour polluer l a terre et cela constitue une source de malheur dont on ne mesure pas encore toute la portée. On me dira qu’il faut bien exploiter les richesses du pays. Mais enfin…

J.C., Marseille (France) :

On aurait pu avoir un accord équitable avec les compagnies pétrolières si on avait un chef d’Etat consciencieux. Malheureusement, ce n’est pas le cas (…). La vérité, c’est que l’argent de l’or noir va profiter aux compagnies pétrolières et cette oligarchie en place à N’Djaména.

S.A., étudiant à Paris :

De prime abord, compte tenu de ce que nous voyons actuellement, on ne peut pas dire que le pétrole va sortir le Tchad de l’ornière. Si on ne gère bien les petits moyens de notre Etat, comment va t-on faire pour mieux gérer les grands moyens que procureront le pétrole ?