Des mercenaires sud-africains entraînent des éléments de l’armée guinéenne

La diplomatie étasunienne a affirmé ce jeudi avoir détecté la présence de mercenaires sud-africains près d’une base militaire en Guinée. Les déclarations officielles de Washington ont été bien plus assurées que celles de Pretoria, la veille. L’affaire, révélée en détail par la presse sud-africaine, révèle l’état de tension qui règne actuellement à Conakry.

L’armée guinéenne est encadrée par des mercenaires sud-africains. Le sous-secrétaire d’État américain aux Affaires africaines, William Fitzgerald, l’a certifié jeudi à la BBC. « Nous ne les avons pas vu effectuer la formation [des troupes, ndlr] mais nous avons vu des Sud-Africains à côté de la base militaire de Forécariah [ouest de la Guinée, ndlr] », a-t-il déclaré.

Cette confirmation est à l’origine d’une pression diplomatique en direction de Pretoria. « Nous avons approché le gouvernement sud-africain […] pour demander à ce que ces formateurs soient rapatriés », a expliqué Fitzgerald. Une loi sud-africaine interdit en effet strictement de combattre à l’étranger sans autorisation, même si son applicabilité est discutée. En 2004, des mercenaires sud-africains avaient déjà participé à un coup d’Etat avorté en Guinée équatoriale, contre le président Teodoro Obiang Nguéma.

La garde de Dadis formée par les Sud-Africains

L’Afrique du Sud a annoncé mercredi qu’elle mènerait une enquête sur l’affaire guinéenne. Selon les informations communiquées par Ayanda Ntsaluba, un haut responsable du ministère sud-africain des Affaires étrangères, les mercenaires seraient coordonnées par une société militaire privée basée à Dubaï. Selon IOL, cette firme basée à Dubaï s’appelle en fait Omega Strategic Services (OSS) et le groupe envoyé en Guinée serait sous les ordres de Daniel Oosthuizen, ancien des Services de police sud-africains (SAPS). En octobre, le quotidien sud-africain Beeld a révélé que la société qui emploie ces mercenaires porte le même nom qu’une société internationale de sécurité basée en Afrique du Sud, Omega Risk Solutions. Le PDG de cette dernière, Alex de Witt, a déclaré ne posséder aucun lien avec les mercenaires envoyés en Guinée.

Ces derniers assureraient la formation de soldats, sélectionnés majoritairement « sur une base ethnique ». Le chef de la junte, le capitaine Dadis Camara, aurait constitué une garde resserrée autour de sa personne, exclusivement composée de Guerzés, l’une des ethnies forestières d’après La Lettre du continent. Beeld indique aussi que le contrat de la compagnie de mercenariat porte précisément sur l’entraînement de soldats affectés à la protection rapprochée du chef de l’Etat. Les mercenaires officieraient par ailleurs eux-mêmes comme une unité de protection du président, ce qui ne serait pas sans causer des frictions avec la garde présidentielle, avance-t-on sur IOL.

Les tensions entre communautés sont montées d’un cran depuis le massacre au stade de Conakry le 28 septembre de plus de 157 personnes. L’ONG de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch a accusé, fin octobre, la junte d’avoir prémédité la tuerie, sur la base de témoignages faisant état de la formation de plusieurs milliers d’hommes dans la base militaire de Forécariah, principalement des Forestiers. Une partie importante des victimes du Stade était d’ethnie peule et des soldats ont parlé, à l’intérieur du lieu de rassemblement, d’« en terminer avec tous les Peuls ». Toutefois, selon les informations d’IOL, les mercenaires sud-africains seraient arrivés en Guinée à partir du 13 octobre, donc deux semaines après les événements. La Lettre du continent précise en effet que c’est l’instabilité de la situation qui aurait motivé Dadis Camara a restreindre sa garde personnelle à des membres de son ethnie.

Ukrainiens et Israéliens sont aussi de la partie

Le nombre exact de mercenaires originaires d’Afrique du Sud demeure inconnue. D’autant que les Sud-Africains ne seraient pas les seuls en Guinée. L’International Crisis Group, ONG basée à Bruxelles, affirme que des Ukrainiens interviendraient en Guinée. Selon Beeld, le contrat avec la compagnie de sécurité mise en cause porterait sur la fourniture d’armes en provenance d’Ukraine. Celles-ci auraient été acheminées vers la Guinée par des mercenaires, malgré un embargo décrété par la communauté internationale. Une autre ONG, Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (Raddho), basée à Dakar, évoque quant à elle la possible implication d’Israéliens, dont le rôle reste flou.

En décembre 2008, lors de la prise de pouvoir de Moussa Dadis Camara, un communiqué avait été diffusé à la radio nationale. Il accusait les officiers opposés au nouveau régime de vouloir recourir à des mercenaires issus de pays voisins et déjà présents en Guinée. Le pays serait-il devenu, toutes origines confondues, leur nouveau terrain de jeu ?