Des locaux pour le futur Ministère de la régularisation des sans-papiers de France

Depuis vendredi après-midi, la Coordination des Sans-Papiers de Paris (CSP 75) et les collectifs de sans-papiers, associations, syndicats et partis politiques français (ATTAC, UL CGT 18ème, CGT Nettoiement, Solidaires, RESF, les Verts, le NPA) occupent l’immeuble Ornano, dans le18e arrondissement de Paris. Le 9 juillet 2009, la Préfecture de Paris et le ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale se sont engagés à examiner les dossiers de demandes de régularisation de 300 travailleurs sans-papiers expulsés de la Bourse du Travail (Paris 3e) le 25 juin dernier. De son côté, la CSP 75 n’a pu arriver à de tels accords qu’en échange de l’évacuation des sans-papiers qui campaient sur le Boulevard du Temple à la merci du temps, des voitures et de l’insalubrité. En occupant les anciens locaux de la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM), la CSP 75 et ses soutiens veulent créer un Ministère de la régularisation des sans-papiers de France. Reportage.

Réunis sur la place du Châtelet (Paris 1er) à 14h pour une manifestation, les travailleurs sans-papiers et les différents soutiens du mouvement ont pris d’assaut les rames de métro de la ligne 4 aux alentours de 16h. Dans les rames, les voyageurs sont médusés. Qui sont donc ces Noirs qui chantent « Solidarité » ? Certains touristes apeurés fuient les voitures, tandis que d’autres, intrigués, entament la conversation. À chaque arrêt, les manifestants entonnent des chansons qui permettent d’attirer les usagers interloqués de la RATP. Au final, deux rames de métro mènent une foule de manifestants à l’arrêt Simplon, dans le 18e arrondissement de Paris.

Dans la rue, soutiens et organisateurs de la manifestation orientent les sympathisants. « Vite, courez » lance une jeune femme étiquetée NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) à l’attention de sans-papiers chargés de baluchons. 16 heures. Tous se précipitent vers une porte de hangar grand ouverte : celle des anciens locaux de la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM), situés au 19 boulevard Ornano – 14 rue Baudelique, anciennement utilisés par son Comité d’Entreprise mais aujourd’hui déserts. Constitué de 3 bâtiments principaux reliés entre eux par des passerelles, l’immeuble Ornano est rapidement envahi par près de 200 sans-papiers.

Dans la précipitation, les nouveaux arrivants s’emparent de cartons, de bâches et de palettes pour construire des lits de fortune mieux protégés que ceux qu’ils ont maintenu pendant près de trois semaines devant la Bourse du Travail. Aux entrées du bâtiment, d’autres personnes s’organisent pour bloquer les portes et empêcher les CRS tout juste arrivés de pénétrer dans les lieux. Très vite, le porte-parole de la CSP 75, Sissoko, appelle à un rassemblement et annonce au mégaphone : « Pour créer l’unité des Sans-Papiers en général, et après discussion avec les associations, syndicats et partis politique, nous avons décidé d’occuper ce nouveau lieu afin de régulariser tous les sans-papiers de la Bourse du Travail et de France et en faire le Ministère de la régularisation des Sans-Papiers. »

Dans l’espoir d’une régularisation prochaine

Parmi les occupants, tout le monde n’est pas d’accord. « Je suis là depuis 15 mois, témoigne l’un d’entre eux, arrivé en 2001 du Sénégal. J’ai signé toutes les feuilles d’appel chaque jour et au final, je ne suis pas parmi les 300 personnes dont le dossier a été présenté par les délégués. Ce n’est pas normal. Je pense qu’ils ont vendu mon nom à quelqu’un d’autre. » D’autres, épuisés mais souriants, continuent de croire qu’ils pourront un jour avoir leurs papiers « On est là, on est toujours là, confie Mahamadou, Malien arrivé en France en 1991 puis en 2000. On espère juste avoir nos papiers. Avec nos papiers, ça ira. On pourra aller voir nos familles au pays et revenir. La mienne, je ne l’ai pas vu depuis neuf ans. »

Malgré la fatigue et les traits tirés, le mouvement s’organise. Chacun se crée un lit de fortune dans l’une des multiples pièces du bâtiment. Ces locaux inoccupés, portant trace d’une occupation (comme des posters de films ou des tracts de syndicats), sont pourtant gardés par des gardiens en tenue de pompier, médusés par ce qui leur est arrivé. Suite à l’entrée des sans-papiers dans les locaux et à la sortie de quelques autres, la police en a interpellé un qui aurait bousculé l’un des gardiens mais présenté ses excuses. L’occupation est donc complexe : évaluation des normes de sécurité et discussion des modalités d’occupation d’une part ; organisation du couchage et négociations pour se nourrir d’autre part. Vers 21h enfin, des chariots de nourriture peuvent entrer dans l’enceinte du bâtiment, aucune personne extérieure ne pouvant entrer et toute sortie de l’intérieur étant définitive.

« Nous appelons l’ensemble des organisations associatives, syndicales et politiques, et tous les collectifs des sans-papiers à soutenir, en venant dès à présent sur place, l’occupation de ce lieu dont nous voulons faire le ministère de la régularisation de tous les sans-papiers » déclarent d’une seule voix la CSP 75 et les organisations de soutien présentes. Un appel que les soutiens et sans-papiers massés devant les locaux entendent mais auquel ils ne peuvent répondre : la police bloque tous les accès du bâtiment. Deux élus verts de Paris, Pascal Julien et Sylvain Garrel, soutenus par la députée européenne verte Karima Delli, discutent des possibilités de soutien à cette période charnière des vacances d’été.

Du côté du Boulevard du Temple, devant la Bourse du Travail anciennement occupée, d’autres sans-papiers attendent sur le trottoir, persuadés qu’être visibles est bon pour leur cause mais qu’occuper un autre lieu leur sera nuisible. Dans l’espoir de l’unité, les occupants du nouveau Ministère de la régularisation des sans-papiers appellent à un rassemblement, samedi 18 juillet à 15h, au 14 rue Baudelique.

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Photo: Claire Diao