Des films très animés

Le cinéma d’animation africain existe. Grâce au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris et à ses Journées très animées, on peut découvrir  » Les Palabres de Mboloko  » diffusées en Afrique dans les années 50 et les films d’animation du Zaïrois Jean-Michel Kibushi Ndate Wooto. Entre autres.

La pellicule est abîmée et le son grésille. Qu’à cela ne tienne, Mboloko, la petite antilope futée a traversé les décennies. Après avoir ébahi plusieurs générations de bambins africains dans les années cinquante et soixante, elle est projetée aujourd’hui aux enfants parisiens.  » Les Palabres de Mboloko  » tiennent plus du bricolage artisanal que de la production Disney mais elles représentent un intérêt historique et social indéniable.

Flash-back : Roger Jamar, un Belge né en 1926, débarque au Congo après la deuxième guerre mondiale. Ce sont les Pères Blancs, des missionnaires, qui lui demandent de réaliser des films d’animation à partir de livres de contes bantous, dont la morale est édifiante. Sans connaissances particulières en animation, Roger Jamar va créer des poupées de mousse et de latex aux expressions naïves et pleines de charme. Le décor, qui représente une nature luxuriante, est en trois dimensions, assemblage de bois, de papiers, de vraies feuilles et fleurs.

Le léopard sous la censure

De 1951 à 1957, il réalise sept films de 13 minutes dans lesquels il met en scène les animaux de la jungle. La projection du Centre Wallonie-Bruxelles (dans le cadre de ses  » Journées très animées « ) de six films sur les sept – l’une des bobines étant trop abîmée -, dans leur format d’origine (16 mm), est une première en France. Une occasion de se laisser bercer par les percussions bantoues émaillées de chants qui constituent la bande-son et la voix du Père Blanc Alexandre Van den Heuvel qui raconte les saynètes.

Avec son ami le singe Makalo, la petite antilope déjoue les pièges du crocodile, de l’éléphant ou du léopard Nkioye,  » méchant et ennemi de Mboloko  » qui  » a bien mauvais caractère et ne cherche qu’à tuer « . Elle sait démêler les intrigues et ose affronter le danger. Mboloko vit dans une maison humble et quand elle ne va pas porter des bananes à Makalo, pille le mil et va chercher du vin de palme. Des historiettes où la vie quotidienne dans un village est omniprésente. Pas de quoi fouetter un porc-épic ? Pourtant, en 1965,  » Les Palabres de Mboloko  » sont censurées par le général Mobutu qui a le léopard pour emblème et ne trouve pas à son goût que Mboloko traite le noble animal  » d’imbécile « .

Le Crapaud chez ses beaux-parents

Une fois rentré en Belgique, Roger Jamar n’arrive pas à déclencher l’intérêt pour ses films. C’est le réalisateur zaïrois Jean-Michel Kibushi Ndate Wooto qui redécouvre les bobines des  » Palabres  » et réhabilite l’oeuvre du Belge.

Pour découvrir les dessins animés de Jean-Michel Kibushi Ndate Wooto, rendez-vous samedi 8 décembre au Centre Wallonie-Bruxelles. Une séance une fois de plus dédiée aux enfants qui permettra de découvrir  » Le Crapaud chez ses beaux-parents (1ère partie) « , un film couleur de 8 minutes datant de 1991 qui souleva à sa sortie une vague d’enthousiasme car à l’époque, le cinéma d’animation africain est encore un mythe.

Suivront,  » Le Crapaud chez ses beaux-parents (2ème partie), L’Orange blanche (14 minutes, de 1992) et  » Muana Mboka (L’Enfant du pays), un 14 minutes réalisé en 1999. Pour compléter la séance, un conte de Noël :  » Le Chameau blanc « , très beau film d’animation de 52 minutes de Raymond Burlet, sera également projeté. La séance, bien que dédiée aux enfants, est ouverte à tous…

Pour retrouver les réalisateurs et leurs oeuvres, vient de paraître le dictionnaire historique et analytique  » Image par image : le cinéma d’animation Wallonie-Bruxelles « , ouvrage collectif dirigé par Philippe Moins.

Des journées très animées, panorama du cinéma d’animation belge francophone des années 1950 à 2001, du 5 au 8 décembre 2001.

Centre Wallonie-Bruxelles. 46, rue Quincampoix, 75004 Paris.

Samedi 8 décembre – 16h30, Séance pour enfants et 18h30, Courts métrages d’auteurs des années 1980 à 2001, avec notamment  » Youssou, l’enfant d’eau  » (un conte africain réalisé en 2000 avec une dizaine d’enfants âgés de 10 à 13 ans).