Des enfants sauvés de l’esclavage

74 enfants béninois ont été rapatriés mercredi du Nigeria où ils étaient exploités comme des esclaves dans des carrières. Les circonstances qui ont mené à leur libération ne sont pas encore clairement définies. Une délégation béninoise s’est rendue ce jeudi à Abuja pour en savoir plus. Certains responsables ont déjà été arrêtés.

Enfin chez nous. 74 enfants béninois ont retrouvé mercredi leur terre natale après avoir été exploités comme des esclaves dans des carrières au Nigeria. Les circonstances de leur sauvetage restent encore floues. Pour faire la lumière sur les conditions de leur libération, une délégation béninoise s’est rendue sur les lieux. Les polices béninoise et nigériane ont déjà effectué quelques arrestations.

Les garçons sont arrivés par la route après avoir été récupérés à la frontière bénino-nigériane par les autorités de Cotonou. La plupart d’entre-eux ont entre 7 et 10 ans. Mais le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (Unicef) estime que certains n’avaient pas plus de quatre ans. Seuls employés de deux carrières de l’Etat d’Ogun (sud-ouest), où ils cassaient des pierres entre huit et dix heures par jour.

Main d’œuvre plus que bon marché

Leur état physique en dit long sur la dureté de leurs conditions de travail. « Lorsque les enfants sont arrivés, ils étaient très sales et avaient des vêtements en lambeaux. D’après les premiers témoignages que nous avons recueillis, ils avaient pour principale nourriture du gari (une farine à base de manioc, ndlr). Certains ont le ventre gonflé par la malnutrition. Beaucoup souffrent d’anémie, sont sous-développés, petits et maigres. Certains ont des cloques et des plaies sur les mains dues au maniement de la pioche », explique Unicef Bénin.

Un cauchemar qui a, comme souvent, commencé par l’exploitation de la misère. Des intermédiaires qui promettent monts et merveilles aux parents démunis et naïfs. Les enfants s’en vont travailler pour ramener de l’argent. Une coutume africaine considérée comme faisant partie de l’apprentissage de la vie. Mais dans le cas des jeunes Béninois, il s’agit d’une véritable exploitation. Les sommes rapportées aux familles sont nulles ou dérisoires. Ainsi, la moyenne des gains des 116 enfants rapatriés fin septembre, d’une carrière également située dans l’Etat d’Ogun, oscillait entre 40 000 et 60 000 FCFA par an. Trois fois rien.

Qui les a sauvés ?

L’envie de fuir a dû saisir plus d’un des petits Béninois. Mais les exploitants avaient tout prévu. « Des barrières avaient été mises en place pour les empêcher de partir », raconte un agent nigérian en poste dans une organisation de lutte contre l’élimination du travail des enfants. Les versions varient quant au contexte de leur libération. D’un côté, on cite la communauté béninoise vivant au Nigeria comme étant à l’origine du sauvetage. De l’autre, on fait référence aux organisations non gouvernementales (ONG). Ailleurs, on parle d’une action conjointe. Une délégation béninoise, accompagnée par diverses ONG, est partie ce jeudi pour le Nigeria afin de déterminer ce qui s’est passé et enquêter sur la présence éventuelle d’autres enfants dans les carrières. Le cas échéant, les autorités prépareront leur retour.

Une chose est sûre : des responsabilités ont d’ores et déjà été établies. Certains Nigérians auraient été arrêtés et les autorités d’Abuja poursuivent leur enquête pour retrouver les autres complices. Selon l’Unicef, un exploitant béninois est également derrière les barreaux. Difficile de savoir ce qu’il encoure s’il passe devant les juges. « Les textes de loi sont en pleine révision sur cette question. Le but est de combler le vide juridique qui ne permet pas de condamner les trafiquants pour avoir exploité des enfants. S’ils sont punis, c’est sur la base de critères comme la maltraitance ou la sortie illégale de mineurs du territoire », explique l’organisation de protection de l’enfance. C’est d’ailleurs bien ce dernier critère qui aurait principalement motivé le rapatriement des 74 garçons, selon le ministère béninois de la Famille, de la Protection Sociale et de la Solidarité.

Certainement des détails pour les enfants qui viennent de retrouver leur liberté. Des ONG et les autorités de Cotonou doivent établir leur identité, recueillir leurs témoignages et retrouver leurs parents. Ces derniers seront mis au fait des dangers de ce type d’exploitation. Ultime étape avant le retour des enfants chez eux. Une opération qui risque de prendre du temps. Certains des 116 enfants rapatriés en septembre sont encore dans les centres d’accueils, par ailleurs surchargés. Mais les nouveaux arrivants ont déjà commencé à revivre. Après une douche et un repas chaud, la plupart ont retrouvé le sourire et exprimé le désir d’aller à l’école ou d’apprendre un métier.