Des antirétroviraux pour les réfugiés et déplacés séropositifs

Le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) des Nations Unies vient de lancer une politique mondiale destinée à donner accès aux antirétroviraux à tous les réfugiés et déplacés. Cette initiative entre dans le cadre d’une campagne destinée à rendre équitable l’accès à ces médicaments. Explications de Esmée de Jong qui, au HCR, est la coordinatrice régionale pour l’Afrique de l’Ouest spécialisée sur le VIH/sida.

Le combat pour l’égalité d’accès aux antirétroviraux avance. Désormais, les réfugiés et déplacés séropositifs du monde entier pourront en bénéficier au sein des camps même ou par le biais des Programme nationaux de lutte contre le sida. Cette nouvelle politique a été impulsée par le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) des Nations Unies. Elle sera mise en œuvre avec la collaboration de divers partenaires : les gouvernements, des organisations nationales et internationales ainsi que des organismes onusiens. Esmée de Jong travaille au HCR comme coordinatrice régionale pour l’Afrique de l’Ouest spécialisée sur le VIH/sida. Du Ghana, elle explique comment va fonctionner cette orientation et dans quelle mesure elle va changer la vie des porteurs du VIH/sida réfugiés et déplacés.

Afrik.com : Pourquoi ce changement de politique ?

Esmée de Jong :
J’ai eu à travailler avec le HCR en Angola. Les réfugiés en général n’avaient pas accès aux antirétroviraux parce qu’on disait qu’elles étaient des populations mobiles. Maintenant, le HCR dit que ce n’est pas bon de refuser le traitement car beaucoup de réfugiés restent pendant de longues périodes dans les camps.

Afrik.com : Qu’est-ce que la politique du HCR va changer pour les réfugiés qui sont dans des camps au Ghana, où vous exercez ?

Esmée de Jong :
Ils ne reçoivent pas d’antirétroviraux dans l’enceinte du camp, mais auprès du Programme national de lutte contre le sida. Les patients doivent payer environ 5 dollars par mois pour acheter les médicaments. Normalement, dans le cadre de la campagne de l’accès universel au traitement, le Programme national donne les médicaments gratuitement mais le Ghana et la Côte d’Ivoire demandent une toute petite partie. Comme c’est une somme que certains ne peuvent pas payer, le HCR payera désormais cette contribution pour faciliter l’accès aux médicaments.

Afrik.com : Plus globalement, qu’est-ce qui va changer ?

Esmée de Jong :
Au début, les réfugiés n’avaient pas accès au traitement parce que les médecins estimaient que leur état ne le justifiait pas. On a aussi constaté que le dépistage n’était pas très populaire auprès des réfugiés car ils disaient que même si le résultat était positif cela ne changerait rien pour eux puisqu’ils ne pouvaient pas recevoir de traitement. Là, on peut leur dire qu’il y a des médicaments et la prophylaxie pour leur permettre de vivre mieux et plus longtemps. Par ailleurs, cela nous permettra de développer des initiatives avec les séropositifs, de travailler avec eux et de leur donner des micro-crédits pour impulser une nouvelle dynamique.

Afrik.com : Que va-t-il se passer pour les réfugiés qui peuvent rentrer dans leur pays ?

Esmée de Jong :
Quand le HCR s’en va, on doit suivre les réfugiés séropositifs qui étaient sous traitement et discuter avec les responsables des Programmes nationaux pour qu’ils puissent toujours bénéficier des médicaments.

Afrik.com : Les gouvernements, qui sont partenaires, accepteront-ils de donner des médicaments à des non nationaux, alors que la disponibilité des médicaments fait parfois défaut pour les nationaux ?

Esmée de Jong :
Certains n’étaient effectivement pas d’accord pour avoir des réfugiés sur leurs listes car ils avaient déjà des problèmes pour soigner les locaux. Mais je pense que la situation est meilleure qu’il y a quelques années et que les médicaments sont aujourd’hui plus accessibles.

Afrik.com : Qui donnera les médicaments ?

Esmée de Jong :
La plupart sera donnée par le Global Fund, les ministères de la Santé et le Pnud (Programme des Nations Unies pour le développement).

Afrik.com : Le pourcentage de personnes infectées par le VIH/sida est-il élevé chez les réfugiés ?

Esmée de Jong :
Cela dépend des camps, mais normalement les réfugiés venant de pays en conflit ont un taux assez bas. Mais ici, dans l’Ouest, ils ont plus ou moins la même séroprévalence que celle de la population locale.

Afrik.com : De nouvelles contaminations au VIH/sida se produisent-elles dans le camps ?

Esmée de Jong :
Le problème est que l’on ne sait pas toujours quand les gens ont été contaminés, car ils peuvent vivre des années sans développer les symptômes. En revanche, les viols sont souvent un très grand problème, comme la violence sexuelle en général dans cette région. C’est pourquoi nous avons développé un programme contre les violences sexuelles. Nous donnons des informations sur le VIH et un traitement prophylactique d’un mois aux femmes violées. Cela permet de réduire le risque de transmission au VIH si les femmes se présentent dans les 72 heures suivant le viol. Mais la plupart des femmes restent chez elles et viennent trop tard. C’est pourquoi nous devons faire la promotion de ce traitement, qui existe dans la plupart des camps.

Afrik.com : Apparemment, il y a eu des problèmes dans certains camps parce que les antirétroviraux étaient accessibles aux réfugiés mais pas aux locaux…

Esmée de Jong :
Il n’est pas dans la politique du HCR de donner des antirétroviraux quand la population locale n’y a pas accès. Le HCR essaye plutôt d’inclure les réfugiés sur les listes d’accès au traitement des programmes nationaux. Dans notre région, il y a eu un problème une fois et cela a causé des problèmes.

Afrik.com : Ne craignez-vous pas que les populations locales ne contestent votre nouvelle politique ?

Esmée de Jong :
Je n’ai pas de statistiques en ce qui concerne l’Afrique, mais on estime que les réfugiés représentent entre 2% et 3% du nombre de personnes qui doivent prendre des antirétroviraux. Le nombre est si petit qu’il ne devrait pas poser de problème. D’autant que le HCR s’arrange avec le Programme national pour que les services de consultations pour les réfugiés que nous utilisons soient aussi ouverts à la population locale.