Démographie africaine : carnet rose et noir

Le tableau de la démographie africaine est aujourd’hui particulièrement contrasté : rose et noir. Rose, pour symboliser un taux de fécondité encore exceptionnel, supérieur aux prévisions, entraînant un accroissement rapide de la population dans de nombreux pays. Noir, parce que les effets du sida vont venir assombrir les perspectives tant en Afrique australe qu’en Afrique centrale.

Les projections des démographes réalisées en 1998 tablaient sur 1 milliard 521 millions d’habitants en Afrique à l’horizon 2050… Contre 651 millions d’Africains en l’an 2000. La croissance devait être sensible. Elle pourrait être plus importante encore, si l’on en croit l’étude publiée par Jean-Pierre Guengant dans la dernière livraison de  » Sciences au Sud « , le journal de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Plus importante de… 453 millions ! Excusez du peu…

En effet, après les premières baisses des taux de fécondité enregistrées à la fin des années 1980 et au début des années 1990 dans certains pays d’Afrique australe et orientale, les démographes des Nations Unies s’étaient hâtés de projeter une généralisation de cette évolution à toute l’Afrique sub-saharienne. Or, dans près d’un pays sur trois, la  » transition démographique  » attendue n’a même pas été amorcée. C’est en particulier le cas dans des pays qui ont connu récemment des désordres politiques et civils : Angola, République démocratique du Congo, Sierra Leone, Burundi, Libéria. Mais c’est aussi le cas pour plusieurs pays sahéliens, comme le Mali, le Niger et le Tchad.

Le frein du sida

Première cause des retards enregistrés : le faible taux de scolarisation des femmes, qui n’a pas toujours progressé au cours des dix dernières années, et qui parfois a régressé. Y sont directement liés le niveau d’utilisation de la contraception et le type de contraception utilisé, mais aussi le type de travail accompli par les femmes et son degré de compatibilité avec le soin des enfants. Toujours est-il que les populations de nombreux pays d’Afrique continuent de connaître une croissance démographique accélérée, sous l’effet de taux de fécondité très élevés.

En contrepoint de cette vitalité démographique, qui représente un frein mathématique à l’augmentation du niveau de vie par habitant des populations , de nombreux pays du continent sont lourdement affectés par l’épidémie du sida, dont les conséquences en termes démographiques ne peuvent pas être appréhendées simplement.

D’une part, la Division pour la Population des Nations Unies considère qu’un quart des pays du monde sont  » gravement affectés  » par le sida et que, dans ces 45 pays – dont 35 pays africains – les projections démographiques doivent être révisées pour tenir compte de l’impact de la maladie. C’est ainsi que l’espérance de vie à la naissance y a été ramenée de 57 à 48 ans, soit une perte de 9 ans. Sans que puissent être pleinement évalués les effets d’une contamination qui ne conduit à la maladie qu’au terme de longues années d’incubation.

Prise de poids

D’autre part, une prise de conscience a lieu, qui va imposer aux gouvernants, aux autorités sociales et religieuses, une véritable politique de prévention de la transmission de la maladie. Et là en revanche, il est extrêmement difficile de prédire les effets qu’elle pourra avoir selon les pays, les relais qu’elle y trouvera, les habitudes sociales et sexuelles qu’elle rencontrera. C’est ainsi que là où le Sénégal reste remarquablement peu contaminé, les deux Congos, comme le Sud de l’Afrique, dépassent sans doute aujourd’hui les 12% de la population active porteuse du virus.

Pour conclure, les dernières études des Nations Unies révèlent qu’après avoir été multipliée par 4 entre 1950 et 2000, la population de l’Afrique pourrait encore être multipliée par 3 en moyenne d’ici 2003. Avec des croissances de 400% au Congo-Kinshasa, par exemple, en passe de devenir le premier pays francophone, ou seulement de 20 à 30% pour l’île Maurice, le Botswana et le Lesotho…Numériquement au moins, l’Afrique va prendre du poids !

Pour en savoir plus : Jean-Pierre Guengant,  » Une transition démographique hésitante « , Sciences au Sud, n°10, juillet-août 2001.