Demba Daouda, vaccinateur au Mali

Demba Daouda part en tournée, aux commandes de sa moto, dans les villages peuls de la région de Mopti, au Mali. Son métier : vaccinateur.

Sur le banc, devant la salle de consultation du centre de santé communautaire de Socoura mise en place par l’UNICEF, partenaire et financier de la direction de la nutrition, un jeune homme joue avec son masque de protection. Il le fait sauter entre ses mains puis le remet autour de son cou. Ce morceau de tissu bleu marine est l’un de ses outils de travail. Demba Daouda est vaccinateur. Un métier normalement attribué aux femmes. « Au début ce n’était pas facile, mes amis se moquaient de moi. Mais avec le temps, j’ai appris à ne pas les écouter. S’ils ne comprennent pas, ce n’est pas grave ! », confie-t-il. C’est vrai que Demba ne passe pas inaperçu dans ce milieu essentiellement féminin. Beaucoup de femmes viennent dans ce centre avec leurs enfants pour la consultation. Alors, parfois il se sent « un peu seul ». Mais cette sensation disparaît quand il enfourche sa moto pour partir faire des vaccinations contre la rougeole, la polio et la fièvre jaune dans les villages peuls.

Profession chauffeur-vaccinateur

Le lundi, mercredi et vendredi, il part à huit heures sur son « petit bolide » et commence sa tournée avec les matrones qui supervisent les grossesses. Jusqu’à 16 heures, Demba se rend dans les maisons des chefs de villages où les habitants sont regroupés pour la vaccination. « Je suis toute la journée en contact avec les gens. Je fais des injections et des pansements. Ce qui me plaît c’est la partie technique », explique-t-il en regardant sa moto stationnée en plein milieu de la cour. Une petite cylindrée de couleur rouge : sa deuxième passion. Dans la brousse, le vaccinateur « roule prudemment ». Assise souvent à l’arrière, Élisabeth, une matrone stagiaire, n’est pas du même avis. « Il conduit trop vite », le taquine-t-elle.

Une reconversion tardive

Demba combine deux professions : chauffeur et vaccinateur. Un métier qu’il a commencé sur le tard. Avant de faire sa formation médicale de trois mois à Sévaré, une ville située près de Mopti, il était commerçant. Il vendait des portables et d’autres « trucs électroniques ». « La boutique ne marchait pas, je ne gagnais pas d’argent. Ma mère m’a parlé de ce métier et j’ai accepté », chuchote-t-il à l’approche de l’infirmière obstétricienne. C’est à Sévaré qu’il a rencontré sa femme. « Elle est très belle, elle était matrone avant mais maintenant elle fait des études pour devenir infirmière », commente-il. « Ma fille Anna est vaccinée. Ce n’est pas moi qui est fait l’injection c’est sa mère. On partage les tâches comme ça ! », lance-t-il, le regard moqueur, en remettant son masque. Chez les Daouda, la santé est une histoire de famille.