Défilé du 14-Juillet : arrêtons l’hypocrisie

Ce 14 juillet 2010, dans le cadre du Cinquantenaire des prétendues « indépendances » africaines, l’Etat sarkozyen, héritier de la Ve République blanciste, a invité ses vassaux africains à défiler sur les Champs-Elysées. Tant mieux. Pour le bien, il faudrait que les troupes africaines défilent tous les ans. Non seulement car c’est essentiellement l’Armée d’Afrique qui permit à la France de participer à sa propre Libération en 1945, et de figurer ainsi dans le camp des vainqueurs. Mais aussi parce que la France et ses anciens territoires d’Afrique n’ont jamais cessé de former un ensemble politique et économique qui ne dit pas son nom. Cette dernière idée tombe sous le sens autant qu’elle est dure à comprendre…

Dans un précédent article, nous avons vu que l’ensemble politique franco-africain demeure, aujourd’hui encore, une réalité officieuse mais bien réelle. Il est bien sûr de l’intérêt de certaines « élites », en France comme en Afrique, de taire ou de nier l’évidence. Car l’Hexagone et ses dépendances africaines ne furent officiellement séparés que pour mieux permettre l’exploitation de ces dernières, dans un cadre parfaitement inégalitaire dont le peuple pâtit mais dont certaines élites profitent copieusement.

Chacun le sait, les indépendances africaines ont toujours été essentiellement ficitives. Mieux encore, initialement et fondamentalement non désirées par la majorité des Africains, elles furent imposées par l’Etat gaullien pour des motifs sordides touchant à l’argent, à la civilisation, à la religion et à la race. Par la suite, après les « indépendances », sous l’œil vigilant de l’Elysée et de ses porte-flingue, les élites africaines et métropolitaines continuèrent à faire leurs petites affaires, en s’entendant souvent très bien entre champagne, caviar à la louche et voitures de luxe. Si bien que cinquante ans plus tard, en l’an 2010, on en arrive à cette situation absurde : un ensemble franco-africain ayant des élites communes (car les élites africaines n’ont jamais été aussi francisées, elles vivent un pied sur chaque continent, possèdent bien souvent la double nationalité, et profitent un maximum du french or american way of life) qui travaillent et vivent ensemble, mais expliquent aux peuples, avec des trémolos dans la voix et des arguments d’une rare incohérence, qu’ils doivent être séparés…

On le voit, cette séparation franco-africaine officielle assortie d’une unité officieuse fut conçue pour permettre le néocolonialisme. Or le néocolonialisme détruit l’Afrique et abaisse la France depuis cinq décennies, engendrant des ravages dont l’Afrique sort dramatiquement abîmée et la France défigurée et neurasthénique, voire autodestructrice. La logique voudrait qu’on conclue que la solution aux problèmes de l’Afrique et de la France passe par la réunification franco-africaine, puisque la séparation fut jadis imposée par un chef devenu traître à la République et à ses principes les plus fondamentaux.

Or tout au contraire, les « indépendances » sont sans cesse exaltées, et l’histoire officielle de la décolonisation, le prétendu soulèvement des peuples pour l’indépendance est perpétuellement raconté au mépris de la réalité historique. On préfère cacher que l’Afrique exigeait la fin du colonialisme par l’instauration de l’égalité politique… qui lui fut refusée par le pouvoir parisien. Mais cela, évidemment, chacun préfère le taire, comme il fait mine d’ignorer que l’unité franco-africaine est une réalité…
Car si l’on décidait de sortir de cette situation hypocrite et pernicieuse, si l’on officialisait l’unité franco-africaine en accordant à tous les habitants de l’ensemble franco-africain les mêmes droits et les mêmes devoirs, le néocolonialisme serait rapidement contré par la grâce de la démocratie et de la République. Dans ces conditions, tandis que la France, renouant avec sa part africaine, assumerait enfin autrement que dans les mots son identité franco-africaine, l’Afrique, renouant avec sa part française qu’elle n’a jamais perdu mais que certains veulent lui confisquer, assumerait son identité franco-africaine. Ainsi l’ensemble franco-africain, en terrassant le démon blanciste et en appliquant enfin les principes de la République, connaîtrait un puissant apaisement et un développement économique et social rapide.

Dans ces conditions, évidemment, l’exploitation néocolonialiste qui sévit depuis belle lurette en Afrique se trouverait radicalement entravée. Et le métissage de l’ensemble franco-africain (ou euro-africain, car c’est l’Eurafrique qui est en ligne de mire), dans un cadre laïc et égalitaire, c’est-à-dire le dépassement des problématiques raciales, s’offrirait aux populations d’Afrique et de France. Autrement dit, les axes fondamentaux de l’idéologie et de la rhétorique de la Ve République blanciste et de ses alliés internationaux se trouveraient tout à coup mis par terre, en même temps que ses lucres…

On comprend bien, dans ces conditions, que ceux qui nous gouvernent, au nord comme au sud de la Méditerranée, ainsi que leurs relais médiatiques et intellectuels, aient intérêt à jouer la carte de la division. Et à prôner, plus que jamais, sous couvert d’amitié et de défilé du 14 juillet, la séparation politique des populations africaines et françaises, pour mieux poursuivre leur exploitation comme depuis des décennies voire des siècles (car esclavage, colonialisme, indépendance imposée et son corollaire néocolonialisme composent un évident continuum historique d’exploitation et de mépris, qui n’a pas épargné non plus les masses européennes).

Les mêmes fins appelant les mêmes moyens, on ne s’étonnera donc pas que l’histoire franco-africaine mensongère que répand la Ve République blanciste pour justifier et masquer les vraies causes du largage de l’Afrique en 1958-1962, continue de dominer les discours politiques aujourd’hui. On ne s’étonnera pas non plus que le général de Gaulle, stratège et auteur de cette imposture au niveau français, soit plus glorifié que jamais.

On ne s’étonnera pas non plus que la Commission Toubon, chargée par Nicolas Sarkozy d’organiser les célébrations du Cinquantenaire, n’apporte aucun soutien à ceux qui osent penser hors des clous. En particulier, au Club Novation Franco-Africaine qui s’emploie, avec ses modestes moyens, à diffuser l’histoire occultée de la pseudo-décolonisation depuis des années.