De quel sexe est Samukeliso Sithole ?

Les Zimbabwéens ne parlent plus que de ça. Plusieurs témoignages certifient que Mlle Samukeliso Sithole, athlète de talent, serait plutôt Monsieur… L’intéressé(e) prétend être né(e) avec les deux sexes et que ses parents ont loué les services d’un guérisseur traditionnel pour faire disparaître son pénis. Mais, faute de paiement, le pénis aurait repoussé… L’affaire, complexe, a été portée devant la justice.

On l’appelle désormais le scandale Samukeliso. Du nom de la jeune l’athlète zimbabwéenne de grand talent Samukeliso Sithole. L’émoi a trait au sexe de l’intéressée, qui, selon plusieurs témoignages, serait en fait un homme… La sportive clame être née avec les deux sexes et que ses parents ont fait appel à un guérisseur traditionnel pour faire disparaître son pénis. Elle ajoute que, faute d’avoir payé la totalité de la somme, le guérisseur a fait repousser le sexe honni. Lorsqu’un homme, dont les dires ont été corroborés par un médecin, a déclaré que cette femme était en réalité un homme. Une amie de Samukeliso Sithole a porté plainte contre elle pour s’être faite passer pour une femme. De son côté, en attendant l’issue de cette affaire, l’Association nationale d’athlétisme du Zimbabwe (NAAZ) a suspendu l’athlète multidisciplinaire, qui a déjà remporté plusieurs médailles à son pays.

Selon New Zimbabwe, Samukeliso Sithole aurait été « démasquée » à Silobela par un certain M. Mkanda, le 15 janvier dernier, alors qu’elle se rendait avec des amies à une compétition d’athlétisme à Bulawayo (Sud). L’homme a déclaré aux femmes qui accompagnaient l’accusée, qui aurait environ 18 ans, que cette dernière n’était pas une femme, en dépit de son apparence. A cette annonce, l’athlète a pris ses jambes à son cou, mais, malgré ses performances en course, a été rattrapée par M. Mkanda.

Prison pour femme ou pour homme ?

Toujours d’après le même journal, ce dernier avait conduit Samukeliso Sithole à la police de Kwekwe (Centre). Avant d’être emmenée à l’hôpital de cette ville pour être examinée par un médecin. Son verdict est sans appel : le patient qu’il a ausculté est un homme. Information suite à laquelle l’une des amies, qui devait se rendre à la manifestation sportive avec Samukeliso Sithole, a porté plainte contre elle, pour comportement offensant et pour s’être fait passer pour une femme. En effet, Melita Mudondiro s’était déshabillée en présence de Samukeliso Sithole, ne soupçonnant rien.

Le quatre février dernier, Samukeliso Sithole a comparu pour ces deux chefs d’inculpation devant la magistrate Siphathimisiwe Makuvaza. C’est à cette occasion qu’elle a expliqué qu’elle était née avec deux sexes et qu’un guérisseur traditionnel avait remédié à son problème. Elle a ajouté qu’elle a prévu de payer le reste de la somme qui lui est due à l’ouverture de son procès, le 3 mars prochain, en espérant que son pénis disparaîtra. En attendant, le procureur Tapfumaneyi Michael Nkonde s’est dit confus quant au placement de la sportive, ne sachant s’il devait la mettre avec les hommes ou les femmes.

L’Association d’athlétisme embarassée

Embarra aussi du côté de l’Association nationale d’athlétisme. Elle a préféré suspendre Samukeliso Sithole, qui évoluait au sein du club Lancashire Steel Athletics avant de déserter, selon Chronicle, en plein battage sur cette affaire. « Nous avons appris que l’athlète a été arrêté et, en tant qu’association, nous avons tenu une réunion et décidé de le suspendre », a précisé à Zimbabwe Herald Joseph Mungwari, président de l’NAAZ, qui considère apparemment que Samukeliso Sithole est bien un homme. Car en plus d’utiliser des pronoms masculins pour la désigner, il a expliqué regretter qu’il les ait trompés. Pourtant, il souligne la volonté d’impartialité de l’association dans cette affaire : « Nous ne voulons pas que l’on nous croit en train de le poursuivre ou de plaider pour sa libération. Il ne devrait y avoir aucun préjugé de notre part et nous ne ferons une autre déclaration qu’en temps voulu. »

Difficile de savoir qui dit vrai. Apparemment, Samukeliso Sithole aurait fait l’objet de critiques de consœurs qui disaient clairement d’elle qu’elle était un homme. D’autres avaient remarqué qui une voix grave, qui une impressionnante musculature, surtout au niveau des bras et des jambes. La présence de quelques poils de barbe ont par ailleurs été rapportée.

Un(e) athlète en or

D’aucuns racontent, au contraire, n’avoir rien vu qui ait pu attirer leur attention. Notamment Sam Dlamini, le président du club Lancashire Steel Athletics, qui regrette que Samukeliso Sithole ne soit pas venue s’entraîner depuis « deux semaines ». Il a confié à Chronicle que, pour lui, « elle était comme toutes les autres femmes. ‘Elle’ se comportait comme une femme. (…) La version qu’elle nous a donnée n’est pas celle que vous avez rapportée. ‘Elle’ a dit que certaines filles étaient jalouses d’elle et lui collait l’étiquette d’‘homme’. Elle a ajouté qu’elle retournait au tribunal et ce fut la dernière fois que nous avons vu cette athlète ».

Reste à savoir si, et quand, Samukeliso Sithole va réapparaître. Dans ce cas plusieurs questions se poseront. Va-t-elle se présenter à son procès ? Si oui, que risque-t-elle s’il est reconnu qu’elle a floué les Zimbabwéens et que sa notoriété n’est que le fruit d’une supercherie ? Si elle peut poursuivre une carrière dans l’athlétisme, devra-t-elle désormais se mesurer à des hommes ? Dans ce cas, le milieu l’athlétisme féminin perdrait une perle. New Zimbabwe rapporte que Samukeliso Sithole s’est illustrée dans quelques compétitions régionales organisées hors du Zimbabwe et a remporté pour son pays plusieurs médailles, en or notamment. L’an dernier, elle a glané plusieurs récompenses en or et en bronze, lors du championnat junior provincial de Masvingo, en saut en longueur, en lancer de poids, au javelot, saut en hauteur et 400 mètres haies. Un record.