
L’Algérie est devenue en 2025 le premier exportateur africain de dattes en volume, mais la tonne n’y a été déclarée qu’à 993 dollars, contre plus de 2 300 dollars pour la Tunisie. Largement repris dans la presse ces derniers jours, ce classement prend une autre dimension à la lumière de la réforme engagée par le président algérien pour lutter contre la sous-facturation des exportations et protéger les recettes en devises du pays.
Un classement repris par toute la presse maghrébine
Le chiffre a fait le tour des rédactions en quelques jours. Publié par l’Agence Ecofin à partir des données de la plateforme Trade Map, le classement place l’Algérie en tête des exportateurs africains avec environ 185 000 tonnes expédiées en 2025, pour 184 millions de dollars de recettes. La Tunisie suit avec 147 000 tonnes, qui lui ont rapporté 347 millions de dollars. L’Égypte, la Libye et l’Afrique du Sud complètent le top 5.
Algérie Eco, Maghreb Emergent, TSA, ObservAlgérie et L’Économiste maghrébin en ont tiré une lecture voisine montrant que l’Algérie exporterait ses dattes à une valeur moyenne très inférieure à celle de la Tunisie, dont la filière s’est structurée de longue date autour de produits à forte valeur ajoutée comme la Deglet Nour de Kébili et de Tozeur.
En effet, le prix à l’export dépend de la qualité et de la composition des volumes et en 2021, selon les données du ministère algérien du Commerce, les dattes molles représentaient près de 50 000 tonnes des exportations algériennes, contre un peu plus de 25 000 tonnes pour la Deglet Nour.
Tebboune avait alerté sur la sous-facturation
Un élément essentiel manque pourtant dans la plupart des commentaires consacrés au classement car les 993 dollars la tonne correspondent aux valeurs déclarées en 2025. C’est-à-dire avant la mise en place du nouveau dispositif de contrôle des prix à l’export.
En mai 2026, le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune avait lui-même pris la filière des dattes comme exemple pour dénoncer la sous-facturation dans les exportations hors hydrocarbures. Il avait évoqué le cas d’un kilogramme vendu un euro à l’étranger et déclaré vingt centimes. Dans la même intervention, il avait indiqué que 350 millions de dollars de recettes d’exportation n’avaient pas été rapatriés sur une courte période. Ce montant portait sur plusieurs filières hors hydrocarbures, dont celle des dattes, et donnait la mesure du problème.
La réponse est venue le 1er juillet 2026. Le ministère du Commerce extérieur, dirigé par Kamel Rezig, a instauré des prix de référence minimaux, fixés selon la variété et la qualité des dattes, entre 0,80 et 2,50 dollars le kilogramme.
Banques et douanes au cœur du contrôle
Le dispositif implique directement les banques et les services douaniers. Une facture d’exportation dont le prix unitaire est inférieur à la référence ne peut plus être domiciliée. La douane vérifie ensuite la valeur déclarée en s’appuyant sur le certificat phytosanitaire, qui doit désormais préciser la variété expédiée. L’objectif est de rapprocher la valeur déclarée de la valeur réelle des marchandises et de garantir le rapatriement des recettes.
Rapporté à cette grille, le prix moyen de 2025, légèrement inférieur à un dollar le kilo, se situe tout juste au-dessus du plancher le plus bas. La sous-facturation dénoncée par les autorités ainsi contribuée à minorer la valeur statistique de certaines exportations. Les données disponibles ne permettent toutefois pas d’établir quelle part exacte de l’écart avec la Tunisie provient de ces pratiques.
Des statistiques 2024 et 2025 difficiles à réconcilier
Les statistiques de la Banque mondiale issues d’UN Comtrade font apparaître pour 2024 environ 26 500 tonnes de dattes exportées par l’Algérie pour 87,1 millions de dollars, soit une valeur moyenne proche de 3 290 dollars la tonne. Les chiffres de 2025 tirés de Trade Map indiquent 185 000 tonnes pour 184 millions de dollars.
Passer en un an de 26 500 à 185 000 tonnes, avec une valeur moyenne divisée par plus de trois, constitue une rupture statistique considérable, qui peut s’expliquer par des différences de périmètre ou de méthodologie, par le calendrier d’enregistrement des flux, ou encore par des révisions des données commerciales.
La campagne 2026-2027, premier test du dispositif
La récolte qui débute cet automne sera la première à se dérouler entièrement sous le régime des prix de référence. Elle permettra de voir si la réforme fait monter la valeur moyenne déclarée des exportations algériennes et réduit une partie de l’écart avec la Tunisie.
La concurrence restera forte. La filière tunisienne dispose de marques installées et d’une position solide sur les marchés européens. Selon l’Observatoire national de l’agriculture tunisien, les exportations du pays ont atteint 144 100 tonnes sur les dix premiers mois de la campagne 2025-2026, en progression de 13,3 % sur un an.
Pour Alger, l’enjeu est que la montée des exportations hors hydrocarbures se traduise par davantage de recettes enregistrées et rapatriées. Les statistiques douanières des principaux pays importateurs, en particulier ceux de l’Union européenne, permettront de comparer les valeurs déclarées au départ de l’Algérie à celles enregistrées à l’arrivée, et de mesurer ce qui subsiste de la sous-facturation après la réforme.





