Darfour : la paix sans l’Onu

De retour d’un voyage au Soudan, Jose Manuel Barroso, le président de la Commission européenne de Bruxelles, est apparu moins va-t-en guerre que la secrétaire d’état américaine Condoleezza Rice. Il a déclaré dimanche que l’ONU devait être présente au Darfour de manière plus efficace, mais sans évoquer un recours à la force contre Khartoum.

Jose Manuel Barroso, le président de la Commission européenne de Bruxelles, n’a pas réussi à convaincre le président soudanais Omar el-Béchir d’accepter le déploiement d’une force des Nations Unies telle que décidé en août dernier par le Conseil de sécurité. Il a appelé dimanche l’organisation onusienne à être présente au Soudan de « façon plus efficace », sans toutefois indiquer de quelle manière. Mark Malloch Brown, le secrétaire général adjoint de Koffi Annan, se voulait vendredi dernier beaucoup plus clair. Il a critiqué la « diplomatie mégaphone » américano-britannique dans la crise au Darfour, la jugeant « contreproductive ». La « posture » des dirigeants américains et britanniques, qui menacent de déployer cette force quel qu’en soit le prix, conduit Khartoum à se considérer comme la « victime de la prochaine croisade après l’Irak et l’Afghanistan », a-t-il expliqué au quotidien The Independant.

La veille, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, avait déclaré que le gouvernement soudanais se trouvait aujourd’hui confronté à un choix « entre la coopération et la confrontation ». S’il choisit la coopération, avait-elle expliqué devant l’association américaine African Society, « il trouvera un partenaire dévoué en les Etats-Unis. Mais si le gouvernement soudanais choisit la confrontation, s’il continue à faire la guerre à ses propres citoyens, à défier l’Union africaine et à saper le travail de sa force de maintien de la paix, alors [il] sera tenu pour responsable et il en subira seul les conséquences », avait conclut la chef de la diplomatie américaine dans son discours le plus virulent à l’encontre du président soudanais Omar el Béchir. Le 18 septembre dernier, c’est David Triesman, le ministre britannique en charge de l’Afrique, qui avait laissé entendre qu’aucune option n’était négligée, y compris une intervention armée.

La diplomatie américano-britannique pas « plausible »

Mais pour Mark Malloch Brown, cette diplomatie n’est pas « plausible ». Et les faits semblent lui donner raison. Depuis plus de trois ans, près de 200 000 morts (certaines estimations évoquent le chiffre de 400 000 morts), deux millions de déplacés et 200 000 réfugiés, la communauté internationale n’a montré aucun empressement à envoyer des troupes contribuer au rétablissement de la paix dans l’ouest du Soudan. Quant à la Chine et la Russie, partenaires économiques stratégiques du Soudan, ils ont plus d’une fois bloqué des résolutions fermes devant le Conseil de sécurité de l’Onu grâce à leur droit de veto. C’est pourquoi ces deux nations, ainsi que les pays arabes et africains, doivent davantage être impliqués dans le règlement de la guerre, estime le secrétaire adjoint de Koffi Annan.

Jan Pronck, l’envoyé spécial de l’Onu pour le Darfour, est encore plus clair. Le Néerlandais estime que Khartoum, qui joue sur le sentiment national du peuple soudanais en brandissant la menace d’une recolonisation, n’autorisera pas l’Onu à déployer ses troupes. « La communauté international doit donc pousser pour une prolongation du mandat de la mission de l’Union africaine et pour son renforcement » en débloquant plus de fonds, a-t-il expliqué à l’agence Associated Press. « Sinon, assure-t-il, nous nous tirons à chaque fois une balle dans le pied ».