Darfour : la Chine tente de faire amende honorable

La Chine participera à la force de maintien de paix onusienne au Darfour. Condamnée par tous pour son soutien au gouvernement soudanais dans la crise au Darfour, Pékin vient également de nommer un représentant spécial pour l’Afrique dont le dossier prioritaire sera le Darfour. Objectif : sauver les J.O de 2008 de la vindicte internationale.

Pressée de toutes parts par la communauté et l’opinion publique internationales d’intervenir au Darfour, la Chine essaie, depuis quelques semaines, de s’amender. Elle se veut ainsi rassurante sur sa volonté de trouver une issue à cette crise qu’on la critique de soutenir à travers ses relations privilégiées avec Khartoum. La Chine est le premier investisseur au Soudan et consomme 60% du pétrole produit par le pays. Après la confirmation, mardi, de sa participation à la force de maintien de paix des Nations Unies dans cette région soudanaise, elle a annoncé jeudi la création d’un poste de représentant spécial de l’Afrique dont la première mission sera le Darfour. Liu Guijin, ancien ambassadeur en Afrique du Sud et au Zimbabwe et nouveau représentant chinois en charge des affaires africaines, se trouve être la dernière parade trouvée par Pékin pour préserver les Jeux Olympiques de 2008 qu’elle accuillera. Des J.O que des parlementaires américains, dans une lettre adressée mercredi au président chinois Hu Jintao, ont déjà surnommé les « Olympiades du génocide ». Le conflit dont le Darfour est le théâtre a conduit au massacre par les milices arabes Janjawids des populations autochtones noires. Il dure depuis 4 ans et a déjà fait plus de 200 000 morts et 2 millions de déplacés.

« Une équipe de 275 hommes du génie », selon la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Jiang Yu, sera ainsi envoyée au Darfour au sein d’une force que le président soudanais, Omar el-Béchir, refuse encore d’accueillir en dépit des sanctions brandies par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. La communauté internationale, impuissante depuis 2005, date à laquelle l’ex-secrétaire d’État américain Colin Powell dénonçait déjà le « génocide » des populations noires du Darfour, compte sur la Chine pour amadouer le chef de l’Etat soudanais.

La communauté internationale attend de la Chine qu’elle fasse plier Khartoum

La Chine, tout comme la Russie, au Conseil de sécurité de l’ONU, s’opposent d’ailleurs aux sanctions contre le Soudan. Deux Etats qui ont été accusés, mardi, par Amnesty International de violer l’embargo imposé au gouvernement soudanais en lui vendant des armes. Une accusation immédiatement réfutée par ces pays. Dans un rapport publié en avril, les Nations Unies avaient déjà accusé le gouvernement soudanais d’acheminer par avion, au mépris de ses résolutions, des armes et du matériel militaire. De même, selon l’ONU et Amnesty International, il utiliserait des avions peints en blanc pour créer la confusion avec ceux de l’Onu, afin de bombarder et effectuer des missions de reconnaissance au Darfour en toute impunité. Mercredi,
le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, exhortait encore les autorités soudanaises à mettre fin aux frappes aériennes dans la région.

La mobilisation internationale, portée entres autres par les acteurs américains Mia Farrow et George Clooney, qui a réalisé un documentaire sur le Darfour diffusé sur la chaîne française France 2, semblent avoir porté ses fruits. Tout comme les éventuelles menaces de boycott, évoquée notamment par la candidate malheureuse aux élections présidentielles françaises, Ségolène Royal, lors de son débat d’entre-deux tours, ont fini par faire réagir Pékin. Reste à savoir si le jour où Omar el-Béchir rendra les armes est proche…