Danse : la claque martiniquaise

Lors de la deuxième édition de la Biennale Danse Caraïbe qui s’est achevée hier, à La Havane, la soirée rassemblant deux spectacles martiniquais, Ecume d’ Annabel Guérédrat et Mangeons… All inclusive de Christiane Emmanuel, a secoué le public.

La pièce s’appelle Ecume, mais c’est plutôt une vague qui submerge le spectateur. Car la chorégraphe martiniquaise Annabel Guérédrat, qui a voulu ici traiter l’état mélancolique, s’est attachée à travailler sur les modifications corporelles et sensorielles que cet état suppose. Résultat : trois danseuses exprimant un état différent, avec des mouvements hésitants, désordonnés, quasiment désarticulés, ou des chutes, des déséquilibres, et des spasmes, notamment chez Annabel Guérédrat qui est aussi interprète, et, enfin, une infinie lenteur, avec une danseuse au port statufié, esquissant quelques mouvements à peine identifiables.

La musique, avec les accents désolés d’une contrebasse, dramatise l’ensemble et les vidéos, qui passent sur un écran, montrant des images de touristes aux Antilles, créent un décalage total. Au final, un spectacle plutôt hermétique mais sans compromission qui chahute le spectateur.

La Grande Bouffe chorégraphique

La deuxième pièce est encore plus déroutante. Elle commence comme un banquet qui se prépare entre gentlemen. Les danseurs sont habillés de blanc et fouillent dans un frigo, préparent des aliments. Puis ils découvrent un grand sac posé sur la table. Et l’orgie commence. Car, dans ce sac, comme un énorme morceau de viande préparé, il y a une femme allongée que les hommes vont dévorer. Cannibalisme. Chair à vif. Mastication. Vomissements. Dégoût. On est mal à l’aise, d’autant plus que, par moments, cette Grande Bouffe version chorégraphique arrive à nous faire rire. Ce sont autant de bouffées d’air dans un environnement saturé de rots, de régurgitations et de bruits de bouche féroces.

Au fur et à mesure de la pièce, c’est l’escalade : les danseurs et la chorégraphe-interprète Christiane Emmanuel terminent couverts de nourriture et de ketchup, morts d’épuisement. A travers cette transe alimentaire, ce gâchis orgiaque, la pièce est une critique explosive de notre société de consommation qui se remplit toujours plus. Sans rien digérer.

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