Crise malienne : Alger négocie avec Ansar Dine

Alors que les autorités maliennes attendent une résolution de l’ONU, validant une intervention militaire au Nord-Mali, Alger négocierait avec les islamistes du groupe de Touaregs, Ansar Dine. L’Algérie, qui dénonce une opération « vouée à l’échec », est préoccupée par le sort de ses diplomates capturés en avril 2012 à Gao, l’une des quatre régions administratives du Nord-Mali contrôlées par les terroristes.

L’Algérie fait bande à part. Alors que les autorités maliennes, le président de la transition Dioncounda Traoré et le Premier ministre malien, Cheikh Modibo Diarra, ont confirmé leur demande ce lundi 24 septembre à l’ONU d’une résolution autorisant une attaque armée contre les islamistes affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), l’Algérie serait en train de négocier, en catimini, avec Ansar Dine, le groupe de Touaregs qui tient le Nord-Mali et cherche à y faire appliquer la charia, la loi islamique.

« À en croire une source proche des négociations, c’est en recevant en secret une nouvelle délégation d’Ansar Dine qu’Alger essaie de trouver au plus vite une issue politique à la crise au ­Sahel », fait savoir LeFigaro.fr. Et de citer un proche du mouvement terroriste : « Voilà pourquoi cette délégation était menée par Tena Ould Ahmed (le père spirituel d’Iyad ag Ghali, chef d’Ansar Dine), tenant de l’aile dure, et Amada ag Bibi, plus modéré ».

L’Algérie est préoccupée par le sort de ses diplomates enlevés en avril 2012 à Gao, l’une des quatre régions administratives du Nord-Mali contrôlées par les terroristes. Ainsi, les autorités algériennes préfèrent une sortie de crise pacifique, précisant qu’une opération militaire au Nord-Mali serait « vouée à l’échec ». Alger compte donc sur les Etats-Unis pour imposer sa vision stratégique.

La position floue des Etats-Unis

Suite à l’accord trouvé dimanche 23 septembre entre la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et Bamako, autorisant le déploiement dans la capitale malienne des forces militaires combattantes de l’organisation ouest-africaine, l’hypothèse d’une intervention militaire contre les islamistes devient de plus en plus probable.

Cependant, deux problèmes s’opposent aux partisans d’une attaque armée pour reconquérir le Nord-Mali. D’une part, l’ONU ne validera pas une résolution favorable avant une nouvelle réunion du Conseil de sécurité dont la date reste inconnue. De l’autre, le haut commandant des forces armées américaines en Afrique (Africom), Carter Ham, a plaidé ce dimanche 30 septembre à Alger pour une solution « politique » à la crise malienne.

Alors que Johnnie Carson, le numéro 1 du Département d’Etat américain en Afrique, a affirmé ce lundi 1 octobre que les Etats-Unis « seraient prêts à soutenir une intervention armée bien préparée, bien organisée, bien pourvue, bien pensée et agréée par ceux qui seront directement concernés ».

Bamako fustige Alger

L’Algérie compte persuader Washington de privilégier la voie de la diplomatie pour libérer le Nord-Mali occupé depuis plus de six mois maintenant par les islamistes. Une session de dialogue est, d’ores et déjà, prévue à cet effet le 19 octobre dans la capitale américaine.

Les autorités maliennes, à Bamako, fustigent les négociations entamées par Alger avec Ansar Dine. « Nous ne reconnaissons pas ce type de rencontre informelle. Le Mali compte exclusivement sur une résolution des Nations unies pour envoyer les 3 300 hommes de la Cedeao qui se tiennent prêts », a prévenu Cheick Modibo Diarra. « L’Algérie cherche à protéger ses hommes, quitte à sacrifier la population malienne. Elle ne doit pas se sentir obligée de s’impliquer dans une opération militaire, le Mali ne lui demande rien », dénote le Premier ministre malien de la transition.

La guerre est donc loin d’être déclarée. D’autant que la Coordination des organisations patriotiques du Mali (Copam) n’est pas du tout d’accord avec l’intervention annoncée des forces militaires de la Cedeao pour reconquérir le Nord-Mali.

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