Crise au Burkina Faso : info et intox entre Isaac Zida et la garde présidentielle

Le Premier ministre Isaac Zida a confirmé, ce lundi, être toujours à la tête du gouvernement burkinabè après des rumeurs parues dans la presse nationale sur sa démission. Certains l’accusent de comploter pour se maintenir au pouvoir, d’autres suspectent l’imminence d’un coup d’Etat. Qu’en est-il réellement ?

Le Premier ministre Isaac Zida a démenti les rumeurs parues dans la presse locale sur sa démission et a déclaré être toujours le Premier ministre du Burkina Faso. Il s’est exprimé au cours d’une conférence de presse, avant son départ pour Abidjan en Côte d’Ivoire, où il doit effectuer une visite d’amitié et de travail. « J’ai suivi comme vous les informations erronées dans la presse hier (dimanche 5 juin 2015). Au sein du gouvernement, il n’y a aucune crise. Le Premier ministre est toujours en place, plaise à Dieu! », a-t-il précisé. Les relations entre Isaac Zida et le RSP se sont récemment de nouveau dégradées, les uns et les autres s’accusant mutuellement de désinformations et de complots.

L’avion du Premier ministre détourné

La situation s’est cristallisée le dimanche 28 juin dernier quand l’actuel Premier ministre a annoncé avoir dû détourner son avion vers l’aéroport militaire de Ouagadougou, alors qu’il revenait d’une visite officielle à Taïwan, pour échapper à une tentative d’arrestation de la part d’éléments de la garde présidentielle. Le lendemain, trois personnalités dont le chef de ce corps d’élite, le lieutenant-colonel Céleste Coulibaly, ont été arrêtées pour être entendues sur l’affaire avant d’être relâchées. Dans la même journée, des tirs ont retenti au sein du camp Naba Koom de la capitale, où les éléments du RSP étaient rassemblés pour réclamer la libération de leurs chefs. Certaines sources présentes sur les lieux affirment que des éléments fidèles au Premier ministre Zida seraient entrés en action pour créer la confusion.

Mardi 30 juin, le lieutenant-colonel Céleste Coulibaly et le colonel-major Boureima Kéré sont reçus par le président de la Transition, Michel Kafando, pour dénoncer ce qu’ils estiment être une tentative de déstabilisation de la part du chef du gouvernement. Vendredi dernier, les responsables des forces armées du Burkina Faso auraient demandé la démission du Premier ministre et des autres militaires membres du gouvernement pour former un exécutif composé uniquement de civils. Des membres du RSP, contactés par la BBC, estimaient que si la tension venait à persister, un coup d’Etat était envisageable. Ils accusaient le Premier ministre de comploter pour se maintenir au pouvoir à l’issue de la période de transition qui doit aboutir à une élection présidentielle, le 11 octobre prochain.

Une guerre intestine

Formée de 1 300 hommes et considérée comme le corps militaire le mieux formé du Burkina Faso, la garde présidentielle est au cœur d’une guerre intestine avec le Premier ministre Isaac Zida, depuis sa nomination en novembre 2014. Alors au sommet de sa popularité, l’ancien numéro deux du RSP, porté par l’enthousiasme d’une population en quête de justice, décide de dissoudre le RSP en commençant par muter son commandant en chef, le général Gilbert Diendéré, ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, et deux autres de ses fidèles. La réponse de la garde présidentielle ne se fait pas attendre. Le 31 décembre 2014, un commando d’éléments du RSP fait irruption en plein conseil des ministres et emmène le Premier ministre de force. Le président de Transition Michel Kafando met alors sa démission dans la balance pour ramener tout le monde à la table des négociations.

Une commission de réflexion est justement confiée au général Diendéré, qui aboutit, le 13 juin dernier, à la décision officielle de ne pas dissoudre le fameux corps d’élite. Certains de ses membres sont soupçonnés d’avoir participé à l’assassinat de l’ancien Président Thomas Sankara, en 1987, du journaliste burkinabè Norbert Zongo en 1998 ou encore d’avoir tiré sur la foule à la fin du mois d’octobre 2014, juste avant la démission de l’ancien Président Blaise Campaoré.