Créer une télévision panafricaine

En marge du Colloque international de Libreville sur les médias africains (CIMA), la journaliste nigériane Eugenia Abu, présentatrice du journal et rédactrice en chef, réalisatrice de documentaires, nous a livré son analyse sur les débats qui s’y tenaient.

Afrik : Quelles étaient vos attentes en arrivant à Libreville ?

Eugenia Abu : J’espérais que les médias africains rassemblés ici trouveraient une forme d’accord, ou de consensus, sur ce qu’ils ont à faire, séparément et ensemble, pour remplir pleinement leur rôle social, soutenir leurs identités culturelles et l’exercice de la démocratie dans leurs différents pays. Pour renforcer aussi l’éducation et le niveau de conscience collective des populations africaines.

Afrik : Et que retirez-vous des discussions en cours ?

Eugenia Abu : Elles sont très intéressantes. Et j’espère d’ailleurs qu’à la fin de nos travaux une synthèse et des actes fidèles en refléteront la richesse. Evidemment on peut regretter que nous perdions beaucoup de temps sur des points mineurs ou des problèmes très circonscrits. Mais l’ampleur des discussions montre aussi que quelque chose se passe ici qui est de l’ordre de la prise de conscience. Nous devons aller vers une meilleure intégration des médias africains. Ils doivent être capables de définir un style qui leur soit propre, et qui contribue à la promotion de la paix et à la protection des identités culturelles africaines.

Afrik : Vous parlez d’intégration, faut-il aller vers des chaînes panafricaines ?

Eugenia Abu : La télévision réclame beaucoup d’argent. D’où l’idée, exprimée en ouverture de cette conférence, de réunir des financements venant de plusieurs pays africains, francophones et anglophones, pour constituer un socle économique suffisant à une chaîne commerciale moderne d’envergure internationale. Cette idée est extrêmement séduisante. Les programmes pourraient être en plusieurs langues, disons français et anglais pour commencer, avec une alternance selon de larges tranches horaires. Mais si un tel projet doit encore attendre quelques années, cette conférence doit aussi convaincre les gouvernements africains qu’il est nécessaire qu’ils financent plus et mieux leurs chaînes nationales, pour leur permettre de s’adapter aux nouveaux moyens technologiques de production et de diffusion, afin qu’ils soient concurrentiels sur les marchés internationaux.

Afrik : Quelle est la situation de la télévision au Nigeria ?

Eugenia Abu : Nous avons une petite dizaine de chaînes commerciales qui vivent relativement bien (l’économie de chaque chaîne étant différente) sur le marché publicitaire nigérian. Et je crois que la logique de développement prônée par le NEPAD passe par un développement accéléré des médias qui sont de puissants vecteurs pour promouvoir les marchés, produits, industries et échanges en Afrique. En résumé, je pense que cette conférence est trop courte -on le voit à la densité des échanges qui s’y déroulent- mais qu’elle pourrait trouver un prolongement pratique dans une Agence de développement des médias en Afrique (ADMA) telle que le projet en a été lancé par le Président Omar Bongo en ouverture de ces journées. Des programmes passionnants sur l’Afrique peuvent être réalisés par les Africains eux-mêmes mieux que personne, pour faire connaître les cultures et les réalités africaines. J’espère que ce ne seront pas seulement des paroles, mais aussi des actions concrètes.