Crash de Cotonou : un rapport d’enquête accablant

Les conclusions de l’enquête technique du crash de Cotonou, du 25 décembre 2003, ont été présentées ce mardi dans la capitale béninoise aux familles des victimes et aux médias. Cet accident avait entraîné la mort de 129 personnes. Pour les experts, la cause directe du drame serait un mauvais équilibrage dans le chargement – excessif – de l’avion. Un rapport sévère.

Le directeur du Bureau d’Enquêtes et d’Analyses pour la Sécurité de l’Aviation Civile français (BEA), Paul Louis Arslanian, a présenté mardi à Cotonou les conclusions de son expertise sur l’accident du Boeing 727, qui effectuait le vol Conakry-Cotonou-Beyrouth-Dubaï, et qui s’était écrasé le 25 décembre 2003 au cours de son décollage, provoquant ainsi la mort de 139 personnes. Un accident dû à un avion excessivement chargé, dont l’équipage ignorait le centrage avant. Mais pas seulement : le BEA souligne de « graves insuffisances de compétences, d’organisation et de documentation réglementaire » de la part de la compagnie exploitante, l’Union des Transports Africains (UTA).

L’enquête a révélé qu’après le lâcher de freins, l’avion a accéléré jusqu’à sa vitesse de rotation. Comme la soute avant avait été remplie, l’appareil avait un chargement important à l’avant. Mais l’équipage, qui ignorait ce chargement, n’a pas procédé à un rééquilibrage du poids de l’appareil. Par conséquent, le cabrage du pilote n’a pas eu d’effet immédiat et il a fallu à l’avion 7 secondes pour quitter le sol, avec une pente très faible. L’immeuble en bout de piste n’a pas pu être évité à temps.

Mais l’expertise a également mis en évidence de « graves insuffisances de compétence, d’organisation et de documentation réglementaire » de la part de l’UTA, qui ne lui avaient pas permis « ni d’organiser correctement l’exploitation de la ligne, ni de contrôler le chargement de l’avion ». Le BEA condamne également les contrôles insuffisants de supervision de la sécurité exercés par l’administration civile de Guinée et, avant elle, celle du Swaziland.

Périlleuse enquête

La synthèse du rapport d’expertise du BEA souligne quant à elle des difficultés dans le cadre du déroulement de l’enquête. Difficultés liées à la dispersion des responsabilités (Etats-Unis, Guinée et Liban). Cette synthèse nous précise que « les enquêteurs ont rencontré des difficultés pour obtenir des informations précises, d’ordinaires rassemblées au cours des tous premiers jours d’une enquête ». Afrik.com n’a pas réussi, à ce jour, à joindre l’exploitant en cause, l’UTA. A notre grand regret, même les acteurs les mieux placés (le BEA y compris) se sont trouvés dans l’impossibilité de nous mettre en relation avec la compagnie. Plusieurs interrogations demeurent. Quelles seront les sanctions ? Comment seront-elles réparties entre les différentes parties concernées par le crash ? La question de l’indemnisation des victimes guinéennes, notamment, fait l’objet d’une vaste polémique. Selon certains journalistes locaux, l’UTA, qui aurait vite touché son assurance après le crash, en aurait fait faiblement profiter les victimes.

 Le rapport d’expertise complet du BEA sera disponible en ligne à la fin de la semaine

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