Côte d’Ivoire : Ouattara et Macron face à l’histoire du… franc CFA


Lecture 4 min.
Le Président ivpoirien, Alassane Ouattara et son homologue français, Emmanuel Macron
Le Président ivpoirien, Alassane Ouattara et son homologue français, Emmanuel Macron

Le Président français Emmanuel Macron et son homologue ivoirien, Alassane Ouattara, ont annoncé, ce samedi 21 décembre 2019, à Abidjan, la fin prochaine du franc CFA. Une décision historique !

Décision historique, en ce sens que l’abandon du franc CFA au profit d’une nouvelle monnaie, dont l’annonce a été faite à Abidjan, ce samedi 21 décembre 2019, par le Président français Emmanuel Macron et son homologue ivoirien, Alassane Ouattara, aura forcément des conséquences, surtout sur les populations des pays concernés. « L’Eco verra le jour en 2020, je m’en félicite », a indiqué le Président français, qui vient ainsi d’acter une « réforme historique majeure ». Créé en 1945, le franc des colonies françaises d’Afrique, le franc CFA est devenu le franc de la Communauté financière africaine.

C’est donc  avec son homologue ivoirien, Alassane Ouattara, que Macron accepte de signer l’arrêt de mort du franc CFA, monnaie jusque-là commune dans huit pays francophones de l’Afrique de l’Ouest. Cette décision est tombée dans la foulée de l’énoncé détaillé fait par Alasane Ouattara, de l’accord conclu entre les huit pays que le dirigeant ivoirien soutient représenter, notamment le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.

Selon le Président Alassane Ouattara, outre le changement de nom de la monnaie, la réforme comprenait l’arrêt de la centralisation de 50% des réserves des pays concernés au Trésor français et le retrait de la France des instances de gouvernance dans lesquelles elle était présente. Argumentant que « le franc CFA a été un outil essentiel, nous devons entreprendre des réformes encore plus ambitieuses afin de consolider notre dynamique de croissance, préserver le pouvoir d’achat de nos populations ».

Emmanuel Macron, pour sa part, a dit « assumer » la nouvelle situation que ces changements créaient pour la France en Afrique de l’Ouest, évoquant les chantiers d’une « relation nouvelle, à la fois passionnée et décomplexée ». Mieux le chef de l’Etat français évoque une «  erreur profonde, une faute de la République ». En espérant que Macron soit plus fin connaisseur de l’Afrique et de ses dirigeants que ses prédécesseurs. Ce qui serait très surprenant compte tenu de la voie que le dirigeant français emprunte.

Il suffit de se poser la question de savoir s’il faut donner davantage de pouvoirs à ce club de Présidents africains, dont les citoyens continuent de fuir le continent, à bord d’embarcations de fortunes, quitte à laisser leur vie en mer. L’abandon en soi de la monnaie n’est pas un problème, mais ce sont les avenants à ce question qui posent le plus de problème. Notamment l’arrêt de la centralisation de 50% des réserves des pays concernés au Trésor français et le retrait de la France des instances de gouvernance dans lesquelles elle était présente.

Faut-il donner plus de marge de manœuvre des deniers à des Présidents qui, quasiment tous, tentent de voir comment se maintenir au pouvoir, quitte à modifier la Constitution de leur pays ? A des Présidents qui ont, tous, enrichi leurs proches, en plus d’avoir les poches et les comptes remplis d’argent ? Reste à avoir ce que gagne Macron en actant une si forte réforme que ses prédécesseurs n’ont jamais osé signer. Sans doute, non pas pour garder la main sur l’Afrique, mais pour garder un œil vigilant sur ces dirigeants africains peu scrupuleux, mais aussi tenter de veiller sur une population africaine, sans défense, dont l’espoir de lendemains meilleurs se dissipe jour après jour.

Aujourd’hui, en Afrique, s’il y a une question qui mérite d’être traitée par voie référendaire, c’est bien cette question de l’abandon du FCFA qu’on tente de prêter aux Africains, qui, pour la plupart, ne veulent pas voir leur pays ressembler à un Zimbabwe, où plus proche, en Afrique de l’Ouest-même, la Guinée Conakry, qui est loin de la France et son franc CFA, et qui se trouve aujourd’hui au fond du gouffre. Les Africains ont aujourd’hui les yeux rivés sur la France sous Macron qui dit, « oui » qui dit avoir entendu les appels. Mais quels appels ? De dirigeants égoïstes ou de peuples ensevelis vivants ? L’avenir est le meilleur juge.

Suivez Afrik.com sur Google News Newsletter