Côte d’Ivoire : les pro-Gbagbo contestent le rapport d’enquête sur les violences post-électorales

La Commission d’enquête sur les violences post-électorales de novembre 2010, instaurée par le Président Ouattara, a remis ce mercredi son rapport. Les pro-Gbagbo sont tenus responsables de la mort de 1 452 personnes et les pro-Ouattara 727. Des chiffres contestés par les partisans de l’ancien chef d’Etat ivoirien. Alain Toussaint, ex-conseiller de Laurent Gbagbo, contacté par Afrik.com, dénonce un rapport « subjectif » et « mensonger ».

Les pro-Gbagbo sont les principaux auteurs des tueries de la crise ivoirienne. C’est ce qu’indique le rapport de la Commission d’enquête sur les violences post-électorales de novembre 2010, mise en place par le chef d’Etat ivoirien Alassane Ouattara. Il a été remis mercredi par la présidente de la Commission Paulette Badjo. Au total 16 000 personnes ont été auditionnées, selon le rapport. Au moins 3 248 personnes ont péri dans cette crise post-électorale. Les forces pro-Gbagbo auraient tué 1 452 personnes, dont 1009 exécutées sommairement. Les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), combattant pour le Président Outtara, sont tenus responsables de la mort de 727 personnes. On incrimine également la mort de 200 personnes aux « Dozos » (chasseurs traditionnels) -qui ont combattu au sein des FRCI- et miliciens pro-Gbagbo.

« Des mesures » seront prises, a promis le chef d’Etat ivoirien qui s’est dit ému par toutes ces « horreurs. Toutes les personnes qui ont posé des actes répréhensibles pendant la crise post-électorale répondront de leurs actes devant la justice ». Paulette Badjo reconnait toutefois que les chiffres du rapport, établis plus d’un an après la crise post-électorale, sont en deçà de la réalité. Sans compter les précisions qui manquent, notamment l’identité civile ou militaire des victimes.

Les pro-Gbagbo ont d’ores et déjà contesté ce rapport. Ils ont adressé un courrier au secrétaire général de l’Onu Ban Ki-Moon et Haut commissariat des Nations-unies des droits de l’homme pour qu’il « ne soit pas pris en compte ». Ils réclament à la communauté internationale de mener une enquête neutre sur les exactions commises durant la crise ivoirienne. Pour Alain Toussaint, l’ex-conseiller de Laurent Gbagbo, contacté par Afrik.com, le rapport est « subjectif » et « mensonger ». Selon lui, il ne mentionne pas les 1000 personnes massacrées par les pro-Ouattara, à Dukoué, le 29 mars 2011. « Il y a une banalisation des crimes commis par les forces pro-Ouattara. Il faut que Ouattara livre à la justice les responsables de ces crimes ». Alain Toussaint pointe également du doigt un rapport « bâclé qui devait être rendu en six mois mais a finalement été publié qu’un an plus tard ».

L’épineux dossier judiciaire Gbagbo

Les partisans de Laurent Gbagbo dénoncent également le fait qu’ils soient les seuls à être mis sur le banc des accusés. Les responsables de l’ancien régime ivoirien interpellés sont tous détenus dans différentes régions de la Côte d’Ivoire. Parmi eux figurent, Simone Gbagbo, l’épouse de Laurent Gbagbo et Pascal Affi Nguessan, président du Front populaire ivoirien (FPI), l’ex-parti au pouvoir.

Laurent Gbagbo est quant à lui prisonnier à la Haye depuis novembre 2011. Ses partisans exigent sa libération. La Cour pénale internationale (CPI) a annulé l’audience de confirmation des charges de crimes contre l’humanité retenues contre lui. Cette procédure doit permettre aux juges de savoir si les charges retenues contre l’ancien président ivoirien sont suffisamment solides pour la tenue d’un procès. Le dossier Gbagbo est épineux. La CPI le sait. Si elle décide de juger Gbagbo, elle devra aussi traduire en justice les auteurs de crimes contre l’humanité dans le camp Ouattara. Mais est-elle assez compétente pour une affaire si complexe ? Pour le moment, la CPI poursuit son enquête sur les violences post-électorales. Elle n’a toujours pas rendu son rapport. Mais les pro-Gbagbo dénoncent le manque de crédibilité de la justice internationale, qu’ils estiment partiale.

Le Président Ouattara a, lui, promis que tous les responsables de crimes seront traduits devant la justice. Le dirigeant sait que cette étape est indispensable pour que la réconciliation nationale puisse voir le jour. La Côte d’Ivoire est en effet loin d’être apaisée. L’insécurité occupe toujours le terrain. Les exactions continuent, notamment dans l’Ouest du pays. Les populations cohabitent avec les meurtres, viols et agressions. Pour les pro-Gbagbo, les pro-Ouattara sont les principaux responsables de ces faits. Ils ont déposé plainte le 24 juillet à Paris contre le régime d’Alassane Ouattara et demandé à la France de mener une enquête sur ces crimes.

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