Côte d’Ivoire : le processus de paix à la dérive

Le torchon brûle en Côte d’Ivoire. Le Front populaire ivoirien du Président Laurent Gbagbo a demandé la démission du Premier ministre Seydou Diarra, lui incombant l’échec du désarmement des ex-rebelles. Des deux côtés, on fait planer la menace d’un affrontement armé et on invoque le soutien de la communauté internationale, au cas où…

Menace de guerre imminente ? La Côte d’Ivoire est à nouveau de théâtre d’un soubresaut politique, qui pourrait bien tourner au vinaigre. Depuis que les ex-rebelles ont annoncé qu’ils ne désarmeraient pas le 15 octobre comme prévu, les tensions sont montées d’un cran. Le Front populaire ivoirien (FPI) du Président Laurent Gbagbo considère que cette décision fait un sérieux affront au gouvernement de transition. La formation au pouvoir a par ailleurs demandé la démission du Premier ministre Seydou Elimane Diarra, jugé responsable de l’hérésie des anciens dissidents. Des deux côtés, on se dit prêt à en découdre, politiquement, mais aussi armes au poing. Et chacun fait appel à la communauté internationale pour cautionner son point de vue.

Lundi, des manifestants du Nord, zone sous contrôle des ex-rebelles, « ont saccagé un bureau d’observateurs des Nations Unies à Bouaké pour protester contre le désarmement des groupes militaires », explique l’Agence France Presse. Les ex-rebelles, environ au nombre de 25 000, avaient de leur côté certifié qu’ils ne déposeraient pas les armes tant que les réformes prévues par les Accords de Linas-Marcoussis (France) de janvier 2003 ne seraient pas mises en œuvre, comme prévu.

Le FPI rejette principalement la faute du statu quo législatif sur les ex-rebelles. « Les lenteurs que nous déplorons tous dans la conduite des réformes législatives sont dans une large mesure le fait de ministres rebelles », peut-on lire dans une déclaration, qui rappelle les différents boycott des travaux du gouvernement.

« Seydou Diarra doit démissionner »

Pour la formation présidentielle, le refus du désarmement relève de la plus haute trahison. « Refuser de déposer les armes, c’est demeurer dans la logique de violence et de la rébellion. Refuser le déposer les armes, c’est nier au gouvernement de réconciliation nationale tout fondement juridique, moral et politique. Refuser le désarmement, c’est faire obstacle à la préparation des élections générales de 2005. Refuser le désarmement, c’est défier l’ensemble de la communauté nationale et internationale. Enfin, refuser le désarmement, c’est déclarer la mort de tous les accords de paix », a déclaré Pascal Affi N’Guessan, le porte-parole du FPI.

Le parti au pouvoir épingle aussi le Premier ministre pour l’échec du processus de désarmement. Il estime que c’est son incompétence qui a conduit à ce fiasco. Seydou Diarra « doit faire preuve de courage et dignité pour démissionner de ses fonctions sans délai », explique encore la déclaration du FPI. Le document demande aussi au chef de l’Etat de « mettre en place un gouvernement de sauvegarde nationale » pour palier le départ du numéro deux. Selon les informations du Patriote, Guillaume Soro, leader des ex-rebelles des Forces nouvelles, estime que le fait de pousser Seydou Diarra vers la sortie est une manœuvre de Pascal Affi N’Guessan pour récupérer le siège de Premier ministre qu’il a perdu.

La riposte militaire pas écartée

C’est dans ce contexte flou et explosif, le FPI n’exclut pas le recours à la force, en espérant le soutien de la communauté internationale. Il insiste par ailleurs sur le fait qu’en cas d’action les Ivoiriens devront suivre les instructions des leaders et ne considérer « ni les forces impartiales, ni Licorne (force française, ndlr) [et] encore moins le personnel de l’Onuci » (Mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire) comme « les adversaires des résistants ».

De leur côté, les Forces nouvelles ne regrettent pas d’avoir conservé leurs armes. Guillaume Soro explique dans une déclaration recueillie par Le Patriote: « Le désarmement aurait été une erreur parce que tout le monde sait que le régime du FPI, à ce jour continue d’acheter des armes lourdes. ». Il ajoute : « Nous savons depuis six mois qu’ils veulent la guerre. Et qu’ils sont en train de se préparer pour faire la guerre. Quand ils ont commencé depuis six mois à se préparer, on a commencé le même jour. Donc personne n’est en retard sur son ami. Nous nous sommes préparés. Alors, nous attendons qu’Affi N’Guessan, président du FPI, nous déclare la guerre. » Et lui aussi fait appel au soutien de la communauté internationale, précisant que les intentions belliqueuses du FPI ne font plus aucun doute. Toutefois, il précise que si les réformes sont mises en place, il s’engagera dans le processus de désarmement.

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