Côte d’Ivoire : le FPI se retire du processus de paix et du gouvernement

Le Front populaire ivoirien claque la porte. Le parti au pouvoir en Côte d’Ivoire a annoncé mardi qu’il se retirait du processus de paix et du gouvernement du Premier ministre Charles Konan Banny. Au cœur de cette décision : la recommandation de dissolution de l’assemblée nationale proposée par le Groupe de travail international, jugée comme contraire à la résolutions des Nations Unies encadrant la pacification du pays.

La Côte d’Ivoire a de plus en plus chaud. La tension est montée d’un cran, mardi, lorsque le président du Front populaire ivoirien (FPI, au pouvoir) a annoncé que la formation : « proclame son retrait de l’ensemble du processus de paix et son refus de cautionner encore plus longtemps le processus de recolonisation de notre pays engagé sous l’égide de l’Onu (Organisation des Nations Unies), et décide de mettre fin à sa collaboration et à son appui à toute entité mise en place dans ce cadre notamment au gouvernement de M. Charles Konan Banny ». Le FPI proteste ainsi contre une recommandation émise dimanche par le Groupe de travail international (Gti), qui proposait une dissolution de l’Assemblée nationale. Le Gti a en effet conclu que le mandat des députés, qui a expiré fin décembre, « n’a pas à être prolongé » en raison d’un manque de « moyen légal ». Ce qui a provoqué, depuis lundi, des manifestations violentes des « Jeunes Patriotes », partisans du Président Laurent Gbagbo, qui s’en sont pris aux intérêts onusiens. Le Chef de l’Etat aurait assuré à l’émissaire spécial des Nations Unies en Côte d’Ivoire, Pierre Schori, que la situation s’améliorerait ce mercredi, mais il semble encore que des barrages paralysent encore la circulation à Abidjan.

Le FPI dénonce une violation de la résolution 1633

Un communiqué du Gti datant du 16 janvier, résumant les conclusions de l’instance après sa troisième réunion ministérielle à Abidjan le 15 janvier, indique : « Conformément au paragraphe Il de la Résolution 1633 du CSNU (Conseil de sécurité des Nations Unies, ndlr) relatif à l’expiration du mandat de l’Assemblée Nationale, le GTI a tenu des consultations approfondies avec les parties ivoiriennes sur le fonctionnement des institutions de l’Etat. Le GTI a tiré la conclusion que le mandat de l’Assemblée Nationale, qui a expiré le 16 décembre 2005, n’a pas à être prolongé. Néanmoins, pendant la période de transition, le GTI recommande que le Premier Ministre, en consultation avec le Chef de l’Etat, et se fondant sur l’expérience des anciens députés, puisse à sa convenance, leur confier des missions spécifiques en vue de la promotion de la paix et de la réconciliation nationale ».

« Cette décision est nulle parce qu’elle est en violation de la résolution 1633 (de l’Organisation des Nations Unies, Onu). Dans cette résolution, qui a créé par ailleurs le GTI, il est clairement mentionné que les institutions doivent fonctionner normalement jusqu’aux prochaines élections. (…) Le GTI n’a pas cette compétence de décider de l’avenir des institutions ivoiriennes. La mission du GTI est une mission d’évaluation et de contrôle en vue de faire des recommandations au Conseil de sécurité des Nations Unies, au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (…) Cette agression n’est que la première phrase d’un processus de mettre sous tutelle la Côte d’Ivoire », a expliqué Pascal Affi Nguessan, le président du FPI, selon les propos rapportés par Xinhua. Le responsable estime que la recommandation du Gti est un « coup d’Etat » et qu’elle « s’attaque à la Constitution ivoirienne », puisque le Conseil constitutionnel spécifie que l’Assemblée nationale « se réunit de pleins pouvoirs jusqu’à la fin de la crise ».

Demande du départ des militaires onusiens et français

Pascal Affi Nguessan exhorte les « démocrates » et les « patriotes » à demeurer « mobilisés ». Une requête qui intervient alors que le FPI est accusé d’orchestrer les manifestations. Il appelle par ailleurs le Président à « entreprendre immédiatement les démarches nécessaires afin que le pays soit débarrassé de l’occupant étranger et d’engager sur des bases autonomes et autochtones le processus de paix et de réconciliation ». Une allusion à la Mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire, qui compte quelque 7 000 soldats et policiers, et la Force française Licorne, composée d’environ 4 000 militaires.

En réaction aux troubles, « le Secrétaire général (de l’Onu) exige la fin immédiate de ces attaques contraires à la loi ivoirienne et qui met sérieusement en danger le processus de paix impulsé par l’Union africaine et le Conseil de sécurité », rapporte Stéphane Dujarric, exprimant les sentiments de Kofi Annan. Il ajoute que le Secrétaire général rappelle « à tous les dirigeants ivoiriens leur responsabilité individuelle pour les actes de violence commis par leurs partisans et leur responsabilité pour que le processus de paix ne déraille pas ». La France a pour sa part appelé ses ressortissants à la plus grande prudence, même s’il ne semble pas que les étrangers aient été pris pour cible.