Côte d’Ivoire : le cacao au coeur de l’offensive

L’embargo européen sur le cacao ivoirien devait affaiblir financièrement le gouvernement sortant, mais un ultimatum fixé au 31 mars par Laurent Gbagbo aux exportateurs de fèves pourrait faire échouer cette manœuvre. Toutefois, si elle parvenait à prendre le port de San Pedro, l’offensive militaire menée par les pro-Ouattara permettrait à ces derniers de prendre le dessus dans la gestion de la lucrative filière cacao.

Le cacao est un outil politique en Côte d’Ivoire. L’offensive menée par les pro-Ouattara semble le confirmer. En avançant ainsi vers le sud, les forces du président reconnu par la commission électorale chercheraient à prendre le contrôle de San Pedro (sud-ouest), où se trouve le premier port exportateur de cacao du monde. La ville de Soubré, au cœur de la principale zone de production de cacao de Côte d’Ivoire, a été prise mercredi après-midi au camp Gbagbo. Le port de San Pedro n’est plus qu’à 130 km.

Ultimatum

Avec 1,335 million de tonnes de fèves de cacao produites chaque année, le pays en est le premier exportateur mondial. La filière cacao-café génère environ 40 % des recettes d’exportation du pays. Fin janvier, dans les premiers temps de la crise post-électorale, l’Union européenne et Alassane Ouattara ont pris la décision commune d’imposer un embargo sur les fèves de cacao ivoiriennes. Cette mesure était destinée à affaiblir financièrement le président Laurent Gabgbo qui conteste les résultats électoraux et occupe, aujourd’hui encore, le palais présidentiel.

Privé de cette ressource financière, le gouvernement de Laurent Gbagbo a posé au début du mois un ultimatum aux exportateurs installés dans le pays. Il leur a laissé jusqu’au 31 mars pour écouler leur marchandise et reverser au gouvernement le « Droit unique de sortie », faute de quoi, les 440 000 tonnes de cacao stockées actuellement dans le pays seront nationalisées.

Embargo impopulaire

Plus que la crainte des multinationales exportatrices, c’est surtout la colère des producteurs qui commence à se faire entendre. En imposant ainsi un embargo sur leurs produits, l’Union européenne et le camp Ouattara les coupent, eux aussi, de leur ressources. Le 17 février dernier, la filière des producteurs avait organisé une destruction par le feu de plusieurs dizaines de sac de fèves devant les locaux de l’Union européenne à Abidjan. Les producteurs préféraient les détruire « plutôt que de les voir pourrir dans les magasins où ils sont stockés depuis l’embargo », expliquaient-t-ils alors.

Avec cet embargo impopulaire qui s’éternise, Alassane Ouattara pourrait se mettre à dos une partie de la population vivant de cette culture, mais également les multinationales exportatrices qui avaient, jusqu’à maintenant respecté l’embargo sans résistance. Il a d’ailleurs prévenu mercredi soir que « tout exportateur qui paierait des taxes aux autorités illégitimes incarnées par Laurent Gbagbo ou qui collaborerait d’une façon ou d’une autre avec elles, verra son agrément retiré et sera interdit de toute activité sur le territoire national », ajoutant que la compagnie « fera, en outre, l’objet de poursuites auprès des juridictions nationales et internationales ». L’offensive menée depuis lundi par ses forces militaires pourrait permettre de prendre le contrôle du port de San Pedro et de relancer ainsi l’activité économique de ce secteur clé de l’économie nationale.

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