Côte d’Ivoire : la présidentielle sème la zizanie…

De quoi parle-t-on dans presque toutes les conversations de la vie politique ivoirienne ? De la prochaine élection présidentielle de 2020. Dans les états-majors des partis politiques, le sujet favori des échanges entre camarades demeure toujours le même, la prochaine élection présidentielle dans un peu plus de trois ans.

On spécule sur des noms. Des potentiels futurs candidats. Certains rêvent secrètement et s’y voient. D’autres prennent déjà position pour un candidat, en espérant que la chance ou le destin tourne en faveur de ce dernier.

Assurer une alternance politique en 2020

Au sein des partis politiques membres du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) en Côte d’Ivoire, chaque formation espère trouver la « formule » qui fera en sorte que son candidat soit désigné, candidat unique de cette alliance politique. Et pourtant, on parle ici et là d’accord politique qui dit que « le prochain candidat à l’élection présidentielle de 2020, doit être un candidat issu du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) », pour le compte du RHDP.

Cet accord politique, acté à Daoukro, lors de ce fameux « Appel de Daoukro » du 17 octobre 2014, a pour objectif d’assurer une alternance politique en 2020, « au profit du PDCI ». Cet accord continue de faire couler beaucoup d’encre ici et là en met toute la classe politique en ébullition. Chacun y va de son interprétation en fonction de ses intérêts politiques du moment.

Au sein des deux principaux partis de cette alliance des houphouétistes, où les ambitions politiques des uns et des autres s’aiguisent avec avidité, des résistances partisanes, voir même des bouderies sourdes se manifestent de plus en plus ouvertement. Les positions des uns et des autres commencent à se durcir, le langage devient de moins en moins politiquement correct et l’affrontement verbal ne semble pas loin. Les discours publics sont ciblés et les messages francs.

Les uns pour exprimer leur désir de voir cet accord (verbal) se réaliser pour cette alternance en 2020, en faveur du PDCI. Et les autres pour avancer divers arguments politiques interprétant différemment l’appel de Daoukro qui a exprimé ouvertement l’alternance en 2020. Le Rassemblement des républicains (RDR) ne se reconnait pas dans cet appel de Daoukro, selon certains de ces cadres qui se sont librement exprimés dans les médias ivoiriens.

Ce quiproquo crée de fait de fortes suspicions envers les uns et les autres, entre ces alliés au sein de cette alliance politique. La tension est donc électrique et les nerfs sont mis à rudes épreuves. La sagesse politique des deux présidents de ces deux principales formations au sein du Rhdp permet pour l’instant de maintenir une unité et une certaine sérénité, mal dissimulée dans les rangs.

Maintien de l’unité au sein du Rhdp afin de garantir une paix durable

C’est donc dans ce contexte politique très chargé et de méfiance les uns envers les autres, que le président du Pdci a accordé un entretien à l’hebdomadaire panafricain basé à Paris, Jeune Afrique. Dans cette interview qui fait beaucoup de bruits en ce en Côte d’Ivoire le sphinx de Daoukro tente de calmer les ardeurs des uns et des autres, mais en précisant la position du PDCI en ce qui concerne l’élection présidentielle de 2020.

Pour lui, l’alternance politique à cette date doit se faire en faveur de sa formation politique, conformément à l’accord entre les deux principaux partis du Rhdp. En réalité, le véritable enjeu de cette alliance des houphouétistes, est le maintien de l’unité au sein du Rhdp afin de garantir une paix durable et une stabilité politique, économique et sociale dans le pays.

Pour cela, il faudrait que les accords soient respectés de part et d’autre tout d’abord. Et par ailleurs, il faudrait que les va-t’en guerre des deux formations alliées arrêtent de mettre de l’huile sur le feu afin de faire monter la tension sociale et politique inutilement. Nous sommes encore très loin de l’échéance présidentielle de 2020. Et d’ici là, beaucoup d’évènements peuvent voir le jour et aplanir les différences qui suscitaient des angoisses et méfiances de part et d’autre.

Au sein du Rhdp, tout le monde sait que c’est grâce à la force de cette alliance politique que le précédent pouvoir a pu être vaincu dans les urnes. Alors, pour maintenir le pouvoir au sein du Rhdp, et éviter de le perdre pour des questions d’ambitions personnelles, ces dirigeants devraient commencer à penser aux populations qui sont toujours les pauvres victimes des ambitions parfois obsédantes de certains acteurs politiques, emprisonnés dans cette obsession très souvent destructrice et funeste.