Côte d’Ivoire : la Banque mondiale revoit sa politique de libéralisation du cacao

L’institution de Bretton Woods plus conciliante avec la Côte d’Ivoire. Elle admet le principe de la régulation du marché du cacao et une nouvelle politique fiscale pour les producteurs.

La Côte d’Ivoire et la Banque mondiale ont mis fin à leur querelle sur la réforme du secteur du cacao. Après deux ans de libéralisation imposée par le grand argentier de la planète, l’instabilité des cours de cacao a fait perdre environ 50% de leurs revenus aux producteurs locaux.

Dans un aide-mémoire signé par la Côte d’Ivoire et l’institution financière internationale, la Banque mondiale ne remet pas en question le principe visant à transformer le marché mondial en marché spot, mais elle n’écarte plus celui de la stabilisation des cours. Seule condition : la structure de régulation des prix devra être privée. Elle admet également que la libéralisation d’une filière doit se réaliser dans un cadre codifiant la concurrence entre opérateurs étrangers et nationaux, de sorte que ces derniers ne soient pas évincés du marché.

Une banque britannique très persuasive ?

Traduction : la Banque mondiale ne considèrera plus les structures d’accompagnement et de régulation des ventes que la Côte d’Ivoire a mises en place pour définir les règles du jeu, comme des formes déguisées d’interventionnisme de l’Etat.

Selon le quotidien français  » La Tribune « , il semblerait que l’intervention d’une grande banque britannique, la HSBC, (qui doit proposer aux autorités ivoiriennes des schémas de réorganisation de la filière) soit pour beaucoup dans l’assouplissement des positions de l’institution de Bretton Woods.

La Banque mondiale réaffirme dans ce document que l’institutionnalisation d’un fonds de garantie aux coopératives doit être accélérée afin de leur permettre de se recapitaliser. Elle fixe à septembre l’instauration d’une telle structure.

La seconde avancée permettant une réconciliation entre l’Etat ivoirien et la banque mondiale concerne le volet fiscal. Les deux acteurs se sont entendus pour passer d’une taxe fixe (exorbitante puisqu’elle frappe 30% des revenus issus du cacao) à une taxe proportionnelle à la valeur des cours. En clair : un pourcentage fixe, donnant lieu à des revenus indexés sur les variations des marchés.

Cette position plus conciliante de la Banque mondiale à l’égard d’Abidjan intervient deux mois après la création par les autorités ivoiriennes d’une Bourse du Cacao et du Café (BCC) destinée à mettre un terme à la  » libéralisation anarchique de la filière  » . Et surtout après une habile politique de pression fiscale sur les entreprises étrangères. A n’en point douter, il s’agit d’une victoire du gouvernement Gbagbo, dont la fermeté ouvre la voie à la régulation d’un marché spot aux conséquences désastreuses.