Côte d’Ivoire : Konan Banny démissionne, mais il reste

La catastrophe humaine et le scandale causés par le déversement de 400 tonnes de déchets toxiques par une société dénommée Tommy, à Abidjan, a conduit le Premier ministre ivoirien, Charles Konan Banny, à démissionner mercredi. Le Président Laurent Gbagbo l’a néanmoins reconduit dans ses fonctions. Le nouveau gouvernement devrait être connu ce jeudi après-midi, alors que l’enquête sur ce scandale d’Etat se poursuit.

Le Premier ministre ivoirien, Charles Konan Banny, a remis sa démission et celui de son gouvernement, mercredi, au Président Laurent Gbagbo. Aussitôt reconduit dans ses fonctions, M. Banny doit reformer un nouveau gouvernement dont les membres devraient être connus dans quelques heures. L’affaire fait suite au drame humain et écologique qui secoue la Côte d’Ivoire depuis quelques semaines déjà. A l’origine, le déversement de 400 tonnes, du moins en partie, de déchets toxiques contenant de l’hydrogène sulfuré – un produit cancérigène et dangereux – dans la capitale économique, Abidjan par le « Probo Koala », un navire russe battant pavillon panaméen. Pour l’heure selon le porte-parole du gouvernement, Hubert Oulaye, qui a fait mercredi une déclaration à la télévision nationale, ce sont « plus de 1 500 personnes (qui) ont été reçues » dans les établissements sanitaires publics abidjanais dans lesquelles leur prise en charge est gratuite, « parmi lesquelles on déplore malheureusement trois décès ». A noter que le scandale politique, économique et social a bien évidemment relégué au second plan la rencontre des principaux leaders politiques ivoiriens invités, mardi, à Yamoussoukro par Charles Konan Banny. Rencontre que les journalistes ivoiriens ont qualifié de fiasco.

Des « déchets industriels »

Bayé Etienne, agent du Centre Ivoirien Anti-Pollution (Ciapol) qui dépend du ministère de l’Environnement et dont les propos ont été rapportés par le quotidien Fraternité Matin le 6 septembre, indique que c’est « le 21 août, au matin » que sa structure a été assaillie de toutes parts pour dénoncer « une odeur suffocante dans certains quartiers ». L’enquête menée a conduit au « Probo Koala », dont le consignataire est une société dénommée Waibs et dont la compagnie Tommy était en charge de la vidange. Convoqués par le Ciapol, la firme Tommy et le consignataire auraient déclaré qu’il ne s’agissait que de slops, des eaux usées contenant des hydrocarbures. Ce qu’ils avaient également affirmé à la douane ivoirienne, selon une mise au point émanant d’elle rendue publique mercredi dans le journal Soir Info. On peut y lire que, le 18 août dernier, la « compagnie Tommy agréée, en qualité d’avitailleur spécialisé dans la vidange, l’entretien et le soutage des navires, par Arrêté du Ministre des Transports n°O016 MT/DGAMP/DTMFL du 12 juillet 2006, a sollicité le service pour assister à l’enlèvement de résidus d’eaux souillées à bord du navire Probo Koala ».

Selon M. Bayé toujours, compte tenu des nuisances occasionnées dans la zone Vridi, où les produits avaient été déversés et à titre de « mesure conservatoire », le Ciapol aurait demandé à l’entreprise Tommy « de repasser dans les endroits où elle a déversé les produits pour essayer de re-pomper et de curer plus ou moins les caniveaux ». L’opération se serait effectuée dans la nuit du lundi à mardi. A noter que le Ciapol, informé par les pays voisins « tels que le Nigeria, le Togo, indique Le Patriote, avait adressé une mise en demeure à l’équipage du « Probo Koala » en l’interdisant de quitter le port d’Abidjan dès qu’il s’est rendu compte du caractère extrêmement toxique du produit déversé ». Mise en demeure dont le navire a fait fi, le lendemain de l’interdiction, le 22 août, puisqu’il a quitté la Côte d’Ivoire sans être inquiété par « la Marine nationale et, à une moindre mesure, la Police maritime chargées de la surveillance des côtes », constate le journal.

En attendant les sanctions

Si l’on s’en tient aux propos du Chef de l’Etat ivoirien, les sanctions devraient pleuvoir dans les administrations impliquées dans ce drame. Entre autres le Port Autonome d’Abidjan, la Direction Générale des Douanes, les ministères du Transport et le district d’Abidjan [[Sous tutelle de l’Etat, il chapeaute les dix communes de la ville et trois sous-préfectures (Bingerville, Songon, Anyama).]]. Des administrations qui se renvoient dos à dos leur responsabilité dans cette affaire. Ainsi pour M. Bombo Dagui Marcel, le commandant du Port autonome d’Abidjan, le « rôle des autorités du port est d’assurer la sécurité de l’espace portuaire et de délivrer les autorisations d’accès et de sortie du port », indiquait-il, mardi lors d’une conférence de presse. Le contrôle des passagers et de la cargaison du navire étant du ressort de la Douane. Selon Notre Voie, la société Tommy aurait présenté « à la capitainerie du port un accord d’escorte douanière ».

Par ailleurs, la compagnie Tommy aurait été autorisée par le district d’Abidjan à déverser le 19 août, à Akouédo des « déchets industriels ». Ce dont l’entreprise ne s’est pas contentée. Car outre les sites de la décharge d’Akouédo, station de dépotage des eaux usées du Plateau-Dokui, les différentes canalisations de la zone du canal de Vridi, les Abidjanais découvrent chaque jour d’autres sites. Le dernier en date, révélé par la presse, est celui de Koumassi-Zone industrielle. Le Centre de commandement des opérations de sécurité (Cecos), commandé par le colonel Georges Guiai Bi Poin et dont les exactions ne cessent d’être décriées par la population et les entreprises privées, comme c’est le cas des transporteurs actuellement, serait aussi impliqué. Des témoins auraient vu des hommes de cette unité accompagner les camions qui déchargeaient les déchets.

La démission du cabinet du Premier ministre paraît symptomatique d’une affaire dont les ramifications devraient mettre en cause plusieurs hauts responsables ivoiriens. Des personnes qui ont certainement cru pouvoir berner environ 16 millions d’habitants, dont une blague qui circule actuellement à Abidjan fait dire que chacun d’eux vaut un peu plus d’un franc. Compte tenu du montant de la somme qu’aurait prétendument perçue les responsables de ce désastre pour méfaits rendus : 17 millions de F CFA.