Côte d’Ivoire, Guinée ou Mali : quelle doit être la priorité de la CEDEAO ?

La délégation de la CEDEAO au Mali

La CEDEAO se penche actuellement sur le Mali où l’armée a exécuté la volonté du peuple, en poussant le Président IBK à la démission, et oublie la Côte d’Ivoire et autre Guinée, où le peuple subit l’agression d’un Président décidé à forcer le passage pour obtenir un troisième mandat.

Le Mali se porte, pour le moment, à merveille, car le peuple a ce qu’il voulait : le départ du désormais ex-chef d’Etat, Ibrahima Boubacar Keita. Un départ demandé par la population depuis des mois, mais qui s’est heurtée à la volonté de l’ancien dirigeant de conserver son fauteuil, malgré les échecs répétés constatés par son peuple, quant à ses promesses électorales.

En effet, en réclamant le suffrage des Maliens, le Président IBK avait pris des engagements fermes. Entre autres, l’engagement de défendre le pays contre les agressions de djihadistes qui étaient devenus monnaie courante dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Autre promesse, celle de mettre le Mali sur la voie du développement. Contre toute attente, IBK semble avoir servi sa famille et ses proches, oubliant le peuple malien qui, las d’attendre, a demandé son départ. Ce que IBK a refusé de faire, en continuant de garder le pouvoir contre la volonté populaire, au point de faire couler le sang. Et c’est où l’armée malienne est intervenue pour exécuter la volonté du peuple.

Dans ces conditions, y a-t-il des raisons de s’inquiéter de la situation qui prévaut au Mali, si réellement, c’est la volonté du peuple malien qui est mis en avant ? La réponse coule de source. Et pourtant, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) manifeste et dit son inquiétude face à la situation, pourtant voulue par le peuple malien, qui a jubilé après ce fameux coup d’Etat. Un coup d’Etat moins grave que celui qui est en train de se réaliser en Guinée Conakry ou en Côte d’Ivoire. Ces deux pays méritent une attention toute particulière.

Que cela soit en Guinée ou en Côte d’Ivoire, les dirigeants respectifs que sont Alpha Condé et Alassane Ouattara, sont en train de perpétrer à un coup d’Etat constitutionnel, en se frayant, quitte à verser du sang de leurs concitoyens, un chemin vers un troisième mandat présidentiel, contre la volonté de leurs peuples respectifs. Ces coups de force, ayant fait plusieurs morts dans ces deux pays, n’intéressent pas les membres de la CEDEAO. Que faut-il comprendre dès lors ? Car au Mali, le peuple jubile, danse et chante dans les rues, alors qu’en Guinée et en Côte d’Ivoire, les populations tremblent de peur.

Peur face à la menace actuelle des dirigeants qui interdisent toute expression; peur, face à la violence galopante, qui pourrait compromettre encore des vies, surtout qu’on apprend qu’en Côte d’Ivoire, la police a recruté des hommes armés d’armes blanches pour mâter des manifestants. Non, ces cas ne semblent pas intéresser les dirigeants de la CEDEAO. Toutefois, lors du Sommet extraordinaire de l’institution sur la crise malienne, tenu ce jeudi 20 août 2020, par visioconférence, le Président sénégalais, Macky Sall, a donné sa position sur cette question malienne qu’il dit très sensible.

Macky Sall s’est dit opposé à la fermeture des frontières du Mali avec ses voisins, car, dit-il : « compte tenu de la situation sanitaire et même sécuritaire, ce sera le peuple malien qui va en pâtir ». Le dirigeant sénégalais, exigeant la libération du Président IBK et de ses proches, conseille à la CEDEAO de surseoir à sa volonté d’envoyer des troupes au Mali. Pour Macky Sall, non seulement cela pourrait empirer la situation au Mali, mais aussi, il faudra requérir l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU, ce qui sera un protocole qui risque de tirer en longueur.

Une position sage du dirigeant sénégalais, soupçonné lui aussi de vouloir briguer un troisième mandat dans son pays. Ce qui pourrait être une autre paire de manche pour le Président Macky Sall. Pour l’heure, toutes les attentions sont braquées sur le Mali où le peuple respire, en attendant de voir ce que va faire le club des chefs d’Etat de la CEDEAO, qui, pour beaucoup, n’ont qu’un seul objectif : tout mettre en œuvre pour s’éterniser au pouvoir.