Côte d’Ivoire : du banditisme et de la délinquance urbaine

Le communiqué issu du conseil des Ministres du mercredi 27 septembre 2017 a consacré avec humilité l’aveu suivant : « Compte tenu des proportions prises par le banditisme, notamment le phénomène des enfants en conflit avec la loi, et afin de contenir, voire d’enrayer ce fléau, le Conseil a arrêté diverses mesures ». On ne va pas s’attarder sur la nature des mesures préconisées par Le conseil des Ministres placées sous les vocables du court terme et du moyen terme.

Je vous invite à faire plutôt une autre analyse qui, selon nous, est à l’origine de la fécondation des phénomènes que l’Etat se propose d’affronter. Enfin dirons-nous. Pourquoi la jeune société ivoirienne génère-t-elle des marginaux à l’image de ceux que nous voulons contenir voire, éradiquer ?

S’il est vrai que les sociétés à l’échelle de tous les hémisphères se donnent des générations de marginaux issus des choix politiques qui sont les tiens, chez nous en Côte d’Ivoire, les facteurs sont de 03 ordres :
1- le manque d’éducation aux choses de la famille ou de la responsabilité familiale;
2- l’inaptitude aux services publics de la quasi-totalité des acteurs de premier plan de 1960 à ce jour;
3- phénomènes importés par les médias.

Le premier point bien évidemment doit transparaitre clairement dans la vision du parti ou l’alliance qui gouverne. Pour qu’une vie soit dite sacrée, il faut qu’elle se conçoive dans une certaine noblesse qui elle-même découlerait d’une éducation qui est dispensée par des gens d’une grande exemplarité dans la société. Autrement dit, tous les couples rendus légitimes par la divinité historique, n’ont pas de facto la licence pour assurer la reproduction. En d’autres termes, il ne faut pas que le couple constitué d’un homme et d’une femme, soient de simples moyens humains au service de la reproduction à tout-va. Il faut qu’ils justifient l’acte de la procréation par une qualité de parents au-dessus de la moyenne vertueuse qui se situerait autour de la note de 18 sur un total de vingt.

Finalement se reproduire pour un homme et une femme est un acte primaire ; donner à l‘enfant qui est né, toutes les chances spirituelles, morales et matérielles à son plein épanouissement dans la société qu’il est appelé à servir dès sa naissance, constitue le défi principiel et principal des -parents biologiques et Etatiques-. Car, dans un monde marqué par la concurrence et l’interdépendance, chaque être est une chance individuelle et collective pour sa Nation. Raison pour laquelle, l’Etat et les parents doivent conjuguer leurs efforts afin d’en faire un citoyen promoteur de vertus nationales.

Si la chimie biologique qui intervient entre les spermatozoïdes et les ovules, avaient la capacité d’identifier les grossesses qui allaient accoucher de vies larvées, je suis convaincu qu’elle allait invalider un grand nombre de demandes naturelles. Si la marginalité est une fatalité ou une conséquence sociétale, il reste pour nous qu’elle n’est pas génétique. Si les parents opportunément éduqués mettent leurs rejetons dans les meilleures conditions de compétition, il va s’en dire que la société produirait moins de marginaux. Et si par extraordinaire un nombre marginal s’aventurait dans cette déviance, ceux-ci auraient les ressorts nécessaires pour une introspection salvatrice.

Bien évidemment de notre point de vue, la qualité de parents ne se délivre pas en l’état actuel des choses, à tous ceux qui perpétuent la société de leur descendance. Plus que le partenaire parental biologique, c’est l’Etat qui tire avantages ou qui se prévaut de la grande qualité de ses filles et fils, donc il revient à cet Etat-là de mettre à la disposition des futurs parents, les outils qu’il faut pour une existence riche et digne à tout point de vue.

Pour mettre en œuvre le premier point, l’Etat doit disposer de toutes ses ressources financières. Il se trouve malheureusement que depuis 1960 les générations qui se succèdent aux postes de premier plan, jouent impunément à constituer leur trésor personnel, en puisant égoïstement dans les caisses de l’Etat placées momentanément sous leur responsabilité. Ce sont donc 57 ans après, l’équivalent de plusieurs budgets nationaux de fonctionnement qui ont été soustraits du trésor public. Le préjudice causé pat cet argent indûment confisqué par des tiers et tierces, justifie amplement les aspérités sociales auxquelles nous assistons. Bien évidemment ce manque à gagner nuit à la solidarité et aux projets sociaux qui devraient être promus au profit des sociologiquement faibles.

Concrètement l’absence de vision et les détournements rituels des deniers publics que notre jeune Nation a subis, sont les seuls et vrais coupables de ce que l’on nomme : « banditisme et délinquance urbaine ». Par conséquent toutes les générations dont certains représentants étaient et sont aux affaires, font de nous de « virtuels » coupables et de passifs complices.

Comme on peut le voir en guise de marquage indélébile, chaque génération d’hommes et de femmes aux affaires publiques, suscitent l’émergence d’une nouvelle catégorie de marginaux, sans compter que via les médias, certaines typologies de marginaux avec des spécificités étrangères, viennent terroriser les braves populations ainsi livrées à elles-mêmes.

Tout compte fait, le tout nouveau comité multisectoriel de lutte contre le phénomène des enfants en rupture sociale, que l’Etat dresse fièrement sur le terrain de jeux de ceux qui narguent l’administration et les forces de l’ordre depuis un bon moment, aura dans une nuée de cornes, du mal à mettre la main sur les défenses du mal dominant.

Par Kobali Kone