Corruption des agents en uniforme sur les routes du Togo

Pas un seul jour ne passe sur nos routes sans que le racket ne soit observé. Et le plus souvent au vu et au su de tous, sans la moindre gêne de la part de l’agent commis à faire respecter les règles et la tenue qu’il porte si fièrement. Malgré le « plan routier » institué par le gouvernement de sorte à permettre moins de poste de contrôle sur chaque axe routier, la corruption des fonctionnaires ne cesse de gagner du terrain. Le « café » a pris le dessus sur la sécurité routière. Reportage.

Notre correspondant au Togo

Sur le terrain, la compassion et la commisération n’ont guère de place. Les chauffeurs sont livrés à la vindicte de quelques agents aussi véreux que nuisibles. « Il nous arrive souvent d’abuser de nos petits gestes et cadeaux à l’endroit des agents routier », reconnaît Kovi, conducteur de taxi à Lomé. Ils sont pour la plupart saignés à blanc par les maîtres de la route, c’est-à-dire les agents de sécurité chargés du contrôle routier. « Merci Chef !», « Patron! »…Tels sont les mots flatteurs et murmures que l’on peut entendre après s’être délestés par leurs usurpateurs.

Sur les différentes routes du Togo, il y a les agents de sécurité qui ne badinent pas. Leur « prix » n’est pas révisable. S’ils te disent 2000 Sur le terrain, la compassion et la commisération n’ont guère de place. Les chauffeurs sont livrés à la vindicte de quelques agents aussi véreux que nuisibles. « Il nous arrive souvent d’abuser de petits gestes et cadeaux à l’endroit des agents routier », reconnaît Kovi, conducteur de taxi à Lomé.

Ils sont pour la plupart saignés à blanc par les maîtres de la route, c’est-à-dire les agents de sécurité chargés du contrôle routier. « Merci Chef !», « Patron ! »…Tels sont les mots flatteurs et murmures que l’on peut entendre après s’être fait délestés par leurs usurpateurs.

Sur les différentes routes du Togo, il y a les agents de sécurité qui ne badinent pas. Leur « prix » n’est pas révisable. S’ils te disent 2000 francs (CFA), vaut mieux les leurs donner tout de suite et éviter tout marchandage (voué d’avance à l’échec). De même, il y a aussi des agents de sécurité « raquetteurs ». Il suffit aux conducteurs de leur assurer l’habituel « café », (entendez, 100 ou 200 francs. Le minimum pour prendre du café), et le tour est joué. En retour, le conducteur « en règle » est libre, et peut se permettre des surcharges.

Il y a quelques semaines, Kovi nous racontait comment il a failli être la cible d’agents peu scrupuleux sur le trajet Lomé – Aného (35 Km, au Sud-Est du Togo). Sur le parcours, au poste de contrôle d’Agbodrafo, chaque véhicule de transport en commun donne aux agents de sécurité 200 francs à l’aller et 200 francs au retour. Ce jour-là, Kovi, bien qu’étant en règle, a déjà « vu » les agents au poste. Un autre le retient à 2 kilomètres plus tard sans un réel motif. Il demande au chauffeur de « faire quelque chose, même si c’est 25 francs ». Ce dernier refuse de se soumettre à « la logique ». L’agent a tenté de le retenir en s’accrochant à son capot. Kovi n’a pas hésité à démarrer la voiture. Tel dans un film policier, l’agent persiste. Il est plus tard largué sur la chaussée, après une bonne centaine de mètres. Il s’en est sorti avec quelques blessures.

Les jours des contrôles inopinés, le tarif est de 1000 francs au minimum, non négociable

« Nous ne comprenons pas pourquoi même les dimanches et les jours fériés, les agents vont se poster sur les routes », se plaint un autre chauffeur, visiblement victime de racket. Plusieurs chauffeurs de taxi nous ont confié que certains agents sont envoyés délibérément sur les routes par leurs supérieurs dans le seul but de racketter. Ce que les concernés n’ont jamais infirmé ou confirmé. Toutefois, il est à noter qu’il y a pas mal d’agents qui opèrent soit en solo, ou sur ordre d’un supérieur hiérarchique avec qui ils se partagent le butin.

Il fut un temps où, avant les « deux cents et pièces », ce fut « descends et pièces ». C’est-à-dire que les policiers contrôlaient réellement les véhicules et les papiers au lieu de céder à la tentation de la monnaie. Aujourd’hui, que vous ayez votre permis ou pas, que votre voiture ait une pare brise ou pas, une assurance à jour ou pas, des pneus en bon état ou pas, visite technique ou pas, il suffit de faire le fameux «café » pour se tirer d’affaire.

Tout le monde est conscient du phénomène. Les autorités en premier. Les véhicules en mauvais état circulent librement sans être inquiéter. Tant la corruption profite, on tend à la culturaliser.

Le calvaire de tous les jours

Nous sommes la gare routière d’Agbalépédogan (la plus populaire gare routière au Nord-Ouest de Lomé). Pour un mini-bus de 9 places, nous nous retrouvons à 14 âmes. Deux autres passagers sont venus s’ajouter avec chacun un enfant de 7 à 10 ans qu’ils acceptent volontiers de prendre sur leurs genoux. Nous nous retrouvons chacun assis sur une fesse, les pieds immobilisés. Les quelques « Ooh ! chauffeur, nous allons mourir » de 2 ou 3 passagers n’ont pas suffit à le dissuader. Cette leçon de morale n’est qu’éphémère et vite oubliée par les uns et les autres. Après la ronde des racoleurs, démarcheurs zélés, qui s’affairent à vous pousser dans un « bon taxi », et se faire remettre 50 ou 100 F par le chauffeur pour service rendu, notre taxi fait d’abord un premier arrêt. Des véhicules de transport ayant effectué leur chargement de passagers à la gare routière d’Agbalépédogan en partance pour les localités du nord Togo vont passer à un premier contrôle au poste syndical de Togblékopé.

Rappelons qu’au départ de la station, le syndicat soutire 200 francs par chargement. Le conducteur doit ensuite payer le ticket de stationnement qui est de 200 francs par jour, sans oublier les 200 francs de la mairie. Au passage, il doit offrir un « petit cadeau » (500 francs au moins) aux agents de sécurité chargés de contrôler les tickets de stationnement.

Pour Gilles M., un délégué syndical, le rôle des agents de sécurité en service aux différents postes de contrôle et de fouille n’est pas tout à fait clair. « Les policiers prennent 500 F aux chauffeurs, les douaniers 200 F et les gendarmes routiers 1000 F. Que vous soyez à jour ou pas (permis, assurance, carte grise, etc.), c’est ce que vous devez payer à l’entrée de chaque région », nous confie-t-il. « En réalité les policiers, les douaniers et les gendarmes ne cherchent qu’à se remplir leurs poches. Ils ne font aucun contrôle », s’est plaint Mensavi, notre chauffeur.

En effet, notre bus, tel un Joola (pour son nombre exagéré de passagers à son bord), n’a apparemment pas toutes ses pièces à jour. Et le chauffeur Mensavi n’a fait que régler ce « petit problème » par  » des pièces » durant tout notre parcours.

Sur les près de 500 Km de parcours entre Lomé et Kara, la voiture a été arrêtée six fois par les policiers, gendarmes, et douaniers postés ici et là comme par hasard. D’abord à Adétikopé, (à l’entrée de Tsévié), à Notsé, entre Anié et Nyamassila, à Pagala, Sokodé (à l’entrée) et enfin à Bafilo. A chaque fois, le chauffeur s’est garé à distance de l’homme en uniforme, est sorti de la voiture avec ses livres de bord en main après y avoir pris soin de glisser soigneusement un pièce de 500F entre les doigts, ou parfois un billet de 1000F. Il est toujours revenu et à redémarré après deux à trois minutes environ. Les deux fois où l’opération lui a pris plus de cinq minutes, ce fut à Sokodé et à Bafilo quand il glissa entre ses doigts un pièce de 100F empruntées à un passager. Tout le monde a vite compris qu’il a dû palabrer longtemps avant de se faire accepter « les miettes ».

Une parade : se garantir l’appui d’un militaire

Un ancien chauffeur de taxi et passager, a laissé éclater son amertume et son désarroi du fait que ce système de « racket ou de vol organisé » sur les routes, l’ait finalement contraint à raccrocher. « Nous travaillons pour ces agents de la route. C’est eux la cause des accidents et des surcharges que nous opérons afin de pouvoir arrondir la fin de la journée », a-t-il lancé.

Pour se faire moins délester par les hommes en uniforme, certains chauffeurs acceptent souvent de réserver le siège coté non chauffeur à un militaire ou à un autre corps habillé. « Ils nous assurent la couverture auprès de leurs collègues sur la route. C’est eux notre visa. Nous prenons soins d’eux de telle sorte qu’ils ne paient rien, ou juste le minimum pour le voyage », confie Amados, un ancien chauffeur.

A la fin du voyage vers 18h après près de 6h de route, notre chauffeur fait le bilan de la journée. Il me confie avoir distribué gracieusement près de 7500F (12 euros) aux agents routiers, mais il ne s’était pas endetté. Ce qu’il a sans doute récupéré sur les frais de surcharge, même s’il ne le précise pas.

A qui la faute ?

A la gare routière d’Agbalépédogan, point de départ des véhicules de transport en commun en direction des localités du nord Togo, le conducteur d’un bus de 15 places avoue pour sa part, ne pas comprendre pourquoi la douane opère au centre de nos villes. « Au lieu de fouiller les véhicules étrangers ou les gros camions surtout, les douaniers exigent des chauffeurs des véhicules de transport de passagers 500 F. Les gendarmes routiers qui sortent souvent pour vérifier si les véhicules et leurs conducteurs sont à jour, nous prennent 1000 F, alors que cet argent ne rentre pas dans les caisses de l’Etat », s’indigne-t-il.

« Côté syndicat, poursuit-il, c’est toujours la loi du plus fort. Nos délégués nous demandent d’effectuer nos chargements dans les stations, en faisant délivrer aux passagers un ticket de voyage. A la sortie de la gare, nous payons 300 F et recevons un ticket sur lequel est marqué « vu au départ ». Malgré cela, nous donnons 500 F au bouchon syndical : c’est comme une association de profiteurs », conclut-il. « Quand tu fais les calculs, tu te rends comptes que les agents routiers te soutirent au moins 30 000 francs (46 euros) par mois. Même seul dans ton taxi, tu es obligé de payer les 1000 francs », ajoute-t-il.

La police routière reconnaît que la corruption sur les routes est un phénomène réel

« Les chauffeurs eux-mêmes ne se comprennent pas entre eux. Ils ont plusieurs syndicats. Malgré tout, c’est les mêmes problèmes. Il n’arrivent pas à se comprendre », a-t-il lancé. Une situation que le Secrétaire Général du SYLICONTO (Syndicat Libre des Conducteurs du Togo) ne dément pas. « Nous avons trois groupes de syndicats ici au Togo. L’un est apolitique, l’autre est un syndicat d’argent, et le troisième est politique. Ces deux derniers sont crées exprès pour nous torpiller, et nous diviser », confie-t-il. Plus loin, il ajoute: « Si jusqu’à ce jour l’Etat ne s’est jamais prononcé sur ce problème, c’est que ça lui profite », a-t-il ajouté. Approché par Afrik.com, les deux autres syndicats précités n’ont jamais voulu se prononcer sur la question.

Le racket des forces de l’ordre a toujours fait corps avec la prolifération des barrages routiers. “ La seule prolifération des contrôles routiers cause beaucoup de désagrément à notre économie ” a souligné le Président de l’Observatoire Togolais de la Bonne Gouvernance, Me Martial Akakpo. « Le phénomène est très complexe. De nos jours, il est difficile d’avancer des chiffres en ce qui concerne la rançon des agents de contrôle routier », a-t-il déclaré. Tout compte fait, on estime le racket des agents de l’ordre sur nos routes qui génère en moyenne la somme totale de 15 milliards de nos francs (selon une enquête réalisée en Avril 2004 sur l’axe nord-sud aux postes de contrôles réels et fictifs).

Malgré cette incessante collecte de fonds, ajoutée au système des péages instaurés il y a à peine un an sur les différents axes routiers togolais, le phénomène est resté changé. Les fonds collectés n’ont jamais servi à améliorer le réseau routier qui devient de plus en plus meurtrier. En 2003 par exemple, les accidents de la circulation ont fait plus de 4000 victimes au Togo. Ceci témoigne de l’état comateux du réseau routier où il est courant voir des flaques d’eau en pleine chaussée.

Où est passée la Commission Anti-corruption et de lutte contre le sabotage économique instituée par l’Etat Togolais? La politique de l’assainissement de l’économie menée par les autorités gagnerait à mettre fin au racket en faisantt preuve de volonté politique. Après les séminaires et autres campagnes de sensibilisation sur le racket, il est temps de passer à la phase des sanctions des agents véreux.