Congo : une présidentielle sous le signe du débat démocratique

Un temps menacée de boycott par l’opposition, la prochaine élection présidentielle prend aujourd’hui la forme d’un véritable débat démocratique. Candidat à sa réélection, le président congolais Denis Sassou-Nguesso a mis en place des conditions propices à un scrutin transparent, tout en renouant le dialogue avec l’opposition. La partie n’était pourtant pas gagnée d’avance.

Contrairement au referendum du 25 octobre 2015 qu’elle avait boycotté, l’opposition au pouvoir congolais défendra toutes ses chances lors du premier tour de la présidentielle, le 20 mars prochain. Denis Sassou-Nguesso, à la tête du pays depuis 1997 après un premier exercice entre 1979 et 1992, y briguera un troisième mandat, rendu possible par le referendum qui l’a autorisé à modifier la Constitution en ce sens. Une erreur stratégique pour l’opposition, qui a entretemps revu sa position sur les échéances électorales.

« Si on boycotte, le pouvoir avance sans nous », a déclaré le porte-parole de l’IDC-Frocad, principale coalition de l’opposition. Pour la première fois depuis longtemps, ses principaux leaders ont appelé leurs partisans à s’inscrire sur les listes électorales et présenteront pas moins de six candidats sur les neuf validés face au chef de l’État congolais.

Un engouement palpable

Investi le 25 janvier par le Parti congolais du travail (PCT), Denis Sassou-Nguesso se prépare à une véritable confrontation pour rester au pouvoir face aux représentants des diverses tendances politiques du pays. Devant la multiplication des candidatures, l’engouement est palpable pour l’élection présidentielle, qui comporte déjà son lot de révélations fracassantes…

Depuis plusieurs jours, une vidéo compromettante mettant en scène le général Jean-Marie Michel Mokoko, adversaire déclaré de Sassou-Nguesso, circule sur les réseaux sociaux. Publié le 13 février par le site d’informations Jeune Afrique, le film, datant de 2007 montre l’ancien conseiller du président en pleine préparation un coup d’État présumé. Dénonçant un montage visant « une manipulation grossière » de l’opinion, Mokoko a été interpellé le 17 février mais est ressorti libre quelques heures plus tard, une enquête devant déterminer la gravité des faits reprochés.

Des revendications de l’opposition entendues par le pouvoir

La « guerre d’information » désormais déclarée montre que la campagne électorale est bel et bien lancée sur les bases d’une rivalité virile mais saine entre les deux camps. Cette liberté d’expression a d’ailleurs débouché sur une nouvelle loi électorale votée le 20 janvier, qui prend en compte certaines revendications de l’opposition. Le Parlement a ainsi adopté le principe du bulletin unique, qui permet de loger tous les candidats à la même enseigne et de limiter les risques d’achats de voix.

L’intégrité des élections sera également assurée par la Commission nationale électorale indépendante (Céni), qui remplace l’instance jusqu’à présent chargée d’organiser les élections (Conel) et de laquelle l’opposition avait retiré tous ses représentants. Preuve du dialogue engagé et constructif, les principaux leaders de l’opposition ont envoyé une liste de candidats pour composer la Céni.

À quelques jours de l’échéance électorale, Denis Sassou-Nguesso s’affiche clairement en grandissime favori, faute de candidat capable de sortir du lot en face de lui. Fort d’un bilan consacré au développement des infrastructures, aux investissements sociaux et à la diversification de l’économie, le chef de l’État est bien parti pour garder les rênes d’un pays qui, à travers l’accès à la démocratie, se raccroche de plus en plus au train de la modernité.

Ainsi, selon un récent sondage TNS Sofres, Denis Sassou-Nguesso l’emporterait au premier tour avec 75,08 % des voix, loin devant ses deux principaux rivaux Guy Parfait Kolelas (8,03 %) et Pascal Tsaty Mabiala (5,06 %). En queue de peloton, Jean-Marie Michel Mokoko n’est quant à lui crédité que de 0,35 % d’intentions de vote. Si le sondage de l’institut français ne devrait pas ravir l’opposition, il la rassurera au moins sur un point : l’élection du 20 mars prochain devrait se dérouler de la façon la plus claire et transparente possible. On n’a en effet jamais vu un candidat soutenu par les trois quarts de son pays frauder pour l’emporter.