CONGO: Un premier tour de scrutin émaillé d’irrégularités

Alors que le décompte des votes du premier tour des élections législatives en République du Congo se poursuit, la validité des résultats pourrait être contestée en raison des irrégularités et des conditions déplorables dans lesquelles le scrutin s’est déroulé, ont indiqué certains observateurs et habitants de Brazzaville, la capitale congolaise.

Les bureaux de vote ont ouvert en retard et dans bon nombre d’entre eux, on notait l’absence d’agents électoraux et d’urnes, ont déclaré des observateurs de l’Union africaine et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale.

Selon certains observateurs locaux, l’organisation des élections a été déplorable et la plupart des bureaux de votes sont restés ouverts bien au-delà de sept heures du matin.

« Dans la région de Talangaï, au nord de Brazzaville, les bureaux de vote n’ont pas ouvert avant 15 heures », a expliqué Quentin Banga, un observateur de la CAPE, un groupe de la société civile qui avait déployé 40 observateurs dans tout le pays.

Les élections du 24 juin devaient permettre aux Congolais d’élire 137 députés à l’Assemblée nationale.

« La situation était chaotique », a noté Augustin Dimi Gueko, un autre observateur de la CAPE.

A Impfondo, capitale de la région de Likouala, les électeurs sont passés d’un bureau de vote à un autre à la recherche de leurs noms mais bon nombre d’entre eux n’ont pu les trouver sur les listes électorales.

Henri Bouka, président de la Commission nationale des élections (CONEL), a admis qu’il y avait eu quelques problèmes pendant les élections, mais que les administrations locales n’avaient pas pris les dispositions nécessaires, un point de vue que partage un de ses adjoints à Pointe Noire, la deuxième ville du pays, située sur la côte atlantique.

Les membres de la Commission sont nommés par le Président – une prérogative contestée par la plupart des partis politiques qui ont boycotté le scrutin car selon eux la Commission ne cherchera qu’à conforter les 23 années de pouvoir du président Denis Sassou-Nguesso.

Le chef de l’Etat, qui s’est adressé à la presse après avoir voté à Brazzaville, a exhorté les électeurs à ne pas avoir de jugements hâtifs avant la proclamation des résultats.

Des observateurs préoccupés

Le niveau de désorganisation était pire que celui des précédentes élections, ont fait remarquer certains observateurs.

« J’ai vu des électeurs faire plusieurs bureaux de vote avant de trouver leur nom, alors que d’autres l’ont cherché en vain », a affirmé Serge Thierry Vedze Batonga, un journaliste de Radio Moka, à Impfondo.

A Omar, dans la région d’Impfondo, une femme en colère a indiqué que la situation avait été créée pour favoriser certains candidats.

« Les organisations devaient se débarrasser de quelques noms parce qu’elles ne voulaient pas du candidat pour lequel nous voulions voter », a-t-elle affirmé.

Des problèmes similaires se sont produits dans la région du Pool, dans le sud-est du pays, où les élections de 2002 n’ont pu avoir lieu en raison de combats entre les rebelles du pasteur Frédéric Bintsangou, alias pasteur Ntoumi, et les forces gouvernementales.

En juin après avoir renoncé à la violence, le pasteur Ntoumi s’est engagé à œuvrer en faveur du renforcement de la paix et de la démocratie. Il s’est présenté aux élections législatives dans la circonscription de Kimba sous les couleurs de son parti, le Conseil National des Républicains (CNR).

Selon plusieurs observateurs locaux, aucun recensement n’a été fait dans le Pool et de nombreux électeurs n’ont pu s’inscrire sur les listes électorales. En conséquence, leurs noms ont été ajoutés manuellement sur les listes, ce qui a mis en colère les électeurs de Mossendjo et Mayoko, dans le département de Niari, de Djambala, dans la région des Plateaux et de Liranga, à Likouala.

A Liranga, les habitants se sont plaints de ne pas voir leurs noms figurer sur les listes, mais ont constaté parfois que des noms d’enfants y étaient inscrits.

De meilleures conditions pour le deuxième tour

Le boycott avait été annoncé bien avant le scrutin car les partis d’opposition avaient émis des doutes sur l’organisation des élections et avaient dénoncé la Commission électorale.

Roger Bouka Owoko, observateur et président de l’association des droits de l’homme au Congo, a déploré la situation chaotique dans laquelle le scrutin a eu lieu et a invité les autorités congolaises à améliorer les conditions pour le deuxième tour des élections prévu le 22 juillet.

Le deuxième tour verra s’affronter les candidats qui n’ont pas obtenu la majorité absolue face à leurs adversaires politiques au premier tour.

« Ce que nous avons vécu est intolérable », a-t-il dit. « Les autorités doivent tout faire pour améliorer les conditions [du scrutin] car les citoyens congolais méritent qu’on les respecte ».

Malgré ces dysfonctionnements, certains partis de l’opposition ont pris part au scrutin, notamment le parti de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS) de l’ancien président Pascal Lissouba, qui a été évincé par M. Nguesso, et le parti de l’Union pour la démocratie et la république (UDR-Mwinda), dirigé par l’ancien Premier ministre André Milongo.

Toutefois, le taux de participation a été très faible, ce qui s’expliquerait par le manque de cartes d’électeur et l’arrivée tardive du matériel électoral dans les bureaux de vote. Selon la CONEL, les résultats ne seront pas proclamés avant au moins une semaine.

Les observateurs africains ont noté une nette amélioration de la sécurité et les électeurs n’ont, dans l’ensemble, subi aucune intimidation, contrairement aux précédentes élections qui avaient été émaillées d’incidents.