Congo : la Sangha passe à la vitesse supérieure

S’il est, au Congo, des politiques qui provoquent des résultats tangibles et immédiats aux yeux des populations, la « municipalisation accélérée » figure assurément parmi celles-ci, parce qu’elle permet de focaliser un maximum d’investissements en un minimum de temps sur un même territoire.

Grâce au principe de le « municipalisation accélérée », le Chef de l’État congolais, Denis Sassou N’Guesso, ne provoque pas seulement la liesse avec la célébration tournante de la fête nationale dans les différents départements du pays. Amorcée en 2004 à Pointe-Noire et dotée d’un budget annuel supérieur à 500 milliards de francs CFA, la « municipalisation accélérée » a permis en l’espace d’une décennie de couvrir l’ensemble du pays des infrastructures dont celui-ci a besoin pour accélérer le rythme de sa croissance, déjà soutenu (5 % en moyenne ces dix dernières années). Mieux, ce double levier de décentralisation et de développement permet une amélioration – parfois radicale – des conditions de vie des populations aux quatre coins du pays, y compris dans les régions les plus reculées. Surtout, il leur donne des perspectives d’avenir auxquelles celles-ci n’auraient osé aspirer il y a peu.

Cette année, c’est au tour de la Sangha, la province la plus septentrionale du pays, de profiter des bonnes fées de la municipalisation accélérée. « Enfin », s’écrit Ghislaine, qui presse le pas dans une rue de Mbindjo, le deuxième arrondissement de Ouesso « Maintenant, c’est à notre tour d’en profiter ». Ouesso, le chef lieu de la Sangha, accueillera d’ailleurs demain, samedi 15 août, la toujours très attendue Fête nationale et son cortège d’invités. L’occasion aussi de célébrer le 55ème anniversaire de l’indépendance du pays.

Pendant longtemps, la Sangha fut un territoire aussi reculé sur le plan géographique que relégué sur le plan économique. Recouverte d’une épaisse forêt primaire, dominée par le Mont Nabemba (qui culmine à 1.100 mètres), elle n’était guère fréquentée que par les exploitants forestiers. Et pour cause, jusqu’à une date récente, deux jours étaient pratiquement nécessaires pour parcourir les quelques 800 km séparant Ouesso de Brazzaville, la capitale.

« Aujourd’hui, tout cela appartient heureusement au passé », nous assure Arsène qui fait la route chaque semaine au volant de son camion. Ce, grâce au bitumage de la route nationale 2 (RN2). « En partant tôt le matin de Brazzaville, j’arrive à Ouesso le jour même en soirée. Cela me change la vie ». Les conséquences ne se font pas attendre. Hier essentiellement tournée vers l’exploitation forestière et la transformation du bois, l’économie locale devrait connaître une diversification – et un essor – sans précédent.

Déjà la production de palmier à huile et de cacao sont relancées. La filière bois, de son côté, monte en gamme et vise une plus forte valeur ajoutée avec une troisième transformation. Les mines font, elles aussi, parties du plan de développement du département. La Sangha compte, en outre, d’importants gisements de fer, mais également de l’or, du diamant, des polymétaux, etc. Quant à l’écotourisme, on lui promet un bel avenir grâce notamment aux aires protégées des parcs de Tokou-Pikounda, Odzala-Kokoua et Nouabalé-Ndoki. Le secteur des services, enfin, ne devrait pas tarder à suivre le mouvement pour accompagner le développement des secteurs primaire et secondaire.

Signe de cette nouvelle attractivité, les entreprises se pressent désormais pour s’implanter à Ouesso. C’est le cas, par exemple, de trois groupes bancaires (Ecobank, Banque commerciale internationale, Banque congolaise de l’habitat), qui viennent chacun d’y installer une succursale. La société Eco-oil Energie Congo s’emploie, elle, depuis plus d’un an déjà, à relancer les palmeraies et produire des huiles de ménage et autres produits dérivés. Partout dans la ville, les immeubles de bureaux, les hôtels, les restaurants, etc., en voie de construction ou de réhabilitation, ont tendance à se multiplier.

Ce surcroît d’activité est particulièrement bienvenu dans la Sangha. « Avec toutes ces entreprises, j’ai l’espoir que mes enfants construisent leur avenir ici », nous confie Antoinette. C’est heureux car même si la Sangha n’est peuplée pour l’heure que de 120 000 habitants, plus de la moitié d’entre eux ont moins de 20 ans.