Congo Kinshasa ou l’échec de l’autisme en politique

Nombreux sont les observateurs qui s’interrogent sur l’évolution politique que peut connaître le Congo Kinshasa dans les prochains mois : raidissement de la Majorité Présidentielle, procédures juridiques pour le moins contestables à l’encontre de certains chefs de file de l’opposition, impatience croissante de la jeunesse et montée de la violence civile… Avec en point d’orgue des manifestations à haut-risque…

Il y a deux semaines, Joseph Kabila rendait visite à Oyo, République du Congo, à son expérimenté voisin Denis Sassou N’Guesso, récemment réélu pour un troisième mandat à la tête de son pays, après avoir sans coup férir modifié sa Constitution par référendum. Qu’était venu chercher le voisin zaïrois au village de son habile aîné? La clé d’une reconduction réussie, au nez et à la barbe des opposants et de l’Occident, gros-Jean comme devant?

Les bons conseils de Papa Sassou N’Guesso

Il y a fort à parier que Denis Sassou N’Guesso aura prodigué de bons conseils à son homologue de Kinshasa : lui aura-t-il décrit par exemple l’action de fond menée par l’Agence OSIRIS, une année durant, sur les réseaux sociaux et sur Internet, afin de faire pièce à la propagande des opposants et de leur rendre coup pour coup sur ce ring politique numérique où s’approvisionnent les médias du monde entier?

Lui aura-t-il explique qu’en amont même de toute élection et qu’elle que doive en être le résultat, le fait de dérouler un tapis d’articles positifs sur l’action économique, sociale, éducative, culturelle, et surtout les investissements et le développement, au fil des mois qui précèdent l’élection, est la seule méthode qui puisse légitimer un réélection, et lui donner une crédibilité?

La communication pour souligner les effets positifs de l’action

L’expérience de la reconduction en mars 2016 de Denis Sassou N’Guesso, sur laquelle bien peu auraient parié un an avant, en mars 2015, tant les obstacles à franchir paraissaient périlleux, restera comme un exemple dans l’histoire politique : intelligence de la stratégie déployée, habileté de la communication accompagnant chaque phase du processus, enfin efficacité et fermeté de la réalisation politique, le tout empêchant la constitution d’un front uni de l’opposition.

Le silence façonne en creux l’image d’un autocrate autiste

Le problème de Joseph Kabila est qu’il n’a pour l’instant rien mis en place de tout cela. Une absence quasi absolue de communication politique fait de lui un autocrate autiste qui n’explique à aucun moment son action, ni ne peut tirer profit de ses résultats.

Confronté à une échéance constitutionnelle qu’il connaît de longue date et qu’il aurait pu aménager, il avance semaine après semaine vers elle sans s’y préparer, au risque de la voir clore son destin présidentiel comme un couperet.

Enfin alors que l’opposition était jusque là disparate, dans un pays immense et par là même naturellement divisé, l’absence de conduite politique réelle des événements place progressivement le président sortant face à un front cohérent et soudé dont l’unité sera démontrée prochainement lors de grandes manifestations de rues.

Des doutes jusqu’au sein de la Majorité Présidentielle

Est-il temps de renverser la vapeur? On peut sérieusement en douter. Joseph Kabila paye son autisme politique, son incapacité à porter une vision collective comparable au « chemin d’avenir » tracé par son habile voisin de Brazzaville. Il paye une absence d’explication sur son action, l’oubli récurrent de communiquer sur ses réussites et ses acquis. La dernière issue serait pour lui de mettre en batterie sans délai une troupe de communicateurs aguerris et familiers du terrain congolais. Mais chaque jour qui passe rend leur tâche plus difficile.

Et seuls les aveugles ne verront pas monter, devant un Joseph Kabila de plus en plus isolé, l’immense vague du ras-de-marée qui s’annonce déjà et qui cet automne va l’emporter, avant même qu’il ait vu se profiler ce tsunami à l’horizon. Et cela, même les conseils du sage Sassou N’Guesso ne pourront pas le juguler. La politique c’est d’abord un métier, ou faire c’est aussi faire savoir.