Confidences de Guinéens au Sénégal : « Alpha Condé nous a privés de paix et de liberté »


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Alpha Condé
Alpha Condé

Le Président déchu de la Guinée, Alpha Condé, emporté par un coup d’Etat militaire perpétré par le Groupement des Forces spéciales de Guinée avec à sa tête le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, a « causé beaucoup de tort à sa population », qui était souvent obligée de fuir le pays. C’est du moins le témoignage, parfois au bord des larmes, de ressortissants guinéens établis à Dakar, la capitale sénégalaise, où AFRIK.COM s’est rendu, ce mardi, 48 heures après le putsch du 5 septembre.

Reportage

Il est 16 heures GMT lorsque nous arrivons au quartier Médina, à Dakar. A la rue 17 angle 4 de ce quartier peuplé, qui a vu naître le leader du Super Etoile, le chanteur Youssou Ndour, et qui abrite d’ailleurs sa radio, la RFM (Radio Futurs Médias), la population guinéenne vit encore l’euphorie suite au putsch perpétré par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya contre Alpha Condé. Au niveau de la rue 17, l’on se croirait en Guinée, car, les habitants de ce coin sont pour la plupart des Guinéens.

Les enfants, âgés de moins de dix ans, pour la plupart nés dans ce quartier de Dakar au Sénégal, sont en train de jouer dans cette ruelle en goudron. D’autres sont sur le trottoir en béton. Ces mômes ne connaissent pas la Guinée, ils sont nés au Sénégal où la plupart de leurs parents ont trouvé refuge pour fuir la forte répression du défunt régime d’Alpha Condé. La terreur, ces enfants, contrairement à leurs parents, reste un mot méconnu. Ils se sentent, comme leurs parents, en sécurité sur leur terre d’adoption.

Aissatou Ba« Combien de mes proches sont morts sous le régime d’Alpha Condé ? Je ne saurai les énumérer, tellement ils sont nombreux. Alpha Condé a causé beaucoup de tort aux Guinéens. Ce gars a fait beaucoup de mal dans son pays. Il a cultivé la division, accentué la répression qui existait déjà », note Aissatou Bâ, 40 ans, mère de huit enfants, tous nés au Sénégal. Mariée à l’âge de 13 ans, en Guinée, c’est à 14 ans qu’elle rejoint son mari à Dakar, au Sénégal. Et depuis, elle n’a plus quitté ce pays.

En cause, l’instabilité politique dans ce « pays où les dictatures s’enchaînent. On pensait avoir aperçu le bout du tunnel lorsque Alpha Condé est arrivé au pouvoir. Hélas, c’est tout le contraire. Alpha n’a rien fait pour la Guinée, qui, comparée au Sénégal, est très en retard. Ici, nous avons des routes. Devant là où j’habite, c’est une route bien goudronnée, l’assainissement est bien fait, contrairement en Guinée où, Alpha, sur qui reposaient tous nos espoirs, pour l’avoir vu s’opposer et compte tenu des promesses qu’il faisait avant d’accéder au pouvoir, n’a rien fait de bon », poursuit Aïssatou Bâ.

« Alpha Condé n’a pas été un bon dirigeant. Ses idéaux sont contraires à la morale. Il a fait que la Guinée est maintenant hantée par les démons de la division. De toute façon, je ne l’ai jamais aimé. Depuis qu’il est Président, pas une seule fois où j’ai pensé me rendre en Guinée, où le danger planait à tout instant. N’importe qui pouvait être arrêté et jeté en prison, sans aucune raison valable. Aujourd’hui, nous sommes fatigués. Alpha Condé nous a pris tout ce que nous avions de précieux. Il nous a privé de paix et de liberté, sans compter qu’il nous a privés de développement », lance la bonne dame au bord des larmes.

Non loin d’elle, dans une boutique, un autre Guinéen, qui lui, a fui son pays depuis 2012. Son nom, Mamadou Bâ, 42 ans. Cet opérateur économique, qui s’est présenté à AFRIK.COM comme étant un agent commercial, révèle avoir « longtemps combattu le système mis en place par Alpha Condé. Depuis qu’il s’est mis dans la tête qu’il pouvait se permettre de briguer un troisième mandat, il s’est fait beaucoup d’ennemis en Guinée et dans la diaspora. Déjà qu’il n’était pas beaucoup aimé, les gens trouvaient que ses deux mandats étaient même trop. Mais on a voulu jouer la carte de la démocratie et le faire partir par les urnes. Il n’a pas voulu ».

Mamadou Ba« Aucun Guinéen ne voulait de ce troisième mandat, mais Alpha s’est entêté en modifiant la Constitution pour ensuite se permettre de briguer un troisième mandat, celui de trop. A vrai dire, je ne suis pas surpris par ce coup d’Etat, qui aurait pu venir de n’importe où. Je ne souhaitais pas un passage de pouvoir de la sorte, mais il fallait tout sauf Alpha Condé. D’ailleurs, cela a été le combat du FNDC (Front National de Défense de la Constitution), de la société civile et de l’opposition guinéenne, qui ont tenté de barrer la route à Alpha Condé pour un troisième mandat, en vain. Alpha a forcé la main à tous les Guinéens pour décrocher un 3ème mandat, et voilà le résultat », poursuit le commerçant.

« Alpha était champion de la mal-gouvernance. Regardez comment la Guinée regorge de ressources, avec un sous-sol extrêmement riche, qu’en a fait Alpha Condé durant ses dix années de règne ? Rien de positif, si ce n’est d’avoir fait régresser la Guinée », déplore ce célibataire sans enfant, qui lance un appel à la junte militaire actuellement aux commandes : « il faudra faire en sorte que la Transition soit transparente pouvant mener à des élections libres et transparentes. Il leur appartient aujourd’hui de réécrire l’histoire de la Guinée, qui doit être plus belle que ce qu’elle a été depuis 1958. Car depuis cette date, aucune élection n’a été transparente en Guinée ».

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Journaliste pluridisciplinaire, je suis passionné de l’information en lien avec l’Afrique. D’où mon attachement à Afrik.com, premier site panafricain d’information en ligne
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