Confidences d’un militaire : « Les Etats-Unis et Israël espèrent une guerre civile en Egypte »

Il n’a jamais voulu témoigner malgré nos nombreuses relances, et ce, même après avoir quitté les rangs de l’armée de la République arabe d’Egypte. Aujourd’hui, Hakam Abouelsoud, 37 ans, a répondu à notre demande et est décidé à rétablir certaines « vérités » étouffées, selon lui, par les médias occidentaux et la Communauté internationale, à propos de la grave crise qui touche l’Egypte.
Entretien.

Cet ancien gradé n’aspire pas à prendre position, mais entend expliquer ce qui « se passe réellement » dans le pays et restituer le rôle et les responsabilités de chacun. D’après Hakam Abouelsoud, les Frères musulmans ont orchestré, avec l’aide des Etats-Unis, la vague de sang qui a lieu en ce moment dans le pays. Pour quelles raisons ?

Afrik.com : Pourquoi l’armée égyptienne a-t-elle destitué le Président Mohamed Morsi ?

Hakam Abouelsoud :
L’armée ne l’a pas destitué. Mohamed Morsi est parti parce que le peuple égyptien ne voulait plus de lui. L’armée n’a fait que répondre aux attentes du peuple, dans le seul et unique but d’éviter une guerre civile. Souvenez-vous l’importance de la manifestation du 30 juin. Morsi était prêt à faire tuer les manifestants et le général Abdel Fatah al-Sissi n’a fait que prendre des précautions pour éviter un bain de sang. Un ultimatum de 48 heures pour améliorer la situation a donc été lancé, mais Morsi ne voulait rien entendre. A l’issue de l’ultimatum, l’armée a voulu éviter que le peuple se dirige vers le palais et qu’un massacre ait lieu. Avant l’ultimatum, une réunion politique générale entre l’armée, l’opposition, le mouvement Tamarrod, le pape copte d’Alexandrie, Théodore II (Tawadros II) et le grand imam Ahmed Al-Tayeb d’Al-Azhar a eu lieu. La destitution de Morsi est donc une décision générale, qui n’appartient pas qu’à l’armée.

Afrik.com : Qu’est-ce qui est reproché à Mohamed Morsi ?

Hakam Abouelsoud :
Le problème majeur est que Mohamed Morsi ne prenait jamais seul les décisions. C’est en réalité la confrérie des Frères musulmans qui régissait toutes les décisions présidentielles. C’est le bureau des Frères musulmans qui autorisait ou non le Président Morsi à donner des interviews. En bref, Mohamed Morsi était le Président des Frères musulmans et non des Egyptiens.

Afrik.com : Les Egyptiens l’ont pourtant élu Président. Ils devaient bien s’attendre à ce type de gouvernance. N’y aurait-il pas d’autres raisons ?

Hakam Abouelsoud :
Mohamed Morsi est surtout accusé d’avoir négocié avec le Hamas de la bande de Ghaza pour que ses membres s’infiltrent librement dans le Sinaï. Par le biais des Frères musulmans, Morsi finançait les terroristes dans le Sinaï. Il a accordé de nombreuses cartes d’identités égyptiennes à des Palestiniens du Hamas. Aujourd’hui, l’armée combat les terroristes dans le Sinaï et empêche la prolifération des armes et de la drogue. Le Hamas n’accepte pas la présence de l’armée égyptienne dans le Sinaï (une présence renforcée avec l’aval d’Israël depuis la chute de Morsi, ndlr).

Afrik.com : Mais les passages clandestins du Hamas dans le Sinaï ne datent pas d’hier. Sous Hosni Moubarak, cela existait déjà et les Egyptiens ne disaient rien. Bien au contraire…

Hakam Abouelsoud :
Avant la révolution de 2011, le peuple égyptien en voulait à Moubarak d’empêcher le passage des Palestiniens qui souhaitaient se ravitailler en Egypte, à cause du blocus. Mais ce que ne savaient pas tous les Egyptiens, c’est que Moubarak empêchait surtout le passage des terroristes. Ce n’est qu’après la chute de Moubarak que le peuple s’est aperçu que le Sinaï était en réalité infiltré par des terroristes et non des civils. Ils sèment la pagaille en Egypte. L’histoire des prisons ouvertes pendant la révolution a été mise sur le compte de Moubarak. C’est faux. Ce sont des membres du Hamas et du Hezbollah qui ont libéré des prisonniers. Tout le monde pensait que c’était l’œuvre de Moubarak pour envoyer les prisonniers s’attaquer aux manifestants. Des armes du Hamas ont été retrouvées dans certaines prisons. Leur but était de faire tomber Moubarak pour avoir plus de liberté.

« L’armée ne tue pas, elle protège le peuple »

Afrik.com : Où est Mohamed Morsi et que risque-t-il ?

Hakam Abouelsoud :
Il est en prison et est en attente d’un procès. Je ne sais pas ce qu’il risque, nous attendons une décision de la justice. Cela dépend si les faits qui lui sont reprochés s’avèrent être vrais. Des enregistrements et des dossiers confidentiels ont été saisis par la justice. Il a tout de même trahis son pays.

Afrik.com : Aujourd’hui les médias occidentaux et la Communauté internationale pointent du doigt les « massacres » de l’armée et placent les Frères musulmans comme des victimes. Que pensez-vous de cette analyse ?

Hakam Abouelsoud :
Vous devez savoir que l’armée d’Egypte n’a pas pour habitude de tirer sur le peuple. Vous en avez eu la preuve lors de la chute de Moubarak, lorsque l’armée a refusé de réprimer les manifestants. L’armée ne tue pas, elle protège le peuple. Le problème est qu’il y a des individus armés qui s’infiltrent dans les manifestations. Ce sont eux les cibles de l’armée, pas les manifestants pacifistes.

Afrik.com : Comment expliquez-vous la « tuerie » du 8 juillet devant le siège de la Garde républicaine, qui a fait au moins 35 morts et près de 300 blessés et qui a marqué le début des violences.

Hakam Abouelsoud :
Ce jour-là des manifestants pro-Morsi se sont dirigés vers la Garde républicaine, pensant que le Président destitué était retenu là-bas. Quelques heures avant cette marche, l’ambassadrice des Etats-Unis, Anne W. Patterson, s’est entretenue avec de hauts responsables de la confrérie des Frères musulmans, dont le guide suprême Mohamed Badie, Saad el-Katatni, Essam El Erian, Mohamed Beltagy, Mohammed Mahdi Ake, Safwat Hegazy ou encore Ahmed Arif, pour préparer une mise en scène, afin d’obliger l’armée à tirer sur les manifestants. La confrérie a convoqué la presse étrangère. Les journalistes étaient déjà sur place. Des terroristes se sont postés sur des toits. Une fois les manifestants sur place, ceux-ci ont tiré sur les gardes pour provoquer des échanges de tirs. Voilà ce qui s’est réellement passé ce jour-là. L’armée n’a jamais eu l’intention de tuer quiconque, elle n’a fait que se défendre. Les journalistes, eux, n’ont vu ou n’ont voulu voir que les tirs de l’armée. Les médias occidentaux ne reflètent pas la réalité sur place.

Afrik.com : Parmi les manifestants, il n’y a pas que des hommes armés, il y a aussi des Egyptiens qui marchent pacifiquement pour la démocratie. Le pays compte officiellement plus de 600 morts depuis la chute de Morsi. Les moyens de répondre à la violence utilisés par l’armée ne sont-ils pas disproportionnés ?

Hakam Abouelsoud :
L’armée ne tire jamais gratuitement. Avant chaque début de tirs, elle somme les manifestants non armés de quitter les rangs des marches afin de neutraliser les individus dangereux et armés. Ceux qui refusent savent donc qu’ils peuvent à tout moment mourir. Et le nombre de morts ne fera qu’augmenter si les manifestants sont armés. D’autant plus qu’il y a parmi eux des Palestiniens et des Syriens, payés par les Frères musulmans pour semer le trouble et aider au retour de Morsi.

« L’Egypte connaîtra un dénouement heureux »

Afrik.com : Les dirigeants de la confrérie des Frères musulmans sont arrêtés un à un, comme à l’époque de Moubarak. Est-ce que l’armée aspire à mettre fin à ce mouvement ?

Hakam Abouelsoud :
Non. L’armée a même proposé aux Frères musulmans de revenir en politique et d’accepter la décision du peuple. Ils ont donc la possibilité de regagner la confiance du peuple et pourquoi pas gagner une nouvelle fois les prochaines élections. Ce qui n’est pas admis en Egypte, c’est qu’une personne se promène avec une arme. Aujourd’hui, des tas d’individus se promènent avec des armes en provenance de la bande de Ghaza et même de Turquie. Quant à Mohamed Badie et d’autres, ils ont été arrêtés pour avoir commandité des meurtres.

Afrik.com : D’après vous, quels rôles jouent les Etats-Unis et Israël dans la crise actuelle en Egypte ?

Hakam Abouelsoud :
Leur but est de cibler l’armée. Ces pays espèrent par-dessus tout une guerre civile en Egypte.

Afrik.com : … Pourquoi ?

Hakam Abouelsoud :
L’armée d’Egypte est importante. Son poids dans la région est très important et ce n’est pas une bonne chose pour Israël. Les Etats-Unis et l’Etat hébreu ne veulent pas d’un pays fort dans la région. Si on met à terre l’armée égyptienne, il sera beaucoup plus facile pour les terroristes de s’implanter dans la région. Les Etats-Unis et Israël auront ainsi toutes les cartes en main pour asseoir leur pouvoir dans la région.

Afrik.com : Quel avenir présagez-vous à votre pays ?

Hakam Abouelsoud :
Un dénouement heureux, sans terroristes.