Condamnations et recommandations : résultats mitigés des pays du G8 pour atteindre les objectifs d’aide au développement

Dix jours avant le G8 sous présidence française, l’organisation non-gouvernementale ONE, cofondée par Bono, publie lundi son rapport DATA qui dresse un bilan mitigé des efforts entrepris par les pays donateurs pour atteindre les objectifs financiers en faveur de l’Afrique fixés en 2005 au sommet de Gleaneagles. Le rapport propose aussi une série de financements innovants qui permettraient de lever les fonds additionnels nécessaires.

Du point de vue de la France « les chiffres officiels ne résistent pas à un examen détaillé », souligne Guillaume Grosso, le directeur de ONE France. « Si l’aide au développement fournie par la France est en augmentation, c’est parce qu’elle s’est engagée dans une fuite en avant inquiétante pour faire du chiffre ».

En recourrant de manière croissante aux prêts plutôt qu’aux dons, la France a trouvé un outil qui, s’il peut dans certains cas se révéler efficace, représente aussi un moyen pratique de ‘faire’ de l’aide publique à faible coût. Les règles internationales imposent que les pays les plus pauvres ne puissent bénéficier de prêts ; aussi, « l’augmentation de l’aide française, tirée par les prêts, bénéficie surtout aux pays les plus développés », déplore Guillaume Grosso.

Et le gel annoncé jusqu’en 2014 du budget de la mission ‘aide publique au développement’ n’augure rien de bon, « alors que la France a péniblement réussi à atteindre ses objectifs 2010 en comptabilisant notamment d’importantes annulations de dettes, des investissements dans les DOM-TOM et les bourses des étudiants étrangers en France dans ses dépenses en faveur de l’Afrique », s’inquiète Guillaume Grosso. Si l’OCDE autorise les pays à à compter ces dépenses en tant qu’aide au développement, dans le cas de la France les montants sont très élevés : ils dépassent en 2010 les 2,5 milliards d’euros. Ceci à l’heure où d’autres pays, comme la Grande-Bretagne, continuent de faire croitre leur budget de développement.

La France n’est plus non plus le principal donateur des pays d’Afrique francophone, dont certains traversent des périodes de grande instabilité politique et économique. Pour Guillaume Grosso « il est inquiétant de constater que la France est loin du compte, alors que cette année tant de choses sont attendues de notre pays en tant qu’hôte du G8 et du G20, à un moment où le développement en Afrique, la paix et la démocratie sont au sommet de l’agenda mondial ».

A contrario, ONE note avec satisfaction les efforts fournis pour clarifier la vision de la coopération française et juge encourageante la volonté affichée de multiplier les efforts vers l’Afrique. La reconnaissance par la France du rôle important joué par le secteur privé dans le développement est également jugée positive.

Par ailleurs, les efforts de la présidence française du G8 et du G20 en faveur des financements innovants, s’ils aboutissaient, pourraient changer la donne de manière remarquable, en mobilisant de nouvelles ressources importantes en faveur du développement. Le rapport DATA propose à ce titre six pistes à explorer par les leaders du G8 et du G20. « Du fait de la faiblesse des engagements en termes d’APD pour soutenir les objectifs du millénaire, il est cependant essentiel que les financements innovants puissent venir compléter, et non remplacer, l’aide traditionnelle promise », souligne Guillaume Grosso.

Collectivement, les pays du G7 ont atteint 61% de l’aide qu’ils avaient promis de fournir à l’Afrique subsaharienne entre 2005 et 2010. Les augmentations observées ces dernières années sont en grande partie l’œuvre du Royaume-Uni, qui a fait des progrès remarquables vers son objectif très ambitieux, et des États-Unis, du Japon et du Canada qui dépassent leurs objectifs relativement modestes. L’Allemagne termine très en-dessous de sa promesse. Encore une fois, l’Italie est en queue de peloton, avec une aide au développement en chute libre depuis 5 ans malgré les annonces à répétition de Silvio Berlusconi.

Les défaillances des donateurs en faveur de l’Afrique subsaharienne privent la région de 4,9 milliards d’euros pour la seule année 2010. Or, l’argent déjà dépensé a prouvé que de tels investissements sont cruciaux. Ils ont notamment permis de sauver la vie de 750.000 enfants, de scolariser 46,5 millions d’enfants supplémentaires et d’augmenter la productivité agricole de 50% dans 17 pays africains.

D’un autre côté, les économies émergentes comme le Brésil, l’Inde, la Chine et la Russie n’ont cessé d’augmenter leur aide à l’Afrique sub-saharienne ces dernières années, aide qui s’ajoute à l’expansion du commerce et de l’investissement dans les pays africains.

En cette période d’austérité globale, le rapport DATA examine également les efforts entrepris par les bailleurs pour améliorer l’efficacité de l’aide, même si une analyse approfondie des progrès n’a pas été possible en raison d’un manque de données fiables.

 ONE est une organisation mondiale de plaidoyer et de campagne, cofondée par Bono et d’autres militants, qui lutte contre l’extrême pauvreté, essentiellement en Afrique. ONE est soutenue par plus de deux millions de personnes à travers la planète et compte 20 000 membres en France. Pour plus d’information : www.one.org/fr

 Le rapport DATA publié par ONE est le seul moyen de tenir les pays du G8 directement redevables des promesses d’aide pour l’Afrique faites en 2005. Il utilise les chiffres 2010 tels qu’ils ont été rapportés par les pays au Comité d’aide au développement de l’OCDE. Il se focalise plus spécifiquement sur l’aide au développement fournie à l’Afrique sub-saharienne et exclut les annulations de dette des sommes finales. Il prend en compte l’aide bilatérale et l’aide multilatérales fournie via des canaux comme la Banque mondiale.

 Bien que les pays du G7 non membres de l’UE (Etats-Unis, Japon et Canada) aient atteint voire dépassé leurs objectifs de 2010, il est important de noter que leurs engagements en 2005 ont été modestes par rapport à ceux des pays membres de l’Union européenne. Les pays européens s’étaient engagés au sommet de Gleneagles à augmenter leur aide au développement pour atteindre 0,51% du RNB d’ici à 2010 puis 0,7% d’ici à 2015. La moitié de ces augmentations devait être allouée à l’Afrique subsaharienne.

 Le rapport DATA se limite à l’examen de la quantité, de la qualité et de l’innovation du financement du développement. D’autres rapports seront publiés en 2011 pour mettre l’accent sur les problèmes cruciaux de la gouvernance, du leadership africain, et la nécessité d’une croissance économique inclusive pour que des progrès durables soient au rendez-vous.